‹ Histoire de BeaumarchaisChapitre 89 sur 168 · SES ARGUMENTS CONTRE LORD STORMOND · texte numérisé non relu

SES ARGUMENTS CONTRE LORD STORMOND

peuples ou sujets, il leur serait donné entière satisfaction. »

Cromwell et Mazarin^ qui n'ont pas laissé la réputation d'hommes probes et d'administrateurs délicats, avaient pourtant plus d'équité quô les Anglais de nos jours.

Beaumarchais , simple particulier , attaqué nommément et répondant en son nom , n'ayant point à garder les mêmes ménagements qu'un écrivain ministériel, répondit par de grandes vérités aux subterfuges de Fauteur politique du cabinet anglais. Il lui prouva que, dès 1774, les marins de sa nation avaient enlevé un navire français du commerce de Nantes, à l'embouchure du Sénégal; qu'en 1776, ils avaient insulté trois vaisseaux français à l'entrée du Gange et pris la ville de Pondichéry au mois d'octobre 1778; ce qui démontre incontestablement que les ordres d'attaquer cette place étaient partis de Londres longtemps avant la notification du traité fait avec les États-Unis, au mois de mars; que la guerre était résolue par les Anglais avant cette notification, et qu'ils ne voulaient que nous surprendre; car ce sont les dates qui rectifient les erreurs, remettent tous les faits dans leur ordre et décèlent les mensonges des écrivains diplomatiques. Certes, ces vaisseaux attaqués sur les rives du Gange ou du Sénégal n'étaient pas suspects d'aller à celles de la Chesapeacke ou au port de Boston.

Mais ces faits, allégués dans le Mémoire justificatif en réponse aux faits cités dans le manifeste des ministres de France; mais ces faits, rapportés dans les Observations de Beaumarchais, en réponse au Mémoire justificatif ^ étaient-ils la cause delà guerre? Non, sans doute. Il s*agissait de l'empire des mers. Le roi d'Angleterre, de l'aveu même de son écviwsLin , prétendait y ré^ gner sans tyrannie. Mais avait-il le droit d'y régner et avait-il acquis cet empire sans injustice?

N'est-ce pas une prétention , une conduite semblable qui avait fait considérer dans Rome la foi punique comme une foi trompeuse (i)?

L'étude de tant de traités jurés, rompus, violés, inobservés et toujours cités comme inviolables, et la lecture des manifestes où les rois s'accusent de trahison et de perfidie, inspirentelles des idées bien avantageuses de la morale des princes? Invitent-elles à la vénération que les peuples voudraient leur porter?

Si le roi de Prusse, dans l'avant-propos de son

(i) « N était-ce pas la prétention de conquérir toutes les terres qui avait discrédité plus encore la foi romaine, surtout après le décret du Sénat qui déclara libres toutes les villes de l'Achaïe,afin de diviser leur ligue et les asservir plus facilement? N'est-ce pas leur fureur de tout soumettre qui a fait dire à Montesquieu que les Romains ne faisaient jamais la paix de bonne foi et qui l'autorisait à dire en parlant d'eux : Mes brigands de Romains? Le livre le plus goûté de certains politiques, le Prince, de Machiavel, n'était-il pas un cours de brigandage? » (Mss. L.)

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