‹ Histoire de BeaumarchaisChapitre 65 sur 168 · VOYAGE EN LANGUEDOC. 2O · texte numérisé non relu

VOYAGE EN LANGUEDOC. 2O

de Guise; les Etats de Blois; Passassinat d^un autre duc de Guise et de son frère le cardinal; la conjuration d'Amboise; l'île voisine de Tours, où le roi de Navarre, Henri le* Grand, se réconcilia avec Henri III. Poitiers nous montra les plaines où le prince Noir fit prisonnier le roi Jean, et s'acquit plus d'honneur par la manière dont il traita son prisonnier que par le succès de son étonnante victoire. Les rives du Clain nous offrirent les champs où Charles -Martel sauva la France du joug des Maures et la chrétienté de Pislamisme.

Nous arrivâmes à la Rochelle, dont le port est encore embarrassé par les débris amoncelés de la digue que le cardinal de Richelieu y fit construire pour le fermer; la Rochelle, où le faible Louis XIII se montra aussi sévère que le brave François I*' s'y était montré clément. Nous traversâmes la Charente non loin du lieu où saint Louis avait battu les Anglais; nous allâmes à Rochefort, dont le port, l'arsenal, la ville même sont des ouvrages de Louis XIV. Nous descendîmes la Charente; nous fûmes à son embouchure visiter les navires que Beaumarchais allait expédier, et nous nous rendîmes à Bordeaux, jadis résidence du prince Noir, où les Anglais n'ont laissé aucun monument, et où l'on voit encore les débris de ceux que les Romains y élevèrent. Mais ce n'était point le terme de notre voyage.

Ce fut un séjour de repos pour moi , d'afifaires et de gloire pour Beaumarchais. Les comédiens s'empressèrent de jouer ses pièces, les négociants de le charger des intérêts du commerce. Je remarquai dans cette ville, comme sur toute la côte, un grand désir de rivaliser avec les Anglais et une grande conviction qu'en contrevenant aux ordres du ministre qui défendait d'envoyer des munitions de guerre aux Américains, on servirait les intérêts de la France et l'on n'offenserait point le Roi.

Nous partîmes bientôt de Bordeaux. Deux sortes d'affaires appelaient Beaumarchais en Provence(i). Noustraversâmes le Languedoc, oîi l'on ne perdra jamais le souvenir des malheurs de Raimond, comte de Toulouse; des dévastations commises par le barbare Simon, comte de Montfort; de l'origine de l'Inquisition, qu'y fonda saint Dominique; où l'on se souviendra toujours du supplice et de la mort du duc de Montmorency; surtout de l'antique et sage gouvernement des anciens Romains , dont le génie vit

(i) Le Mss. L. renferme le passage suivant, qui manque dans celui de la Bibliothèque nationale : « Nous traversâmes ces belles provinces du midi de la France; celles où nous passâmes sont encore remplies du souvenir des premiers exploits et des premières amours de Henri IV; du voyage de Catherine de Médicis; des exploits du bataillon de ses filles d'honneur; du fanatisme du brave Montluc; des rigueurs de Louis XIII, cruel par faiblesse; de la mort du connétable de Luynes. »

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