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ce Le maréchal, après avoir remis les règlements, crut avancer TafFaire en écrivant aux comédiens de me communiquer leurs livres de recette et de dépense de plusieurs années ; mais ce fut ce qui la recula.
tt Les comédiens indignés refusèrent net la communication des registres, et me dirent que la lettre de M. le maréchal ne me donnait aucun droit d'examiner leurs livres d'intérêts, auxquels il était aussi étranger que moi.
a Que cela fût juste ou non, je me retirai ; je rendis les règlements à M. le maréchal, en lui promettant de saisir la première occasion que mes ouvrages me donneraient de compter avec les comédiens pour examiner sérieusement qui avait tort ou raison, w
Voilà donc comment Tafifaire s'engagea par les ordres du maréchal de Richelieu, et comment Beaumarchais, qui n'avait jamais rien exigé des comédiens, leur demanda un compte.
On le fit attendre six mois sans réponse. On avait déjà joué trente-deux fois sa dernière pièce du Barbier de Sévilîe, et on ne la jouait plus depuis qu'il en demandait le compte.
(i Un jour (9 novembre 1776) que j'en parlais dans l'assemblée des comédiens (car je rapporte toujours les propres paroles de Beaumarchais), un d'eux me demanda si mon intention était de donner ma pièce à la Comédie ou d'en exiger le droit d'auteur.
« Je répondis en riant, comme Sganarelle : a Je la donnerai si je veux la donner et ne la « donnerai pas si je ne veux pas là donner, ce a qui n empêche pas quon ne m'en remette le « décompte,
a Un des premiers acteurs insiste et me dit : a Si VOUS ne la donnez pas, monsieur, au moins, a dites-nous combien de fois vous désirez qu'on <c la joue encore à votre profit, après quoi elle a nous appartiendra. — Quelle nécessité, mes- « sieurs, qu'elle vous appartienne? — Beauce coup de MM. les auteurs font cet arrange- (( ment, et s'en trouvent très-bien; car, s'ils ne « partagent plus dans le produit de leurs ou- « vrages, ils ont le plaisir de le voir représenter a plus souvent. La Comédie répond toujours aux « procédés qu'on a pour elle. Voulez-vous qu'on « la joue à votre profit encore six fois, huit fois, « même dix? parlez. » Je trouvai la proposition si gaie que je répondis sur le même ton : a Puisque « vous le permettez, je demande qu'on la joue à « mon profit mille et une fois. — Monsieur, « vous êtes bien modeste. — Modeste, messieurs, a comme vous êtes justes! »
« Je saluai en riant l'assemblée, qui souriait aussi de son côté. »
Enfin, environ trois mois après, les comédiens se déterminèrent à lui envoyer un simple bordereau de ce qu'ils disaient lui être dû, selon Vusage observé par la Comédie avec messieurs
DROITS d'auteur DU BARBIER DE SÉVILLE. 277
les auteurs. Oh! vraiment oui, c*étaii Tusage; ks comédiens l'avaient introduit sans avoir consulté les auteurs, et c'était aussi celui dont ils se plaignaient. Ce bordereau n'était signé de personne,. tant il était évident que personne ne voulait répondre à son exactitude. Beaumarchais leur manda que « leurs préposés avaient oublié de le signer et de le certifier véritable, qu'ils l'obligeraient fort de le faire certifier et de le lui renvoyer, que M . Desessarts ( i ) , qui avait été praticien public avant d'être comédien du Roi, les assurerait que sa demande n'avait rien que de raisonnable. »
Personne n'osa le certifier, mais on lui manda que le compte qui lui avait été envoyé pouvait bien être certifié véritable pour le produit de la porte, mais non pour les petites loges, etc.
Or ils avaient introduit l'usage de ne compter
(i) Denis Déchanet, dit Desessarts, né à Langres le 23 novembre 1737, mort à Barèges le 8 octobre 1793. Les anecdotes sur son embonpoint et sur les plaisanteries qu'il lui attirait courent les recueils d^ana dramatiques. Desessarts avait été en effet procureur avant d'être comédien; aussi son compatriote Diderot, en le remerciant de la façon dont il tenait le rôle du commandeur dans le Père de famille, lui écrivait-il : « J'embrasse de tout mon cœur celui qui a mieux aimé amuser et instruire ses concitoyens que de les ruiner. » {Œuvres complètes, tome XX, p. 74.) Ces mots ont depuis servi de légende à un portrait anonyme de Desessarts, publié par Bligny, et dont le Cabinet des estampes possède trois états différents.
aux auteurs que le produit de la porte, et de diminuer ce produit en louant des loges à Tannée et en vendant le droit d'entrée à beaucoup de gens, de sorte que, plus ils augmentaient leurs recettes, plus celles des auteurs diminuaient. Ils offrirent à Beaumarchais de faire avec lui, pour ces petites loges et les abonnements, une cote mal taillée qui n'eût été bonne que pour lui; mais il répondit qu'il n'aimait que les cotes bien taillées qui pouvaient convenir à tout esprit bienfait, a Oh! croyez-moi, messieurs, point de cotes mal taillées avec les gens de lettres. Trop fiers pour accepter des grâces, ils sont trop malaisés pour essuyer des pertes. » On lui répondit qu'on allait assembler les avocats formant le conseil de la Comédie, et nommer quatre comédiens commissaires pour examiner ses demandes.
« Assembler, dit-il à ce sujet, tout un conseil d'avocats et des commissaires tirés du corps de la comédie, pour consulter si on doit ou non m'envoyer un bordereau exact et signé de mes droits d'auteur sur les représentations de ma pièce, me parut au préalable assez étrange. »
Ce qu'il y a de plus étrange encore, c'est que le conseil ne s'assembla pas, à cause du carnaval, lui dirent les comédiens, ni quand il fut passé, jusqu'au mois de juin, où les comédiens, qui ne jouaient plus le Barbier de Séville, quoiqu'on le demandât souvent, lui écrivirent et le prièrent