ACTE d'indépendance DES ÉTATS-UNIS
un agent, M. de Francy (i), chargé de veiller à ses affaires.
Cependant , les Anglo - Américains osèrent suivre le conseil que leur avaient donné les ministres français, sans croire peut-être qu'ils fussent jamais capables de Pexécuter. Ils Posèrent^ et, le 4 juillet de cette même année 1776, ils publièrent Pacte de leur indépendance.
Jamais Rome, jamais la Grèce, jamais aucun peuple de l'ancien continent n'exposa les motifs de son indépendance avec une simplicité plus noble, et ne les posa sur des vérités plus évidentes. Je crois qu'il n'y a personne dans les États-Unis qui n'en apprenne le préambule par cœur, dans^son enfance, et qui ne le regarde comme l'égide de la liberté.
Mais, que leurs motifs fussent justes ou non, suffisait-il qu'une province , une colonie soulevée osât se déclarer indépendante, pour que les autres Etats la reconnussent comme telle? La reconnaître, traiter avec elle, n'était-ce pas un acte équivalent à une déclaration de guerre?
Tandis que ces questions retenaient le Conseil dans une sorte d'indécision, Beaumarchais avertit les ministres qu'il venait de s'en élever une autre à Londres d'un genre tel qu'il n'y avait
(i) Théveneau de Francy, frère de Théveneau de Morande, dont il a été question p. 1 13.
peut-être que dans la seule Angleterre qu^on pût la discuter sans se perdre.
On demandait quels étaient les rebelles, des Anglo- Américains ou du Roi et des ministres anglais? N'était-ce pas ces derniers qui, ayant violé la loi et les droits des peuples, forçaient les colons à se défendre contre l'opposition? N'était-ce pas eux seuls qui, par une juste conséquence, étaient les véritables rebelles? Beaumarchais mandait aux ministres :
« Milord Abingdon (i), l'un des hommes les plus éclairés d'Angleterre, vient de publier un ouvrage qu'il signe de son nom et qu'il scellerait, dit-il, de son sang avec la même alacrité. Dans cet ouvrage, il établit fort bien que^ les Anglais, et non les Américains, sont les seuls vrais rebelles à la constitution commune, et c'est ce que je crois avoir prouvé moi-même sans réplique, il y a deux mois, à Paris, aux deux orateurs Fox et Littleton... Si, même en Angleterre, il n'est pas décidé lequel est rebelle à la constitution, des Anglais ou des Américains, à plus forte raison un prince étranger comme le roi de France, indifférent et neutre en tout cela, peut-il bien ne pas se donner le soin de juger la question
(i) Bertie Willoughby, comte d'Abingdon, auteur, entre autres ouvrages, de Thoughts of M, Burke's Letter to the shérifs of Bristol on American ajfairs, Oxford, 1 777^ in-8».