‹ Histoire de BeaumarchaisChapitre 67 sur 168 · MARSEILLE ET AIX · texte numérisé non relu

MARSEILLE ET AIX

souveraine et illustre par le commerce et la victoire (i).

Je ne sais si les grelots, le galoubet, le tambourin qu*on y entendait retentir de toute part étaient un reste des moeurs grecques ou phocéennes, mais il n'y avait point au monde de ville plus bruyante, plus gaie, plus dansante et où cependant il se fît plus d'affaires; on y voyait le costume de tous les peuples qui bordent la Méditerranée, le mélange de toutes les mœurs et des gens de toutes les religions.

Beaumarchais venait y faire partir enfin le vaisseau V Heureux , que les criailleries du lord Siormond y retenaient depuis dix mois et avaient fait décharger deux fois publiquement par des ordres arrachés aux ministres du Roi.

De Marseille nous passâmes à Aix, ville presque aussi sérieuse que la première était gaie. Le Parlement y imprimait la gravité qui caractérise la justice. Des magistrats, des avocats, des procureurs en composaient presque toute la population. Ce n'était point une ville grecque; le Romain Sextus Calvinus Pavait fondée auprès des sources d'une eau thermale ; les malades y venaient jadis en foule. Le nombre en avait diminué; celui des plaideurs les remplaçait. Les richesses de cette ville, provenant des maladies et de la chicane , n'inspiraient pas la gaieté que

(i) Cette phrase manque dans le Mss. L.

les hasards de la navigation, les retours du commerce, le mélange des nations et celui des productions de tous les climats occasionnaient à Marseille.

Les arcades romaines élevées autour des sources thermales et le palais, beaucoup plus moderne, des anciens comtes de Provence tombaient également en ruine. Le parlement d'Aix, qui, depuis sa création, avait siégé dans ce palais, tenait séance dans un théâtre voisin.

C'était à ce tribunal que le procès de Beaumarchais avec le légataire universel de M. Duverney avait été renvoyé pour être jugé en dernier ressort. Mais cette cause n'étant pas prête à être appelée, nous revînmes à Paris, poursuivant toujours nos observations historiques. Nous passâmes par Avignon, ville célèbre pour avoir été, pendant soixante-deux ans, la résidence de papes tous Français, et les derniers de cette nation que le Sacré-Collége ait élus; célèbre encore pour avoir été vendue à l'un de ces papes par la reine de Naples, Jeanne, comtesse de Provence; enfin pour avoir vu Henri III, Henri de Navarre, Catherine de Médicis et toute cette cour si galante s'y promener en habit de pénitents bleus, blancs et noirs, et le fameux cardinal de Lorraine, promoteur de tant de persécutions contre les hérétiques, étouffant sous ce sac ridicule, y gagner la mort qui l'emporta bientôt après.

Nous passâmes ensuite par Lyon, ville induS'*

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