LE FIER RODRIGUE
notifié au roi d'Angleterre. Cet embargo avait occasionné à son armateur la perte de plus d'un million. .
Beaumarchais avait fait équiper onze autres vaisseaux chargés en marchandises au Havre, à Nantes, à la Rochelle et dans d'autres ports. La guerre déclarée, il les rassembla et les mit sous la garde du Fier Rodrigue; mais un ordre du ministre de la marine enjoignit à cette flottille de porter dans les Antilles et à Saint-Domingue des effets dont ces îles avaient un très-pressant besoin. Il fallut décharger ces bâtiments, les charger de ces nouveaux effets et changer leur destination.
Ils allaient mettre à la voile , lorsque le ministre, appréhendant que le Fier Rodrigue ne fût pas assez fort pour les défendre contre les escadres anglaises, leur envoya l'ordre de ne quitter la côte qu'avec l'escadre que M. de la Mothe-Piquet devait conduire au comte d'Estaing, et qui devait partir de la rade de la Rochelle dans le mois de mai.
Un mois auparavant, la flotte commandée par M. d'Orvilliers était partie de Brest, s'était jointe à celle d'Espagne, et toutes deux, cinglant vers le canal de la Manche, menaçaient l'Angleterre d'une invasion.
Ainsi, l'Océan était couvert de flottes et d'escadres. Des armées de cent ou de deux cent mille soldats, sans compter les matelots, entassés entre
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des planches^ gagnaient le scorbut en attendant l'heure de brûler des villes.
Outre cette guerre maritime, le continent était troublé par deux guerres indépendantes Tune de l'autre, mais que l'intérêt de l'Angleterre aurait peut-être étendues dans toute l'Europe, si le ministère de la France eût été moins sage et M. de Vergennes moins habile. Il apaisa toutes ces dissensions. M. de Saint-Priest, ambassadeur de France à Constantinople , gagna les Turcs et les Russes à faire la paix , à consentir que la Crimée fût indépendante, et obtint que les vaisseaux russes auraient la permission de passer le détroit des Dardanelles et de commercer dans 'la Méditerranée.
Deux mois après, M. de Vergennes apaisa les différends qui divisaient la Prusse et l'Autriche, au sujet des prétentions que cette fière maison formait sur la Bavière, et la paix fut signée à Teschen, entre Frédéric le Grandet l'impératricereine Marie-Thérèse.
Il ne restait donc plus de guerre en Europe qu'une guerre maritime entre les trois seules nations qui pussent se disputer la domination de l'Océan, et je crois que les autres puissances avaient trop d'intérêt à laisser l'Angleterre et la France épuiser leurs forces l'une contre l'autre pour qu'aucune fût bien tentée de leur ramener la paix.
Nous étions à Bordeaux, moi faisant ces ré-