‹ Histoire de BeaumarchaisChapitre 79 sur 168 · NÉGOCIANTS CALVINISTES · texte numérisé non relu

NÉGOCIANTS CALVINISTES

abondamment et de meilleure grâce au soulagement des malheureux, à toutes les charges imposées à cet effet, et quand il ne serait pas certain qu'en toute occasion ces maisons donnent aux autres sujets du Roi l'exemple du dévouement et du patriotisme, un simple raisonnement convaincrait que ces utiles familles, éloignées par la différence du culte de tout ce qui s'offre à l'ambition des catholiques, et forcées par cette exclusion de chercher la considération dans une continuité de travaux du même genre, doivent devenir en peu de temps les colonnes du commerce et les plus fermes soutiens de cet état honorable.

« Dans nos grandes villes, et notamment à Bordeaux, si Ion rassemblait les biens de tous les négociants protestants, on trouverait que la masse et l'étendue de leurs affaires forment un capital immense et que leur industrie augmente considérablement les revenus de l'État.

« Les enfants y succèdent aux pères, et, consolidant de plus en plus le crédit, les ressources et les richesses de ces maisons, perfectionnent la branche que leurs parents ont embrassée, et tels que les Thélusson (i), les Audibert, les Van

(i) Thélusson a été l'un des associés de la maison de banque de Necker; Audibert, de TAcadémie de Marseille, correspondait avec Voltaire; la famille Van Robais a tenu pendant plus d'un siècle le premier rang parmi les fabricants de soieries d'Abbeville ; elle y a encore des repré-

Robais, les Cottin, les Gradis, et mille autres, ils contribuent beaucoup plus aux progrès du commerce et des arts que les maisons catholiques, lesquelles ont à peine acquis un peu de fortune qu'elles songent à tirer leurs enfants du négoce qui les enrichit pour les attacher aux emplois, les élever aux charges et leur assigner sottement un milieu presque nul entre la classe honorable des utiles négociants et la classe honorée des nobles inutiles.

(( Ce n*est donc pas la bienfaisance connue de Sa Majesté que j'implore ici pour des hommes honnêtes qui ne m^en ont pas chargé, c'est la politique éclairée de son conseil que j'invoque pour attacher de plus en plus à leur état, au commerce, à la patrie, les chefs des maisons protestantes, par leur admission dans les chambres de commerce. J'offre ici le moyen facile d'augmenter ou de récompenser leur émulation par la plus juste et la plus simple des grâces, la seule qu'on puisse accorder peut-être aux négociants protestants, jusqu'à ce qu'un temps plus heureux permette enfin de rendre à leurs enfants la légitimité civile qu'aucun prince de la terre n'a droit d'ôter à ses sujets

sentants, de même que Gradis, à Bordeaux; il est question de ce dernier (Israélite el non protestant), dans les Mémoires de Bernis et dans ceux de Marmontel; Cottin était originaire de Tonneins.

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