‹ Histoire de BeaumarchaisChapitre 8 sur 168 · MORT DE SA PREMIERE FEMME. I · texte numérisé non relu

MORT DE SA PREMIERE FEMME. I

à son mari dans un âge qui lui permettait d'espérer encore une longue suite d'années heureuses. Tout changea aussitôt pour Beaumarchais. Sa fortune disparut avec son épouse. Il touchait à peine à sa majorité; son inexpérience, la dissipation de son âge, son bonheur, la perspective d'un long avenir ne lui laissèrent pas prendre les précautions nécessaires pour assurer sa fortune; et, quand sa femme fut frappée de mort, il ne fut occupé que de sa douleur. Les délais accordés par la loi s'écoulèrent, et les avantages qu'un homme intéressé aurait recueillis d'un semblable mariage furent perdus pour lui (i).

Ce fut alors que l'amitié de M. Duverney lui devint utile et tourna son esprit du côté des affaires. Sa charge de contrôleur de la maison du Roi lui restait. Ses amis étaient dévoués. Les agréments de son esprit le firent rechercher, et ses 'talents les plus frivoles lui devinrent alors les plus avantageux et les plus nuisibles.

(i) M. F. de Marescot avait retrouvé aux Archives nationales et publié dans une édition illustrée du Théâtre de Beaumarchais une déclaration de la belle-mère de celui-ci d'où il résulterait qu'il aurait cherché à provoquer un partage irrégulier de l'héritage, et cette pièce laisse même planer un soupçon odieux sur la mort inattendue de la veuve de Pierre Franquet. M. Bettelheim a reproduit aussi cette déclaration dans son Appendice (p. Ô46), sans protester contre ces insinuations que Beaumarchais a réfutées dans son Supplément au Mémoire à consulter de lyyB. Voir en outre les Appendices du présent volume.

l8 HISTOIRE DE BEAUMARCHAIS.

Libre et jeune, il éprouva et inspira bien des passions. Plus les femmes l'aimèrent, plus la rivalité lui fit d'ennemis parmi les hommes. Ses chansons, sa manière de Jouer de la harpe furent un prétexte que la curiosité employa souvent pour celer un autre motif moins innocent. On parla tant de son esprit, de son goût, de ses chansans, de son art enchanteur en jouant de la harpe, que Mesdames de France partagèrent le désir de l'entendre et eurent bientôt celui d'apprendre à jouer d'un instrument qui devenait à la mode, et dans lequel il n'y avait encore aucun maître célèbre.

Sans doute, ces quatre sœurs, qui ne se quittaient point, recherchaient moins une instruction si frivole qu'un dédommagement à Tennui où leur rang les condamnait; car, selon le témoignage d'une femme de beaucoup d'esprit, et qui avait connu tous les états de la vie (madame de Maintenon) : « Il n'y a point, dans les couvents, d'austérités pareilles à celles auxquelles l'étiquette de la cour assujettit les grands, m Ainsi, des heures consacrées soi-disant à l'art de pincer harmonieusement des cordes sonores étaient quelquefois employées à des conversations plus intéressantes et plus véritablement instructives.

Mesdames formaient ou donnaient toutes les semaines un petit concert où le Roi et le Dauphin assistaient. Peu de gens y étaient admis f c'était, à proprement parler, un amuse-

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