‹ Histoire de BeaumarchaisChapitre 9 sur 168 · CONCERTS DE MESDAMES. I · texte numérisé non relu

CONCERTS DE MESDAMES. I

ment de famille où chacun , se débarrassant de Pappareil un peu théâtral de la représentation, cherchait à se rapprocher des mœurs simples qui, seules, permettent l'épanchement des cœurs et les témoignages de Tamitié. M. de Beaumarchais y faisait sa partie, et y jouait de la flûte ou de la harpe. Mais quel sujet offert à l'envie contre un homme qui, n'étant ni maître de musique ni musicien de profession, donnait cependant des leçons à Mesdames sans émoluments (i), et qui, n'étant ni domestique ni grand seigneur, se trouvait souvent avec le Roi, le Dauphin et la famille royale, dans des heures oti Ton ne cherchait qu'à s'amuser, oU l'étiquette était à peu près bannie, oîi l'homme d'esprit pouvait procurer plus d'agrément que l'homme décoré et obtenir un coup d'œil, un sourire qui aurait fait la gloire d'un courtisan et le désespoir de tous les autres !

Une ineffable bonté régnait au fond du cœur de cette famille auguste et en faisait le véritable caractère. Louis XV, dans son indécision, penchait toujours vers ce qu'il y a de plus obligeant. Le Dauphin, Mesdames, passaient leur vie à faire du bien, sans faste, peut-être même trop obscurément. Tous ceux qui les servaient ou qui les approchaient s'attachaient à eux , moins

(i) « Qui composait presque toute la musique qu'elles jouaient. » (Mss. L.)

par intérêt que par le charme touchant de leur bien veilla ace. Mille traits de leur lïonté sont encore connus de tous ceux qui ont survécu à la Révolution.

Un soir, dans un des petits concerts de Mes* dames, le Roi étant debout, et tout le monde voulant entendre Beaumarchais jouer de la harpe, le Roi, pour ne déranger personne ou pour en l'ouir plus tôt, lui poussa son propre fauteuil et Vy fit asseoir, malgré ses refus. C'était un de ces événements très-minimes qui ne peuvent tirer à aucune conséquence; mais quel surcroît pour l'envie!

Cette inépuisable bonté enhardissait quelquefois les courtisans à en abuser et à se nuire. Le vieux d'ArbouIin (i), dans son'humeur brusquement plaisante, disait quelquefois à Louis XV ; « Oui, Sire, votre cour est un bois, et même un « bois où la maréchaussée ne passe point. « — En effet, pour ceux qui ne la voient que de loin, et même pour la plupart de ceux qui la fréquentent, la cour est une forêt enchantée, plus magique cependant qu'encbanteresSe. Là, chacun poursuit avec avidité les objets fugitifs de ses passions, et, quoique toujours trompé, presque

(i) Administrateur général ites postes de 1739 A I7'7- | et en 1 769 sei:rëlaire du cabinet du Roi, charge qu'il cédl deux ans après â son neveu Bougainville, alors capitaine de vaisseau. Voir sur lui les Mémoires de Marmi}ntd,dt madame du Hâusset ei de Dufort de Cheverny,

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