‹ Histoire de BeaumarchaisChapitre 82 sur 168 · PANCKOUCKE ET LES ŒUVRES DE VOLTAIRE · texte numérisé non relu

PANCKOUCKE ET LES ŒUVRES DE VOLTAIRE

être distingué par sa science, son érudition et son éloquence; peu s'en fallut qu'il ne l'emportât sur Beaumarchais et qu'il ne fît transporter ailleurs le siège de cet établissement; mais enfin l'intérêt public fut le plus fort. Cependant, cette affaire resta plusieurs années sans être décidée, et elle eût échoué sans la persévérance courageuse de Beaumarchais et l'amitié dont l'honorait le comte de Maurepas.

La nièce de M. de Voltaire, madame Denis, et le marquis de Condorcet, choisi par elle et par M. d'Alembert pour être l'éditeur des œuvres de ce grand homme, s'adressèrent à Panckoucke, qui faisait alors les plus grandes affaires en librairie, et lui proposèrent d'imprimer la collection entière des ouvrages de Voltaire. Il s'en chargea volontiers et s'en fit livrer tous les manuscrits. Lorsque Panckoucke en fut possesseur, il réfléchit à toutes les difficultés de cette entreprise. D'abord, elle absorbait tous les fonds de son commerce et ils n'y suffiraient peut-être pas. Elle l'occuperait uniquement pendant plusieurs années ; il se verrait en butte à la jalousie de tous ses confrères ; il prévoyait en outre que le clergé, qui avait eu le crédit de faire refuser les honneurs de la sépulture à ce premier des poètes et des philosophes, ne le laisserait pas, lui simple libraire > former en paix un corps d'ouvrages 'propre à jeter dans la nation les fondements indestructibles de la tolérance, pour laquelle ce

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génie indomptable avait combattu pendant quatrevingts ans. Il ne faudrait qu'une calomnie, une mauvaise volonté, un ordre surpris par Pastuce à la faiblesse dans un moment d*humeur pour arrêter l'édition et ruiner celui qui l'aurait entreprise.

Panckoucke, après y avoir bien réfléchi, ne vit que Beaumarchais qui pût le tirer d'embarras. Mais, pendant qu'il y songeait, on lui fit d'autres propositions.

L'impératrice de toutes les Russies, Catherine II, instruite de ces difficultés, qu'elle avait prévues , ambitionna aussitôt la gloire de faire imprimer dans la capitale de ses vastes États la collection complète des œuvres du plus grand homme de lettres qu*eût produit l'Europe. Lorsqu'on avait persécuté les encyclopédistes, elle leur avait offert sa cour pour asile et Pétersbourg pour y achever l'impression de leur grand ouvrage.

Beaumarchais^ jaloux de l'honneur de la France, ne fut pas plutôt informé des démarches que faisaient les agents de l'Impératrice qu'il courut à Versailles remontrer au comte de Maurepas quelle honte ce serait pour la France de laisser imprimer chez les Russes les ouvrages de l'homme qui avait le plus illustré la littérature française. Ce n'était point chez les Scythes qu'Athènes faisait transcrire, pour sa gloire et l'instruction de la postérité, les tragédies de So-

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