‹ Histoire de BeaumarchaisChapitre 49 sur 168 · MÉMOIRE SUR LES PARLEMENTS · texte numérisé non relu

MÉMOIRE SUR LES PARLEMENTS

tait, lui et le Parlement les signeraient à genoux. Ce mémoire fut alors inconnu du public et ne fut imprimé qu'en 1787, par un événement aussi imprévu qu'il était improbable (i). C'est une pièce justificative et un monument historique qui instruira la postérité des idées qu'on avait alors, et de la manière dont l'autorité royale et celle du Parlement étaient considérées par la nation, puisque les princes, le Parlement et de simples particuliers^ tels que l'auteur de ce mémoire, avaient à cet égard les mêmes opinions.

Il est vraisemblable que les ministres, qui veulent toujours que leur volonté passe pour celle du monarque, n'osèrent adopter la simplicité des principes de ce Mémoire, puisqu'ils ajoutèrent des clauses dangereuses et qu'ils essayèrent d'établir une autorité intermédiaire entre le Parlement et le Roi. C'est pourquoi, en réintégrant les anciens magistrats dans leurs fonctions, ils leur défendirent de donner à l'avenir leur démission tous à la fois et dans un même temps. On déclara qu'une telle conduite serait forfaiture.

(i) Lors du procès Kornmann. On le trouve, en effet, à la suite du Court mémoire en attendant l'autre y s. 1. n.d., 38 p. Selon M. H. Cordier, il ne figurerait pas dans la première édition du Court mémoire, à laquelle il assigne la date de juin 178??, et qui forme un in -4» de 40 pages, également s. 1. n. d^

l50 HISTOIRE DE BEAUMARCHAIS.

« En conséquence, esl-il dit dans Fédit enregistré le 12 novembre 1774, pour instruire et juger lesdites forfaitures, nous tiendrons notre cour plénière, à laquelle nous appellerons les princes de notre sang , le chancelier garde des sceaux, les pairs de France, les gens de notre conseil, et les autres grands et notables personnages qui, par leurs charges et dignités, ont entrée et séance au lit de justice. Car tel est notre plaisir. »

Cet édit enregistré le 12 novembre, le Roi séant en son lit de justice, ne fut pas connu d*abord de tout Paris, et, le surlendemain 14, Beaumarchais écrivit à M. de Sartines :

« On ne sait pas encore les conditions de redit, on sait que le fond des choses est bon, que le principe fondamental est rétabli, et cela suffit à présent aux bons esprits pour les pénétrer de reconnaissance et de joie.

« On croit que vous aurez de fortes représentations relativement à la cour plénière. En effet, il me semble qu'il pourrait sortir un édit enregistré au Parlement qui décidât que la forfaiture serait encourue par le seul fait de la cessation du service. L'autorité du Roi ne perdrait rien à cette forme, et le Parlement, ayant donné par Tenregistrement la sanction légale à cet édit, se serait jugé d^avance lui-même, et ne pourrait se plaindre que, étant la cour des pairs, on lui donnât un tribunal supérieur à lui, — ce qui, en bonne logique, est assez difficile à concevoir.

ÉDIT DU 14 NOVEMBRE I774. l5l

Mais ceci est trop long pour être traité par extrait.

«D'ailleurs, mon avis est que tout roi de France vertueux est le plus puissant prince du inonde. Les entraves de la forme n'étant instituées que contre les abus de Pautorité, ce mal n'arrive jamais sous les princes qui veulent sincèrement le bien et s'occupent sérieusement de

leurs affaires La religion des rois est

Tamour de Tordre 'et de la justice. »

On voit par cette lettre que, dès le premier moment où Ton parla d'établir une cour plénîère, Beaumarchais comprit qu'il serait impossible de la former, et qu'il en avertit les ministres. Il y était autorisé, puisqu'ils l'avaient consulté, et il leur devait la vérité.

En effet, le Parlement n'avait jamais donné et ne pouvait jamais donner sa démission que dans des circonstances oti toute la nation, à commencer par les princes et les pairs, jugeait qu'il ne pouvait, sans se déshonorer, enregistrer les édits qu'on lui présentait.

Or comment se flatter que les princes et les pairs qu'il aurait convoqués avant de se démettre seraient plus complaisants que lui, et consentiraient à juger et à destituer un corps dont ils étaient membres , auquel ils donnaient et dont ils tiraient une considération qui faisait leur force et leur assurait une consistance sans laquelle ils n'eussent été que les esclaves titrés

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d'un despote? Ils auraient perdu toute considération.

Ils le sentaient si bien quHl ne fut jamais possible d'instituer cette cour plénière, lorsqu'en 1788, le Roi voulut l'opposer ou la substituer au Parlement; et lorsqu'en 1790, les États Généraux voulurent affaiblir l'autorité royale, ils furent obligés d'anéantir les parlements; les princes et les pairs ne furent plus que des individus décorés, et tout l'édifice de la monarchie s'écroula.

Mais, en 1774, tout le monde était trop flatté du retour des anciens magistrats pour songer à l'avenir. L'usage en France, comme le dit le président de Thou, étant de régler les choses pour le moment présent, sans trop songer aux suites, on se contenta d'être revenu à l'ancien ordre; on ne s*inquiéta point d'un événement futur que cette génération ne verrait peut-être pas ; chacun s'endormit dans cet espoir. La vigilance de Beaumarchais ne sommeilla pas. Simple particulier, mais placé pour bien voir, et n'ayant de pouvoir que celui de parler, il écrivit au ministre, M. de Sartines :

« Les églisiers vont partout criant qu'il n'y a plus en France qu'un Parlement et point de Roi, et moi je crois fermement qu'il, n'y a plus en France qu'un Roi et point de Parlement. Messieurs les ministres rétablisseurs des libertés françaises! je ne vous donnerai pas les miennes à rétablir, si je le puis! Comme vous avez Tart

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