‹ Histoire de BeaumarchaisChapitre 78 sur 168 · NÉGOCIANTS CALVINISTES · texte numérisé non relu

NÉGOCIANTS CALVINISTES

que TEurope regrettera longtemps, et un brave officier à la famille duquel M. de Voltaire avait rendu de grands services, vinrent plusieurs fois me solliciter et me presser de mettre dans les journaux quelques mots propres à calmer le courage des magistrats qui m'avaient décrété; mais j'étais élevé à l'école d'un homme qui n'admettait point de faiblesse, et je répondis toujours que si le Grand Conseil eût observé les lois, en informant sur cette affaire avant de décréter un homme domicilié, j'aurais été au-devant de la procédure et lui aurais remis une copie exacte de mon épître, telle que je l'avais faite et non telle qu'on l'avait imprimée à Londres sur une des copies qui couraient Paris, et qui avaient été défigurées [)ar de mauvais plaisants, mais que je ne leur devais point d'égards, puisqu'ils n'en avaient eu ni pour mes droits ni pour la loi.

Beaumarchais m'ayant tiré de cette crise, notre amitié en devint plus vive, et, dès ce moment, nous fûmes unis à la vie et à la mort.

J'ai déjà dit que, dans la conversation, il se plaisait à être l'avocat des absents et à combattre la légèreté française, qui les dénigre souvent avec autant d'inconsidération qu'elle met de politesse envers ceux qui sont présents ; mais, dans sa conduite, il aimait à être le défenseur des opprimés.

Au commencement de cette année 1779, il réclama en faveur des négociants calvinistes de

Bordeaux rhonneurd^étre admis dans la chambre de commerce de cette ville, et il en écrivit ainsi aux ministres : « Un fanatisme barbare interdit aux négociants protestants l'entrée de cette chambre, tandis que, dans d^autres villes plus sages, telles que Marseille et la Rochelle, on fait si peu d^attention à la diversité des cultes sur un objet qui n'y a nul rapport, qu'en ce moment lé député même du commerce de la Rochelle est protestant.

(( Lorsque les Anglais, bien plus acharnés contre les papistes que nous ne le sommes contre les anglicans, adoucissent aujourd'hui le sort des malheureux catholiques dans les trois royaumes et nous donnent un si bel exemple de tolérance civile, et surtout lorsque le roi de France a daigné confier l'administration des finances à un homme de génie qui n*est ni Français ni de la religion du prince, n'est-ce pas le moment de présenter à son conseil la réclamation que je fais d'office, pour tous les négociants français du royaume, du droit honorable de concourir avec les catholiques au bien qui résulte de l'institution et des assemblées d'une chambre de commerce en chaque ville opulente?

a Or, quand il ne serait pas d'expérience reconnue que, dans nos ports, les maisons protestantes sont les plus riches et les mieux fondées de toutes, quand il ne serait pas prouvé que personne n'y contribue plus gaiement, plus ;:

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