‹ Histoire de BeaumarchaisChapitre 60 sur 168 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

DEPUIS LA REHABILITATION DE M. DE BEAUMARCHAIS jusqu'à la paix DE lySS. — ÉTABLISSEMENTS AUX- QUELS IL CONCOURT. — VOYAGES EN DIVERSES PRO- VINCES DK FRANCE. — GAIN DE SON PROCÈS CONTRE LE LÉGATAIRE UNIVERSEL. — ENTREPRISES DE COM- MERCE. — RÉPONSE AU MÉMOIRE JUSTIFICATIF DE LA COUR DE LONDRES, ETC.

Telle était la destinée de Beaumarchais que chaque événement en produisait pour lui une foule d^autres qui Técartaient de la vie paisible qu'il eût désiré couler au sein des arts et de Tamitié. Enlevé malgré lui au repos, il se voyait attaché à tous les événements publics.

Nous avons vu que les bontés dont M. Duverney avait honoré sa jeunesse lui attirèrent /

un premier procès qui, par appel, le conduisit à se défendre devant le parlement Maupeou, que le jugement de ce tribunal le força d'aller en Angleterre, où il reçut des ordres du Roi. Ces ordres le compromirent avec de vils libellistes^ obscurs instruments de quelques hommts . ;

qui se cachent dans les ombres de la nuit, comme les dieux d'Homère, et dont Beaumarchais repoussa les coups sans savoir d'où ils partaient, à peu près comme Diomëde combattait dans l'obscurité en redemandant la clarté du jour. Mais les dieux ne pardonnèrent jamais à Dîomède les blessures qu'il leur fit dans ces ténèbres qui les rendaient méconnaissables.

Ces voyages à Londres, la sagacité que Beaumarchais y montra, lui firent confier de plus grands intérêts, et il devint bientôt un des liens par lesquels les habitants du nouveau monde cherchèrent à s'attacher à la France. Ainsi les événements s'enchaînent et emportent souvent un homme bien loin de la route qu'il s'était proposé de suivre.

Devenu célèbre, Beaumarchais se vit recherché de quiconque tenta quelque chose : les ministres employaient ses talents; les particuliers le consultaient sur tous leurs projets; les acteurs lui apportaient leurs pièces de théâtre, et il en refaisait quelquefois les plans. Les mécaniciens lui présentaient leurs machines; les infortunés lui demandaient des conseils et des secours; les hommes à projets, l'entrée chez les ministres ou des fonds, sans lesquels rien ne prospère. I Pourquoi, me demandait-il quelquefois, it ce qui se fait ou se projette arrive-t-il jus- 'à moi, qui ne cherche que le repos après tant fatigues? u C'est qu'il n'était indifférent à

CAISSE d'escompte. I 97

rien, qu'il se passionnait pour tout ce qui était beau et utile, que ses conseils étaient purs et ses conceptions heureuses. On se trouvait toujours bien de l'avoir consulté.

Ainsi, à chaque instant on Tarrachait au repos; il n'y en avait plus pour lui, et rarement il y en a pour les hommes célèbres.

Lorsque, en 1776, on voulut établir une caisse d'escompte, afin d'accélérer la circulation des affaires et celle du numéraire par des billets qui le représenteraient, on s'adressa à lui pour lever plusieurs difficultés et pour être entendu des ministres.

Depuis le bouleversement de toutes les fortunes que la banque de Law avait occasionné en France, cinquante-six ans auparavant, on appréhendait tout établissement semblable. On n'osa même pas donner à celui-ci le nom de banque, quoiqu'il ne fût pas autre chose.

Beaumarchais fut obligé d'en parler plusieurs fois au comte de Maurepas; il lui en fit sentir les avantages, écarta les idées de renversement attachés encore à ce mot, rassura la timidité des ministres et triompha enfin des préjugés et des intérêts particuliers qui s'y opposaient.

L'affaire la plus difficile à régler était la conduite qu'on devait tenir à l'égard de l'Angleterre. Le caractère de Louis XVI, plein de bonté, de clémence, de justice, de probité, n'était point porté à la guerre, malgré son extrême jeunesse.

igS HISTOIRE DE BEAUMARCHAIS.

Le vieux comte de Maurepas, naturellemen enclin à Tinsouciance, était dans un âge où Ton préière le repos au succès. Le comte de Saint-Germain, ministre de la guerre estimé de FEurope par ses talents militaires, était peut-être le seul homme du Conseil dont l'esprit eût été incliné à rompre la paix; mais les réformes quMl venait de faire dans la maison du Roi, Tétat où il avait trouvé Parmée, lès changements qu'il se proposait d'y opérer, remplissaient la cour et les troupes de mécontents, excitaient contre lui des rumeurs et élevaient des cabales qui le forcèrent à donner sa démission Tannée suivante.

Le comte de Vergennes avait été ambassadeur tour à tour à Constantinople et à Stockholm. Son génie, ennemi des querelles, avait plus goûté en politique l'obéissance passive des Turcs que Faîtière résistance apportée quelquefois par le sénat de la Suède aux volontés de ses rois. 11 s'appliquait à pacifier toutes les contestations qui s'élevaient en Europe, et se faisait estimer dans tous les cabinets.

M. de Sartines, nouvellement ministre de la marine, n'avait trouvé dans les ports que de la bonne volonté, de faibles escadres, peu de vaisseaux de ligne, peu de ressources, peu de marins consommés, beaucoup plus d'ardeur, décourage et d'audace que d'expérience et de discipline. Enfin, une guerre sourde existait entre la marine royale et la marine marchande. Ce ministre.

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