‹ Histoire de BeaumarchaisChapitre 58 sur 168 · LETTRE A SARTINES · texte numérisé non relu

LETTRE A SARTINES

désespérée de ne produire aucune sensation à Paris, de n'avoir part à aucune affaire, elle s'enfuit une seconde fois à Londres, en 1784 ou 1785. Elle y est encore. Son sexe était trop contesté pour qu'elle osât y reparaître en habit d*homme; mais, conservant son goût pour la vie militaire, elle y v.écut entourée d'armes, nourrissant dans son cœur un secret dépit de porter une jupe et d'être réduite à vivre dans la paix et Tobscurité.

J*ai dit que dès le mois de janvier 1776, longtemps avant que d'Éon se fût déterminée à rentrer en France, Beaumarchais était retourné à Londres. Voici ce que je trouve dans sa lettre au ministre de la marine, M. de Sartines, en date du 14 janvier 1776 :

« Grâce aux estampes qui retiennent l'ouvrage, il ne voit point encore le jour. J'espère être encore assez heureux pour l'empêcher d'éclore.

« . . . Gardez le plus profond secret sur la part que vous avez à cette suppression. Si mes lumières acquises ne me trompent pas aujour-

soutint, entre autres, ce fameux assaut du 9 avril 1787, contre Saint-Georges, dont une planche en couleur de Rowlandson a consacré le souvenir. Après d'inutiles tentatives auprès du gouvernement de la Republique pour se faire accorder de nouveaux subsides, d*Eon s'éteignit obscurément à Londres, le 21 mai 1810, dans sa quatrevingt-troisième année.

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d'hui, tout cela a des branches qui vont si haut quUl y a peut-être autant de danger de travailler à le soustraire d'un côté qu'il y a d'inconvénients à le laisser aller de l'autre. Cette réflexion de profonde politique est pour vous seul Si vous

n'aviez pas fait approuver l'arrangement de précautions que je viens d'établir pour l'avenir, et qui m'a déjà donné le peu de notions que j'ai sur les sources, pour rien au monde je ne voudrais davantage me mêler de cette besogne. Ceci me paraît être l'arbre et l'écorce de Platon, entre, lesquels l'homme prudent ne doit pas mettre le doigt. Allez dans vos idées aussi loin que vous voudrez, sans craindre d'aller trop loin, et vous approcherez du but. Au fait, je réponds au Roi de l'avenir... En vérité, l'on ne veut que brouiller le ménage et profiter de la division pour s'emparer du Roi. Alors vous seriez certainement perdu.... Quant à moi, je ne s.uis rien, mais je m'arrange pour que l'avenir ne soit plus sur mon compte aux yeux des mécontents pour le passé. Il n'est pas en mon pouvoir d'empêcher les ressentiments qu'on me garde; ce sera au Roi de m'en garantir. »

Ces paroles offrent un beau champ aux conjectures; et, supposé qu'elles ne puissent servir à faire pénétrer quelques-uns des crimes cachés qui préparèrent la Révolution , elles servent du moins à faire connaître pourquoi Beaumarchais, pour prix des services qu'il rendit aux chefs de

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