‹ Histoire de BeaumarchaisChapitre 74 sur 168 · SEJOUR A LYON · texte numérisé non relu

SEJOUR A LYON

A Lyon, nous fîmes quelques visites. > étions chez madame la comtesse de**', lorsqi annonça M, le chevalier de '". Il entre, îl a çoit Beaumarchais, s'arrête frappé de surpi demeure quelques moments sans proférer mot, et s'écrie : a Monsieur de Beaumarchai faut que Je vous étrangle ou que je vous brasse! u

Et, à ces mots, il se précipite dans ses bras et le serre contre son cœur; c'était le frère du comte de la Blache (i).

« Vous venez de gagner votre procès, vous avez couvert mon frère d'un ridicule ineffaçable, vous m'avez obligé de changer de nom, car partout oti on l'entendait prononcer, aux promenades, à la soriie des spectacles, la foule accourait, on me prenait pour votre adversaire; j'entendais citer des passages de vos Mémoires, je m'évadais comme je pouvais. Cependant je ne puis m'empécher de vous rendre justice; toute la famille condamnait les procédés du comte, mais son avidité n'écoutait personne. Nous-mêmes nous en avons été victimes. »

Entrant alors dans plusieurs détails assez divertissants, îl nous conte beaucoup de choses dont je n'avais jamais entendu parler. Et remar-

([] Jean de Falcoz, marquis d'Harrancourt, premier chambellan de Monsieur, mort sans postérité. (Note communiquée par M. Edm. Maignien, bibliothécaire à Grenoble.)

y ••^^^ quez bien, que c'était toujours par les parents

1 ^ ft j^ coni^® qu^ j'apprenais ce qui lui était désavan-

^ ." ' tageuxy et jamais par celui contre lequel il plai-

•r. ^?^ daît avec un acharnement si injuste. l* "^"T Nous arrivâmes bientôt à Paris, à peu près > A '" .persuadés qu'après de si beaux combats devant

*V* ' ^^ juges du camp de Thémis, personne ne se-

- « • rait tenté de rentrer en lice contre un si rude

assaillant; mais, quelque brave qu'on soit, il ne faut jamais désespérer de trouver quelque autre brave qui veuille mesurer ses armes avec les nôtres.

Chacun le félicitant à son retour sur le gain de son procès, les uns de vive voix, les autres par lettres, je crus devoir lui en faire un nouveau compliment, et comme je lui avais déjà dit en prose ce que je pensais, je lui adressai une épître en grands vers ( i ). Cette épître courut Paris et passa la mer à mon insu, tandis que Beaumarchais allait courir les côtes et faire sans moi un très-court voyage à. Nantes ou à la Rochelle. Je ne songeais point à mal, et je me croyais parfaitement en sûreté, lorsqu'un jour, étant chez moi, à table entre ma mère et ma nièce, je reçois un petit billet de Madame Denis, nièce de feu M. de Voltaire; elle m'aimait beaucoup à cause

(i) Cette épitre « en grands vers » fut reproduite par le Courrier de V Europe, qui modifia ainsi le quatrième vers ;

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