‹ Histoire de BeaumarchaisChapitre 61 sur 168 · SITUATION DU MINISTERE. I · texte numérisé non relu

SITUATION DU MINISTERE. I

élevé dans la magistrature, ne connaissait ni la mer ni les affaires maritimes. On en plaisantait. Les chefs des escadres et les simples matelots manquaient de confiance dans ses lumières. Ses premiers soins devaient être d'en inspirer avant de compromettre les restes delà marine française devant les formidables flottes de l'Angleterre. M. Turgot, avec les intentions les plus pures, le génie le plus droit et les connaissances les plus sûres, avait des principes certains dont la fixité et l'austérité effarouchaient la légèreté française et contrariaient le goût général de la cour pour la dissipation. Tous ses desseins éprouvèrent des oppositions ; la plupart échouèrent par des manœuvres secrètes; il fut obligé de se retirer cette même année.

MM. Taboureau et Necker, qui lui succédèrent, appréhendaient, comme lui, que la guerre n'augmentât l'embarras des finances, et ils s'appliquaient à chercher des moyens non vexatoires pour élever les revenus et diminuer les dépenses, afin d'empêcher un désordre toujours croissant et qu'on ne savait plus comment arrêter.

D'importants motifs inclinaient donc tous les ministres vers la paix. Cependant, ils s'apercevaient trop que les événements, plus forts que leur politique, rendraient bientôt la guerre inévitable. Beaumarchais les en aVait prévenus depuis longtemps.

Dans ses voyages en Angleterre, il s'était ap-

pliqué particulièrement à connaître la politique et la situation de ce royaume soit avec ses colonies, soit dans ses rapports avec les puissances du continent; il savait les intrigues de tous les partis et les motifs secrets qui animaient les chefs de l'opposition. Toutes les fois qu'il revenait en France, il en conférait avec le comte de Maurepas, le comte de Vergennes et M. de Sartines; il les pressait de mettre TÉtat en défense et d'arracher l'Amérique à l'Angleterre ; de ne plus souffrir que les navires des négociants français fussent enlevés impunément par les escadres ou les corsaires anglais. Son génie ardent s'accommodant peu de toutes les tergiversations d'une politique indécise qui ne lui paraissait que faiblesse, il leur disait quelquefois : « Si vous manquez cette grande et unique occasion d'affaiblir l'ennemi de la France, vous en serez punis par la verge de fer des historiens. « Cependant, il travailla quelquefois à éloigner cette guerre qui paraissait inévitable (i).

Toujours actif et ferme, il avait déjà envoyé au Congrès des canons, des armes, de la poudre et de braves officiers; il exhortait tout le commerce à suivre son exemple. Il formait, sous la raison Rodrigue Hortales^ une maison assez forte, assez riche, assez dévouée pour hasar-

(i) Cette phrase manque dans le Mss. L.

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