‹ Histoire de BeaumarchaisChapitre 62 sur 168 · LE DOCTEUR BARBEU-DUBOURG · texte numérisé non relu

LE DOCTEUR BARBEU-DUBOURG

der de mettre en mer des bâtiments armés propres à repousser les corsaires, et assez nombreux pour qu'il en échappât plusieurs aux escadres ennemies, pour que les bénéfices des navires qui arriveraient aux atterrages de l'Amérique fussent capables d'alimenter ce commerce, plus patriotique encore que lucratif.

Le comique se mêle à presque tout en France, et Beaumarchais trouvait toujours des gens empressés à lui nuire. Le docteur Dubourg (i), habile médecin, meilleur botaniste et assez bon littérateur, ami particulier de Franklin, séduit par l'amitié et par l'espérance toujours trompeuse de la fortune, arma un petit navire, fit une pacotille de tout son bien et l'expédia pour Philadelphie. Puis, cherchant à détourner sur lui-même la protection que le comte de Maurepas accordait à Beaumarchais, il ne sut rien de mieux, malgré tout son esprit, que de conseiller à ce ministre de ne pas trop se confier à un homme léger qui entretenait des filles.

Le comte, qui n'avait jamais vu un grand mal dans cet amusement, qui savait que l'a-

(i) Jacques Barbeu- Dubourg, né à Mayenne le 12 février 1709, mort à Paris le 14 décembre 1779. Son amitié pour Franklin ne l'avait pas empêché de se lier avec Diderot, qui recommandait chaleureusement à Catherine II le Petit code de la raison humaine, que le docteur avait publié en 1774. Voir la Politique de Diderot dans la iVowvelle Revue des i**" et i5 septembre i883.

mour des femmes est souvent le grand véhicule qui nous porte vers le bien, qu'il est presque toujours l'effet et la preuve d'un grand caractère, et qui n'ignorait pas sur qui toutes les affections de Beaumarchais s'étaient réunies, ne lui retira pas sa confiance et se fit seulement un plaisir malin de lui conter la grave accusation portée contre lui par un docteur, non de Sorbonne^ mais de la Faculté de médecine.

« Monsieur le comte, répondit Beaumarchais, je suis bien plus coupable qu'il ne le dit , car, outre les filles, j'entretiens aussi des garçons. J'ai trois sœurs, deux nièces et plusieurs neveux que je ne laisse manquer de rien (i). » Cette réponse inattendue fit naître le rire. On se moqua du pauvre docteur, et les Anglais, qui prirent son petit vaisseau et qui le ruinèrent , lui firent plus de tort (2) que les légères plaisanteries de Beaumarchais et du comte de Maurepas.

Le Congrès devait déjà cinq millions à Beaumarchais, et il venait d'envoyer à Philadelphie

(i) Suivant M. de Loménie (II, 121), ce n'est pas à Maurepas que Beaumarchais fit cette réponse, mais à M. de Vergennes; et il la reproduisit, en l'amplifiant de la plus spirituelle façon, dans une lettre au docteur Dubourg, que Gaillardet et M. de Loménie ont donnée Pun et l'autre.

(2 (( L'outragèrent plus cruellement. » (Mss. L.)

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