‹ Histoire de BeaumarchaisChapitre 93 sur 168 · LETTRE AU MARÉCHAL DE DURAS · texte numérisé non relu

LETTRE AU MARÉCHAL DE DURAS

de conférer avec leur conseil. Il y consentit. Le jour fut indiqué, le conseil ne se tint pas; il fut remis à un autre jour, et alors, au lieu du conseil, le maréchal de Duras intervint dans l'affaire.

Cétait un autre gentilhomme de la chambre, un des supérieurs, des comédiens, et le seul, pour ainsi dire, qui se mêlât de leurs affaires. Les ducs d'Aumont et de Villequier y avaient absolument renoncé, et la grande vieillesse du duc de Richelieu le détournait souvent de s'en occuper.

Pour moi, quand je vis le maréchal duc de Duras prendre ou feindre de prendre connaissance de cette affaire, je la crus perdue, car c'était pour empêcher qu'elle ne fût portée au Parlement ou au Conseil, où Ton évoquait trop souvent les affaires des comédiens.

Beaumarchais, qui ne désespérait jamais, se doutant bien que le maréchal n'entendait pas la question, la lui rappela dans sa réponse, en ces termes : <c Vous vous intéressez trop, monsieur le maréchal, au progrès du plus beau des arts pour n*être pas d'avis que, si ceux qui jouent les pièces des auteurs y gagnent vingt mille livres de rente, il faut au moins que ceux qui font la fortune des comédiens en arrachent Texigu nécessaire.

«c Je ne mets, monsieur le maréchal, aucun intérêt personnel à ma demande. L'amour seul

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de la justice et des lettres me détermine. Tel homme que Timpulsion d'un beau génie eût porté à renouveler les chefs-d'œuvre dramatiques de nos maîtres, certain qu'il ne vivra pas trois mois du fruit des veilles de trois années, après en avoir perdu cinq à l'attendre, se fait journaliste, libelliste, ou s'abâts^rdit dans tel autre métier aussi lucratif que dégradant. »

Si Beaumarchais eût voulu citer des exemples, il n'en aurait pas manqué. Piron avait renoncé au Théâtre- Français pour POpéra-Comique, M. Cailhava et plusieurs autres avaient suivi son exemple. En effet, on ne se plaignit pas seulement du peu de profit qu'on retirait du théâtre, mais encore du temps perdu entre le jour de la réception d'une pièce et le jour de sa représentation.

Le maréchal, qui n'avait pas trop le goût de toutes ces discussions^ au lieu d'étudier la question et de rendre justice sur le passé, proposa de ne s'occuper que de l'avenir, de faire un nouveau règlement, et d'assembler les auteurs afin de se concerter avec eux. Cela parut si beau que Beaumarchais y consentit et convoqua une assemblée de tous ceux qui avaient des pièces représentées.

Il se trouva vingt-trois auteurs, et dans ce nombre on ne compta ni M. de la Saussaye, ni M. Mercier, qui étaient en procès avec les comédiens, car on voulait que tout fût résolu à

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