FIGARO
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des esclaves grecs. Le Polichinelle en est une qui vient, à ce que Ton croit, des anciens Latins. Arlequin et Pantalon sont des caricatures italiennes du moyen âge; la bigarrure de Thabit du premier paraît un emblème satirique de ces temps oti les peuples des petites villes d'Italie étaient obligés de se prêter à la volonté de plusieurs princes puissants, ducs, Pape, ou Empereur, et de ne paraître que balourds, quoiqu'ils eussent un esprit très-délié. La robe de Pantalon désigne celle dts sénateurs de ces petites villes : tout a changé, et ces caricatures se sont perpétuées.
Les Crispin sont une caricature française. Elle appartient à ces siècles des spadassins où rien ne paraissait plus beau que de se bien battre, où les valets armés singeaient leurs maîtres, s^honoraient de leurs escroqueries et joignaient à la subtilité des Daves quelques forfanteries de capitans.
Figaro était une caricature plus française encore, mais elle appartenait à un siècle plus éclairé. L'auteur en avait pris les traits épars dans les gens de toutes classes; il en avait formé un être insouciant par caractère, gai comme on Pest naturellement dans plusieurs provinces de France, se permettant beaucoup d'espiègleries et point de friponneries ; au-dessus des événements, dans un pays où les particuliers sont ballottés par tous et n'ont d'influence sur aucun; ayant
l6o HISTOIRE DE BEAUMARCHAIS.
assez d^esprit pour voir toutes les sottises qu^il ne peut empêcher, et se pressant d'en rire, de peur d'être obligé d'en pleurer.
C'est ainsi que, de tout temps, les habitants de Paris répandent les bons mots^ les sarcasmes les plus malins contre tous ceux qui les vexent, et prennent le parti de chansonner leurs oppresseurs, de peur d'être tentés de s'irriter trop sérieusement contre eux.
L'habit espagnol pouvait dérober cette ressemblance aux esprits peu réfléchis, mais ne la cachait pas aux hommes attentifs. La Harpe, qui dissertait fort bien sur les ouvrages des anciens, mais qui n'inventa jamais rien, qui s'attachait plus au choix des mots qu'à la conception des plans, qui prisait plus l'élégance de l'expression que la profondeur des idées ; qui n'affecta, dans son Cours de littérature, de rendre justice à la probité et à la bonté du cœur de Beaumarchais que pour se donner Tair d'être impartial en critiquant ses ouvrages, dont les uns lui déplaisaient comme drames, et dont les autres effrayaient son esprit timide et toujours resserré dans les règles que ses maîtres lui avaient apprises, La Harpe ne comprit rien au caractère de Fi* garo, et, n'en trouvant le modèle ni dans Plante ni dans Tér«nce, ne sut plus du tout comment le juger. Il répéta^ après mille autres^ qu'il y avait quelques traits de ressemblance entre ce caractère et celui de l'auteur; mais, puisque l'au-