‹ Histoire de BeaumarchaisChapitre 51 sur 168 · LE BARBIER DE SE VILLE. I · texte numérisé non relu

LE BARBIER DE SE VILLE. I

au second et donna ainsi à sa pièce une marche égale et vive qui soutenait Tattention et laissait goûter tout le charme des détails. Alors, on remarqua que Figaro était un caractère neuf, que celui de Basile ne Pétait pas moins, que rintrigue était vive et gaie; Timbroglio facile, bien noué et bien dénoué; le dialogue naturel, vrai «t plein d^esprit ; que la situation de Basile au troisième acte était sans modèle et d^un véritable comique, — c'est-à-dire de ce comique de situation si rare et si essentiel qu'il n'y a point de bonne comédie sans lui. On rit, on applaudit d'un bout à l'autre de la pièce. Le parterre révoqua son premier arrêt, et le procès fut complètement gagné.

Les vrais connaisseurs observèrent que l'auteur avait encore rempli le but de la bonne comédie en mêlant dans son dialogue quelques traits d'une critique utile, en se moquant des malveillants, des mal pensants^ de ceux qui veulent toujours l'emporter par cela seul qu'ils sont puissants et de ceux qui décrient leur siècle sans le connaître. Ainsi, le docteur Bartholo dit à ses propres valets : « La justice! c* est bon entre vous autres misérables; je suis votre maître pour avoir toujours raison. »

Ainsi, ce même docteur, déraisonnant, grondant j blânlant tout, s'écnV : « Siècle barbare! »

— Vous injurie!^ toujours notre siècle, lui dit Rosine. A quoi le docteur repart : « Pardon dé

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la liberté : qu'a-t-il produit pour qu'on le loue? sottises de toute espèce : la liberté de penser, r attraction^ V électricité, le tolérantisme, le quinquina, PEncyclopédie et les drames. »

Si la comédie doit combattre les vices et bafouer les ridicules, il lui appartient aussi de faire remarquer aux gens qui ne pensent guère le bien qui se fait à leur insu ; il ne s^agit que de le dire du ton convenable. C'est ce qui caractérise le talent. Or Beaumarchais avait éminemment celui de tout dire.

Cette facilité de tout hasarder en se faisant applaudir éveillait particulièrement la jalousie et déchaînait contre lui toutes les cabales, et celle des auteurs tombés^ et celle des auteurs envieux, et celle des incapables, et celle des impor- * tants humiliés, et celle des journalistes qui ne voient guère que des défauts dans les ouvrages qui réussissent; manie qui fit dire à l'auteur de cette pièce, en badinant dans sa Préface, que (( les gens de feuilles étaient souvent les ennemis des gens de lettres ».

Tandis que toutes ces cabales s^agitaient, les littérateurs, c'est-à-dire les hommes instruits dans les cinq littératures qui sont la base des études en Europe, examinaient de quels éléments Beaumarchais avait composé un caractère aussi original et aussi neuf au théâtre que celui de Figaro.

Les Daves, disaient-ils, sont une caricature

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