GENIE DU PEUPLE ROMAIN
encore dans les débris des grands monuments qu'ils élevèrent dans cette province. Louis XIV et Louis XV en ont élevé quelques-uns, tels que le temple des Adelphes et la fontaine de Nîmes ; mais ils n'ont osé relever cet immense Colisée , destiné chez les Romains à de simples jeux, et qui serait trop vaste pour l'assemblée de nos Etats Généraux. Comment, disions-nous, un peuple qui eut à peine quatre cent mille hommes de troupes dans le temps de sa plus grande splendeur, triompha-t-il pendant tant de siècles, et maintint-il en paix sous ses lois, pendant si longtemps, toutes les nations contenues entre TEuphrate et les montagnes de l'Ecosse, entre TElbe et le mont Atlas? Eut-il donc une autre force que celle des armes? Quelle était cette espèce de force? Était-ce sa renommée, sa modération ou sa sagesse?
Comment, avec des revenus qui ne montaient pas à six cents millions de livres tournois, a-t-il construit ces grandes routes dont, après seize ou dix-huit siècles, on trouve encore des vestiges, et ces vastes édifices dont les débris nous environnent?
Il n'avait ni canons, ni mines, ni bombes pour écraser les villes; ni banque pour ajouter au vrai numéraire un numéraire fictif; ni rentes viagères ou perpétuelles sur l'hôtel d'une municipalité; ni caisse d'amortissement pour racheter à perte les effets émis dans toute leur valeur; ni
loteries pour mettre à contribution la misère, Pincoriduite, les folles passions et en former un supplément d'impôts (i); ni tant d'autres inventions modernes (2), toutes créées pour assurer l'autorité des rois, et qui n'empêchent pas que, dans chaque siècle, il n'en tombe un assez grand nombre du haut de leurs trônes.
En raisonnant ainsi, nous étions bien loin de soupçonner que nous verrions s'accomplir les prédictions de J. J. Rousseau et s'écrouler les monarchies les mieux pondérées.
De ces belles contrées nous passâmes dans celles où les Grecs ont apporté les arts et les lettres, et nous nous rendîmes à Marseille, autrefois république et savante, alors moins illustre, mais conservant sous nos rois de grands privilèges, et demeurant toujours la ville la plus commerçante de la Méditerranée. Sœur de Rome, terreur des Carthaginois, émule d'Athènes, tels étaient les anciens titres inscrits sur la façade de son hôtel de ville, longtemps avant qu'elle fût chrétienne, lorsqu'elle était libre, indépendante,
(i) ... « Ni fermes, ni ces coupe-gorge qu'on appelle maisons de jeu, où des jeunes gens inexpérimentés vont engloutir leur fortune, leurs espérances et l'honneur de leur famille, écoles de brigandage, repaires de tous les vices, dont on ne sort qu'avec les signes de la réprobation ou le sentiment d'un désespoir qui ne présente d'autre perspective que le suicide. » (Mss. L.)
(2J « Toutes aussi immorales. » (Mss. L.)