‹ Histoire de BeaumarchaisChapitre 75 sur 168 · GUDIN EST POURSUIVI · texte numérisé non relu

GUDIN EST POURSUIVI

de l'extrême attachement que j'avais toujours eu pour son oncle, a Vous venez d'être décrété, me mandait-elle, de prise de corps par le Grand Conseil; vous allez être arrêté. C'est pour des vers imprimés dans le Courrier de VEurope. Vous n'avez pas un moment à perdre. » Je n'en perdis pas, j'avais lu ce billet tout bas, et, quittant la table sans rien dire, je passai dans mon cabinet, m'habillai à la hâte et me réfugiai chez Beaumarchais. Je lus ce billet à Madame de Beaumarchais. J'envoyai chercher mon ami, M. F... et M . Gênée de Brochot ( i ), homme de loi très-expérimenté; nous tînmes conseil. Mon premier soin fut de charger mon ami d'aller prévenir ma mère de l'étrange visite qu'elle allait recevoir

Ainsi du Parlement la sévère justice

A de tes ennemis confondu la malice.

Ils se flattaient pourtant que leur art ténébreux,

Qui d'un sénat profane, en des temps malheureux,

Avait fait incliner la vénale balance,

De nos vrais magistrats suspendrait la prudence.

Gudin avait écrit vil sénateur, et Tallusion ne portait ainsi que sur Goézmann, tandis que le sénat profane visait les membres du parlement Maupeou, rentrés pour la plupart au Grand Conseil.

(i) Le Mss. L. porte M. T... [Target?]. Gênée de Brochot, procureur général des requêtes de Thôtel, avait formé un recueil de pièces originales sur Padministration des finances, principalement au temps de Louis XIV; acquis en 1789 pour la Bibliothèque de la chancellerie, ce recueil fut versé en 1790 à la Bibliothèque du Roi. (L. Delisle, Inventaire général des manuscrits français, tomç I,p. LXXVII.)

des gens du Grand Conseil, de lui en dire la raison et de la prier de ne point s^alarmer, de répondre qu'elle ignorait où j'étais; qu'il était possible que je fusse avec Beaumarchais à cent lieues de Paris.

Gênée de Brochot me conseilla de ne pas me laisser prendre. « Ces messieurs du Grand Conseil, haïssant cordialement Beaumarchais, pourraient fort bien, me dit-il, se venger de ses Mémoires sur son ami, et être fort expéditifs à le condamner, puisqu'ils ont commencé par le décréter de prise de corps sans informer contre lui, ce qui est violer toutes les lois. » Je le crus, et, tout délibéré, dès que la nuit fut close, je sortis par une petite porte qui donnait sur une rue détournée, et, bien accompagné par deux ou trois amis, je me retirai dans Tenclos du Temple.

Ce château, ce vaste terrain que Philippe le Bel enleva si scandaleusement aux Templiers et qui fut depuis cédé aux chevaliers de Malte, étaient alors, grâce aux privilèges de cet Ordre, un lieu d'asile, non pour les criminels, mais pour toute personne qui, sans avoir commis aucun délit grave, avait pourtant une affaire fâcheuse, telle, en un mot, que mon affaire.

L'usage était de se faire inscrire, en arrivant, sur les registres du baillif du Temple. Il me demanda quelle cause m'engageait à réclamer les privilèges du lieu, a Sont-ce des dettes? — Je

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