‹ Histoire de Beauvais et de ses institutions communales jusqu'au commencementChapitre 14 sur 47 · S 2. ROGER, EVÊQIJE DE BEAUVAIS · texte numérisé non relu

S 2. ROGER, EVÊQIJE DE BEAUVAIS

C'est le prétendu frère du comte Eudes II.

Le & juin 988, Hugues Capet confirmait les privilèges d'immunité de Sainte-Colombe de Sens ^^^ et le recognascens souscrivait : Rotgerius notartus régis scripsit et subscripsît. Plus tard, on retrouve le même Roger chancelier à la cour royale : Rogerius protocanceUaritis sabscripsii, telle est sa souscription dans un diplôme des rois Hugues Capet et Robert, en date de 996, confirmant la fondation du monastère de Bourgueil ^^\ Voici ce dont il s*agissait : Eudes I*', comte de Blois, venait de mourir; sa veuve Berte demandait aux rois Hugues et Robert de ratifier ce qu'avec le consentement, du défunt, Emma, comtesse de Poitiers, sa sœur, avait fait en faveur de l'abbaye de Bourgueil. Et Roger souscrivit comme chancelier royal le diplôme accordé, et rien dans l'acte n'indique qu'il ait eu des rapports de parenté avec la famille du comte de Blois.

On ne peut douter que ce grand dignitaire de la cour et l'évéque de Beauvais ne soient une seule et même personne; on possède en effet sur ce point l'affirmation positive d'Eudes, moine de Saint-Maur-des-Fossés. Ce biographe, dans la vie du comte Burchard, rapporte un diplôme donné en 998 par le roi Robert en faveur de l'abbaye de Noisy-le-Sec ^^^ et il ajoute : Quod Rogerius cancellarius dévote peregit, qui postea, Deo concedente, ad honorent pontijicatus in urbe Belvacensi sublimatus est ^^\

En 998, Hervée, évéque de Beauvais, mourut. Roger dut sans doute à son crédit auprès du roi d'être choisi pour son successeur sur l'un des sièges épiscopaux les plus importants du nord de la France, siège qu'il occupa jusqu'à sa mort, arrivée, croit-on, en loaQ. Si, d'un autre côté, on se rappelle qu'en 996, lors du mariage de Berte avec le roi Robert, celui qui devait être Eudes II de Blois était qualifié de petit enfant ^^\

{»> Hist. de France, t, X, p. 553. <*) Hi$i. de France, t. X, p. 354.

W ïhid., p. 563. <5) ffnd,, p. 91 1 A. — J'ai dit plus liaiil,

(') Go diplôme se trouve dans les Hintoriens d'après d^Arbois de Jubaioville, que Eudes

de France, ibid,, p. b'jh, était ne vers 983.

eodem tempore parvultis erat, on est en droit de se demander comment Roger, frère cadet de cet Eudes, a pu être notaire royal en 988, chancelier du royaume en ^^S et évéque de Beauvais en 998. Ce rapprochement de dates suffit, je pense, et il est inutile d'insister pour démontrer que noger et Eudes n'étaient pas frères.

Il est impossible de savoir de quelle famille descend ce Roger, que certains historiens disent de la maison de Champagne. Cependant un diplôme de Robert II, daté de ioq8, en faveur de Tabbaye bénédictine de Coulombs (^) nous apprend qu'Odolric, évéque d'Orléans ^^), était le neveu de Roger ^^\ Cet Odolric est suffisamment connu ^^^ : il était fils d'Héloîse et de Rainard de Broyés, seigneur de Pithiviers, et Ton croit généralement qu Héloîse était la sœur de Tévéque de Beauvais ^^\ Le diplôme de Robert II de 1098 signalé plus haut est très important pour notre Roger : il nous indique qu'il tenait du roi en fief ^^), lui et ses ancêtres, l'abbaye de Coulombs, qu'il la rebâtit et qu'il la dota avec une partie de son patrimoine. On sait aussi que Roger possédait des biens à Coulombs, à Nogent-le-Roi ^'^\ dont il avait le château , à Chandelles ^^\ à Ormoy ^^\ Rutz^i^^î, Senanie8^i^\Brechampsîi2) R^gay (13)^ Badonville^"), Houdreville^^*)^

Poisvilliers (^^^ etc. C'était donc un riche seigneur du pays chartrain; le reste de son patrimoine passa en héritage à son neveu Odolric, qui en détacha encore quelques domaines pour les réunir aux propriétés des moines de Coulombs.

(^) Eure-et-Loir, arrondissement de Dreui, canton de Nogent-le-Roi.

W Depuis 1091.

(') UUt, de France, t. X, p. 617.

W Voir notamment J. Devaux : E$$ai $ur U$ prem, eeign. de Pithmere,

(^) Hermant, nu., liv. IV, ch. 9. — Même après M. d^Ariiois de Jnbainvilie, M. Deraux (p. 19) croit que Roger et Héloîse sont tous deux enfants du comte Eudes I" de Chartres et de Blois, mais il dit que «tous deux paraissent issus du premier mariage du comte Eudes». G*est assez invraisemblable, car alors Roger aurait été le fils atné du comte, et on ne s'expliquerait pas qu'il ne lui ait pas succédé au moins dans un de ses comtés. — M. Pfister {op. cit., p. ^^7, n* 9) fait nattre Héloîse et Roger d'une comtesse Berte autre que Tépouse d'Eudes 1** de Blois; la preuve qu'il en donne ne me parait pas sulDsamment convaincante. Il se fonde en effet sur la mention des deux comtesses Berte que l'on trouve

dans le nécrologe de Notre-Dame de Chartres (Lépinois et Merlet, Cartul. de Notre-Dame de Chartree, t. III, p. 93 et 86). L'une est assurément la mère d'Eudes II , mais le nécrologe ne dit rien sur la famille de la seconde.

(') Abbatiam quam de nobit ipee, et ante»

ce$êore$ eju$ de nosirie, jure benefieiario tenue^ rant.

(') Eure-et-Loir, arrondissement de Dreux.

(*) Ibid., canton de Nogent-le-Roi, commune de Coulombs et de Yiliiers-les-Morfaiera.

<*) Ibid. , arrondissement de Dreux , canton de Nogent-)e-Roi.

(^^^ Ibid. , commune de Coulombs.

(") Ibid. , canton de Nogent-le-Roi.

(») Ibid.

(*'> Ibid., commune de Prouais.

UM Ihid., conunune de Broué, canton d'Aiiet.

<"> /6Mi. , commune d'Épernon, arrondissement de Chartres, canton de Maintenon.

(^^) dnd., canton de Chartres-nord.

En dehors du pays chartrain, Roger possédait Atliy en Normandie (^) et Mon<^la-Gache dans le Vermandois ^'^K Ces deui propriétés étaient des biens patrimoniaux libres, autrement dit des alleux ^'l 11 ea fit donatioB au chapitre de Beauvais ^^\

On a dit encore que Roger avait eu le comté de Sancerre dans le fierry:, et qu'il le donna en édiange de celui de Beauvais. Et d'abord , le diplôme de loi 5, dont je parlerai plus loin avec détail, ne suppose pas qu*il y ait «u d'échange entre Tévéque et le comte de Beauvais. 11 dit seulement que Eudes, pressé par les prières de Roger, muUis precibuê etobtequiiê, et poussé par Tamour de Dieu , cuku divini amarîs permotus, céda â Roger les propriétés et les droits qui font l'objet de cet acte.

Le premier auteur qui parle d'échange est le continuateur de Sigebert ji la date de loa/i ^^^ €e qu'il y a de remarquable, c'est qu'à la date de i o 1 5 , ce chroniqueur dit : Comitatiu Beh. datwr Bùgero epifcapo, et qu'à la date de loaA, en rapportant la mort de l'évéque Roger, il ajoute : Comt/atttM g'tudem urine ai Odime Campaniaui comité inifetravity iato m pro cotnmereio Castro S^ncerrio m Bàurieensi territorio sito, quoi siii patrimom jure oompeUbat^^\ Au xni* siècle, Aubri des Trois-Fontaines copia ce con-^ tinuateur de Sigebert et nous donna le chronogramme suivant qu'il mit sous l'année i o 1 3 (''^ : Bog^iw epi»oopuê BeUuaceniU ah Odone Campamemi comiie acqmwvit comitahan BeUuacenmm pro Castro Smcerio, quoi erat oui par

W Eare, arrondiMemeni de Loaviera, cantoo de GailloD.

(^ Somme, arrondiaKment de Péronne, canton de Ham.

(S) Il eiiste une charte très intéreBeante au poioi de vue des imtitnUons, par laquelle Roger donne Tavouerie de cet alleu à Eudes, comte de Vermandoiii. {CoUêcU Moreau^ 1. 19, fot 36, diaprés le pmiiiar eardi/. 4m cKap, d» Bêtnumê, fol. 193 y".) — Louvet en a dhmnë une édition très fautive (L II, p. i8a).

(*> Yiif kaL juL Ofml Rotgmiiu prftvl vnenmduê, fui inter mulia fHf mobû amtuiU beiw/ieia, tando Péiro largilMi êêt m pago Normatmko AUiaeum H m Vernumdenn Montiaemn {Martyr. Belvac.).

Le Veiui mteroL EceL Beh. , dont un manuscrit de Trouasures (n* 3658 ) nous a conservé des extrails, donne au fol. 10: itv kaLjuL Ok. Rogeruê epùeopui , pro quo habemus r libr, M^ttr AUiaeum m Nomuamia, ko§p. tu den.

— Cf. encore Bulle du pape l]ii)ain II, du

11 juin 1186 (Jaffê, n* i66a8); Loisel, p. 9^8; Louvet, 1 1, p. 607; t. H, p. 178, 189 et i83; Danse, Bore! et Bucquet, p. 375, etc.

Danse, Borel et Buoquet disent que c^est pour annexer au seul évéché runivarsaUté des droits du comté donnés par le diplôme de 1 o 1 5 et indemniser les chanoines par d'antres biens, que Roger leur céda Ailly et MonchL

(»> Sigwbeni «uefonuM BeUovae., édil.

Betmann, Mm. Garm. HîmL Scr^^torm, L VI, p. 46i*

<*) La différence entre les deux chronogrammes de ioi5 et de loaA pourrait faira supposer qu'ils ne sont pas du même auteur.

A remarquer aussi cette inexactitude : ah Odom Campanimm comila mpePramig Eudes n'était pas encore comte de Champagne en 101 5, il ne le fut qu'en 1019.

0) Et non pas 101 5. Le dénombrement de Guillaume de Hellande (pito ju8tif.« n* XX&VU) place aussi ce fait en 101 3.

UriniQm in iioee^ Bkuricen$i ^^\ Et c'est sur la foi de ces deux auteurs doiït Tun est iacoiinu et doit avoir vécu au xii* siècle, et l'autre est du XIII* siècle, tous deux par conséquent sujets à caution sur bien des points pour les évéoements du début du xi* siècle, c'est sur la foi de ces deux auteurs, dis-je, qu'on a répété partout que cet échange avait eu lieu! Pour moi, je ne crois pas me tromper en affirmant que le comté ou le château de Sancerre n'a jaiociais servi à payer les libéralités de Eudes II : si réellement les choses s'étaient passées comme on Ta prétendu, le diplôme royal de 101& l'aurait certainement fait entendre.

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