‹ Histoire de BeaumarchaisChapitre 54 sur 168 · LETTRE AU ROI. I · texte numérisé non relu

LETTRE AU ROI. I

ses si certaines et si claires que Votre Majesté, sans autre travail qu^une lecture peu amusante, connaîtra l'Angleterre actuelle, son numéraire, ses forces maritimes, le génie de ceux qui lagou- . vernent, de façon qu'à chaque événement politique, Votre Majesté, jetant les yeux sur mon ouvrage, puisse être au fait des motifs de chaque chose et de l'intérêt qui Ta fait naître, — jusqu'à ce que de nouvelles combinaisons me forcent à me procurer de nouvelles lumières.

a Votre Majesté voudra bien se décider ou pour un coup d'œil succinct ou pour un travail beaucoup plus étendu sur tous les objets que je viens d'annoncer.

a La seule récompense que j'oserais désirer, en donnant ces nouvelles preuves de mon zèle, serait que Votre Majesté daignât ne point m'abandonner au ressentiment, à la haine des ministres ou des courtisans, qui feront certainement leurs efforts pour me perdre, s'ils apprennent jamais que quelque chose de moi soit parvenu à Votre Majesté sans passer par leur canal. » Il est évident, par ces mémoires, qu'au lieu de former le Roi au travail, on l'habituait à se contenter des rapports succincts, d'abrégés qui ne laissent dans l'esprit que des aperçus, des images légères et souvent confuses des objets les plus importants. Il 'semble que tout était d'accord pour préparer les malheurs de ce règne. Beaumarchais ajoute dans ce même mémoire :

l68 HISTOIRE DE BEAUMARCHAIS.

(( Je finirais ici ce premier extrait, si un objet imprévu n'y demandait place: c'est celui du chevalier d'Éon.

« Pendant que je travaillais jour et nuit à Londres, cet infortuné, apprenant que j'y étais, est accouru chez moi. Je ne recherchais ni son amitié ni sa confiance. Il est venu me prier d'accepter Tune en me forçant d'être dépositaire de l'autre. Lorsque je l'ai eu bien assuré que je n'avais ^uUe mission qui eût rapport à lui, il s'est vivement affligé que je n'eusse pas été chargé de négocier avec lui son retour en France. Il y a longtemps, dit-il, que je serais rendu à ma patrie et que le Roi aurait reçu tous les papiers importants relatifs à la confiance de Louis XV, et qui ne doivent pas rester en Angleterre. Il m'a fait voir sa correspondance avec M. de Broglie et M. de Vergennes, et, sa confiance n'ayant plus de bornes, il m'a prié de le mettre aux pieds de M. le prince de Conti et d'engager ce prince à le servir auprès de Votre Majesté

c( A regard de d'Éon, j'ose vous assurer, Sire, qu'en prenant cette étonnante créature avec adresse et douceur, quoique aigrie par douze années de malheurs, on l'amènera facilement à rentrer sous le joug, et à remettre tous les papiers relatifs au feu Roi à des conditions f'aisonnables. Cette malheureuse femme m'a fait une véritable compassion, car elle eût cru m'insulter en ne me faisant qu'une demi-confidence. S'il

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