L'EVEQUE DE BEAUVAIS CONSIDERE DANS SES RAPPORTS AVEC LA COMMUNE
LA CIJRIÂ EPISCOPI, TRIBUx\AL DE L'ÉVÉQUE; SA COMPOSITION. - LES FRANCS- HOMMES.
8 1. LA CUBIA SPISCOPI.
Les chapitres qui précèdent ont montre Je rôle prépondérant joué par l'évéque dans Thistoire de Beauvais. Ils ont raconté les origines de sa puissance temporelle et ils ont montré qu'aux xi* et xii* siècles surtout, il jouissait d'une juridiction très étendue dans la ville. « Tout droit de justice vous appartient 99 , dit Louis Vil à son frère Henri, titulaire de Tévéché, lorsqu'il vint lui-même à Beauvais en i i5i. Un demi-siècle auparavant, Hildebert du Mans avait écrit à Tévéque Godefroi^*^ : «Vos droits de juridiction s'étendent tant sur le spirituel que sur le temporel de la cité^^^?;. L'évéque de Beauvais était en effet un puissant seigneur féodal , et la pairie qui était attachée à son siège le relevait encore auprès du roi, auprès des autres seigneurs féodaux et auprès de ses propres vassaux.
Dès le X* siècle, l'évéque possédait une certaine puissance temporelle. Il avait déjè des vassaux. D'où nécessité pour lui d'avoir un tribunal pour juger toutes les contestations qui s'élevaient entre ses feudataires. Mais, pas plus que la cour qui accompagnait le roi carolingien à la même époque, * la cour de l'évéque n'avait d'organisation bien précise : elle ne présentait pas encore sa dernière forme. Il est probable qu'elle ne fut définitivement constituée qu'au moment où le comté, au moins dans sa plus grande partie, passa sous la domination épiscopale. Mais, alors, elle copia fidèlement l'organisation de la turia régis, à l'exemple de toutes les autres cours féodales.
Les principaux officiers de l'évéque comme du roi furent, aux xi* et xn* siècles, le senescalcus ou dapifer, le camerarius, le maresadàus, le huticularius et le cancellarius. Ceci n'est pas seulement une simple hypothèse :
(*> Évéqae de ito5 â iii3. tatê Behaco ot/ êoeerdothm tpectat, tel re-
<*) 7tts nquidem juriê eit quiequid in eivi- gnwn. (Louvel, (. II, p. 9^8.)
un nombre assez considérable de souscriptions prouve avec évidence la présence de ces officiers à la curia episcopi^^K
Autour de ces officiers principaux se groupèrent d'autres serviteurs de la maison épiscopale, dont la plupart eurent exactement les mêmes fonctions que ceux qui se trouvaient à l'hAtel du roi : le pincema, le venortar, etc.
Tous ces officiers possédaient à Beauvais même des Befs, dont la plupart ont duré jusqu'à la Révolution. Leurs possesseurs furent toujours tenus, à chaque entrée d'un nouvel évéque dans la ville, de remplir des fonctions, qui rappelaient les devoirs auxquels, à l'origine, ils étaient astreints visà-vis de la personne de leur suzerain.
A ces officiers attachés à la personne même de l'évêque, en temps de paix (chambrier, bouteiller, panetier, veneur, etc.), comme en temps de guerre (maréchal, vassal du glaive, de la bannière, etc.), se joignirent les personnes auxquelles il avait donné en fief la perception d'une partie de ses revenus comtaux dans la ville de Beauvais. C'étaient le teloneariui ou tonloyer, le vicarius ou voyer, le moneUirius ou monnoyer, etc.
Voilà comment fut formée la curia episcopi, dont les membres gardèrent
(^) SuBSCALCUs : MUptu epùcopi iêneical^ cuM, cfaarle de févéque Gui iDstiluant des cbaaoines à Saint- Waaat de Beauvais, 18 mai 1079, Louvet, t. I, p. 696. — Er/riduê, pièce jastir. , n** III. — Petrui qnifuerat tmnealctu, PetrutfJUiuê ejuê, charte de Tévéqae Godefroi (iio5-iii3) en faveur de Saint- Quentin, Cart, de 5aiiit-Qii«n/tn (CheUenbam, n* 7,4 o&}, fol. 93 ou p. 45.
Dapipbi : AnêêUuê dapifir^ charte de 1 089 pour Saint-Quentin, ibid., fol. 10, p. 19. — Pètrui dapifer, charte de l^évéque Anse] en faveur du chapitre de Saint-Pierre, i5 février 1 100, Louvet, t. I, p. ago. — Petruê dmpifér, a' Cartul, du chap., fol. 87 v*, Bibl. de Troossures, Va*, p. Sg. — Petruê dapifer, pièce juatif. , n* III , etc.
GâUBRABiua : Birengenu eamêrariuê, pièce juatif., n* III; charte du 95 avril 1080, a* Carhd, du chap., fol. 106, Bibl. de Troussures, Va*, p. 67. — Johannêi eamgrmiu», charte de 1089 en faveur de Saint-Quentin, CartuL dû Sami-QueiUin, fol. 10, p. 19. -— Henricui emnerarius, acte de Philippe de Dreux de 1179, s' Cart. du chcp., fol. 1/16, tit. 3oj, Bibl. de Troussures, Va*, p. 8/1. —
BnUttùifif eamerariui, Martfrcl, Beïvae,, m non. moii.
MABBSGiLDOS : Huheriu* nutreiealduê , charte de Tévéque Henri de France, 1161, Coll.
Moreau, t. LXXI, fol. 71.
BuncDLÂBius ! BiduruÊ huiieulariui, acte de Tévéque Foulques, 3o novembre 1099, ColL Baluzê, t. LXXVIII, fol. 1. — Riekenu buticulmiui , charte de Tëvéque Pierre (1 1 1 &- 1 133), s' Cartul. du dutp., fol. 89, Bibl. de Troussures, Va*, p. 61. — Odo buliculariuêp ibid. — Erlebaudut buUculariuë , en ti57, 3* CartuL du chap., tit. 393, ibid., Va*, p. 88.
Garcbuibivs : Gualtmu» eaneêUariuB , charte de Tévéque Foulques, 3o novembre 1099, CoU. Baluu, t LXXVIII, foL 1. — Gakn-uê eaneêllariuM , en 1097, GûlUaehriit., t. X, col. 9/Î9, ûutr. — Walterua cancêlkhriu9, charte de Tëvéque Godefroi (iio5iii3), CartuL de Saint- Qt^entin, p. 57. — On pourrait peut-être encore signaler ici le personnage qui souscrit Guido caneeUariue, dans une charte en faveur de Saint-Quoitin, de 1089, dont manque le commencement, ibid,, îo\. 10, p. 19.
LA COUR ÉPISGOPALE. — LES FRANGS-HOMMES. 139
jusque dans les temps modernes le caractère d'officiers domestiques de Tévéque : c'est du reste le nom que leur donna un arrêt du & mai 16/11, rendu par les commissaires du roi au trésor h Paris ^^\ Tous possédaient un fief dans la ville même de Beauvais, je l'ai déjà dit, et l'on verra plus loin, dans l'énumération détaillée que je ferai de ces vassaux d'un caractère particulier, de quoi se composaient ces fiefs. Aussi , aux xi* et xif* siècles , leur nom générique était-il casad, fieffés; mais, pour les distinguer des autres vassaux de l'évêque, qui n'avaient pas ce caractère et n'entraient pas dans la composition de la euria episeopi, ce terme de casati était ordinairement déterminé par un autre mot. C'est ainsi qu'ils furent appelés comù Behacmse»^^\ casati urhis^^\ casati urbis Belvagice^^\ casati ecdesie Beh>acensi8^^\ Plus tard, au xiii* siècle, leur nom àeyiaifrancs^hommes,Jranci homines^^\ ou bien hommes curie episcopi^'^K Mais le terme le plus généralement em* ployé, dès ce moment, fut celui de francs-hommes ou encore celui àe fieffés, hommes de fief de l'évêque. Leur nom de francs-hommes venait précisément des libertés et franchises d'impôts dont ils jouissaient
Ces fieffés de l'évêque dépendaient uniquement de lui : le roi, pas plus que les magistrats municipaux, ne pouvait rien prétendre sur eux. C'est ainsi que, même au xvii* siècle, l'arrêt de 1 64 1 , que j'ai déjà signalé, dans un procès soulevé par les officiers royaux , leur reconnaissait le privilège d'être exempts du ban et de l'arrière-ban ; et cette exemption nouvellement confirmée était encore rappelée dans un dénombrement du fief de la vénerie, présenté è l'évêque le 19 septembre 167a ^^\
Le plus important à connaître, c'est la situation des francs-hommes visà-vis de la commune; mais comme, dans un chapitre précédent, j'ai déjà traité cette question et montré l'indépendance absolue des francs-hommes vis-à-vis des magistrats municipaux, je n'ai pas à y revenir ici.
Cette indépendance était du reste à peu près la seule condition exigée pour être franc-homme; mais elle était indispensable. Pourtant le registre au bailliage de la pairie, aux années \klx^ etiA/i6, semble demander
<>j Coil Grenier, t 169, fol. 39.
<*) Charles du 99 juin 11 39 : Bibl. not., n. acq. lai. 93i5; Louvet, t. I, p. 5o9.
(') Pièceju8tif.,n'm;-.Cbartedu95avril 1080 : »* CarUiL du ekap», fol. io6, loc, eiL; etc.
W aS décembre 1078 : Loîsel, p. 957»
m 9 6 avril 1 07 9 : CartuL de Samt-Quentin , fol. 8, p. ]5; LoMel, p. 961 ; etc.
(*) Arrêt du pariemeut de la Chandeleur
1 966 : Arch. nat. , X*" 1 , fol. 1 69 v**; Beugnot, OUm, t. I, p. 637; Boutaric, n* i oo5.
(^) Arrêt du parlement du 11 décembre i39i : Arch. nat., X^* 88A/j, fol. 108 r^; Bonlaric, n* 6569. — On troove encore hominet ftodalee in euria epieeopi judioanleê : Arrêt du parlement du 16 mars i399, ibid^ fol. 108 v^
(•) ColL Grenier, t. 19 , fol 139, el 1. 163, fol. 3i.
une autre condition, en faisant remarquer que les fieffës de l'ëvéque ne doivent pas être bigames ^^\
La dépendance directe des francs*hommes vis-à-vis de leur suzerain, leur situation particulière à Beauvais suffiraient à indiquer qu'ils ne devaient pas rentrer dans la classe commune des habitants de la ville, lorsqu'il s'agissait des droits seigneuriaux à payer ik l'évéque. Aussi trouve-t-on, dans la plupart des dénombrements de leurs fiefs ^^^ l'énumération des franchises dont ils jouissaient. C'était d'abord l'exemption du droit de forage pour les vins produits par leurs terres et pour trente muids en sus, à la condition pourtant que ces trente muids seraient achetés avant la Saint- Martin d'hiver. Us ne payaient pas davantage au châtelain le droit de minage pour les grains qu'ils achetaient pour leur propre consommation. Cependant ce droit de minage pouvait encore exister; mais, dans ce cas, les francs-hommes le percevaient pour eux-mêmes sur tous ceux qui leur vendaient leurs grains. La contribution à l'ëvéque, désignée sous le nom de droit d'anvoire, leur était aussi épargnée. Pour la mouture de leurs grains, ils jouissaient encore du privilège que les dénombrements appellent le droit de desUenter ou deslouer, c'est-à-dire qu'en arrivant aux moulins épiscopaux, ils pouvaient exiger d'être servis les premiers; de plus, ils ne payaient pour redevance aux meuniers qu'un boitel de blé pour trois mines de blé moulu ^^\
La curia episcopi était un tribunal. Aussi les francs-hommes avaient-ils à donner leur avis et même leur jugement dans toutes les questions et dans tous les différends portés par-devant eux. L'affaire la plus importante qui leur fut soumise fut assurément le jugement de la sédition de la commune contre Guillaume des Grez (1966-1268)^^^ Mais ce ne fut pas la seule fois que le maire et les pairs comparurent devant eux : dans maintes occasions, ils eurent à statuer sur les entreprises et à réprimer les tentatives d'usurpation de la commune.
L'obligation des fran(^s-hommes d'assister aux plaids de l'ëvéque leur resta pendant tout le moyen âge; elle est mentionnée dans chaque dénombrement qu'ils eurent à fournir ^^). Cette obligation, cependant, n'était
(^) Noies de Jean le Caron, archinste de (^^ Le boitei égaie le vingt-qaatnème de
Tévéché aa ifiii* siècle, consenrëes dans la la mine. (Notes de Jean le Garon.) bibliothèque des archives départementdes de <*) Pièce jusUf. , n"" XXIU.
rOise. (*) Cf. chacun des nombreux dénombre-
(^) Cf. surtout le dénombrement de i65â : ments qui sont signalés dans le paragraphe a
Pièce justif., n** XXVII. de ce chapitre.
pas sans leur paraître lourde et onéreuse, comme elle l'avait paru aux vassaux, qui, à l'origine, entraient dans la composition de la curîa régis. Ce qui les eifrayait surtout, c'était la responsabilité de leurs jugements. Aux jf et xn* siècles et durant la première partie du xni* siècle, les parties condamnées pouvaient réclamer le combat judiciaire et exiger des juges de descendre dans le champ clos. Nul doute que les francs-hommes n'aient eu leur champion pour combattre dans la lice en leur lieu et place, puisque la commune elle-même avait le sien ^^\ Mais encore fallait-il que ces francs-hommes payassent ce champion de leurs propres deniers et lui donnassent un salaire assez élevé.
Plus tard, quand les parties portèrent leurs appellations au parle* ment, toutes les fois qu'un jugement porté par le tribunal épiscopal était annulé, chacun de ceux qui l'avaient rendu était obligé de payer une amende arbitraire, fixée par le parlement, ou au moins une amende de 60 livres. Il y avait cette compensation, il est vrai, que, dans le cas de confirmation de leur jugement, la partie appelante était traitée avec la même rigueur et leur payait la même somme. Cette obligation fut heureusement atténuée par une ordonnance du 91 juillet iSyS. Charles V, ao lieu de demander 60 livres à chacun des francs-hommes, ordonna que cette somme serait payée une seule fois et qu'à son payement contribueraient proportionnellement tous ceux qui auraient rendu le jugement. L'amende due par le mal appelant fut réduite de la même façon ^^K
L'exécution des jugements de la cour épiscopale était confiée d'abord au prévôt de l'évêque, et plus tard, dès le début du xiii* siècle, au bailli. Celui-ci ne se contenta pas de ce rAle, il devint lui-même le président du tribunal. Les fieffés donnaient leur avis et le bailli proclamait la sentence ^^^ Je ne fais que signaler ici les fonctions de ces officiers de justice, bailli et prévôt; je reviendrai plus tard avec plus de détails sur cette question.
A l'origine , la euria episcopi n'avait pas seulement la juridiction contentieuse : elle avait de plus une espèce de juridiction gracieuse , et c'est un des traits qui la rapprochent encore de la curîa régis. Les officiers de la maison du roi souscrivaient en effet tous les diplômes émanés de la chancellerie royale; le droit fut même, au bout d'un certain temps, réservé à quelques-
(') Cf. chap. IX, S 9. sens mcssire Golars de MoUaines . . . bommes
(') Ordmm. , t. IV, p. 1 3o. fieffés monseigoeur de Beauves et plosiean
(') Yidimus en 1896 d'une sentence rendue autres». Gart. n* IV de M. Aux Gousteaux,
en juin lagS par «Simonsde Moy, baillieus diaprés orig., Arch. de Beanvais, lay. N,
de Beauves, auquel jugement eittoient prc- l'Elias., coi. 9.
l/i2 CHAPITRE X.
uns seuleodent : le sénéchal, le bouteiller, le chambrier, le connétable et le chancelier. Cette attribution spéciale n'exista pas à la cour de l'évéque de Beauvais. Les casati, quelles que fussent leurs fonctions, souscrivaient sans distinction aux chartes passées par-devant l'évéque ou données par l'évéque lui-même. Si nous connaissons beaucoup de leurs noms, c'est grâce à cette circonstance.
Ce rôle des francs-hommes fut perdu par eux vers la fin du xii* siècle, et il ne leur resta plus pour obligation commune que l'assistance aux plaids de l'évéque et le service de cour. Ceux qui avaient été attachés à la personne même de leur suzerain finirent par s'affranchir aussi de leurs devoirs particuliers, on ne sait à quelle époque précise. Il leur resta pourtant l'obligation d'assister à la première entrée de l'évéque dans Beauvais et de s'acquitter, ce jour-là seulement, de leurs anciens devoirs de service personnel.
La composition de la euria episcapi est maintenant connue, et j'ai fini d'exposer la condition générale et le rôle commun des francs-hommes. Mais ces données seraient insuffisantes, si je n'entrais pas dans le détail de chaque fief et si je ne montrais pas les conditions particulières faites à chacun de ceux qui siégeaient au tribunal épiscopal. On y verra mieux pour quelles raisons ces vassaux furent choisis, et non d'autres, pour former la cour de l'évéque, et à quelles obligations ils étaient astreints envers leur suzerain.
S 2. LBS FRANCS-HOMMES.
Dans l'énumération que je vais faire, il est un document de première importance qui me guidera pour l'ordre à suivre : je veux parler du dénombrement présenté à la chambre des comptes en i /i5& par l'évéque de Beauvais, Guillaume de Hollande ^'^ Dans cet acte, tous les vassaux de l'évéque sont passés en revue l'un après l'autre, et leurs droits, devoirs et obligations sont énoncés avec une netteté et une précision qui laissent peu de chose à désirer.
Ce dénombrement ne parle pas d'un des francs-hommes qui devait tenir une grande place à la cour épiscopale aux xi* et xif siècles : le sénéchal. Cet officier avait, en effet, disparu depuis longtemps. Ses attributions avaient été plutôt de justice : avant l'institution du bailli, si l'on en juge par ce qui se passait à la cour du roi, c'était lui qui devait présider le tri-
0) Pièce ju8lif.,ii*XXXVî!.
bunal de Tëvéque et veiller à Texëcution de ses jugements , avec l'aide des prévôts. Aussi je renvoie ce que j'ai à dire sur ce personnage au para* graphe des officiers de justice proprement dits^*^
Le premier vassal que signale Guillaume de Hollande est le châtelain de Beau vais. Le châtelain était, h l'origine, un des francs-hommes de l'évéque , mais l'importance qu'il prit dans la ville le mit rapidement hors de pair, au point que lui-même eut aussi sa juridiction particulière dans Beauvais. En outre, ses nombreux rapports avec la commune et son rôle dans les institutions méritent d'élre l'objet de développements assez considérables. Je consacrerai donc un chapitre particulier h ce fieffé de l'évéque.
Après le châtelain, le dénombrement de i/i54 mentionne le possesseur du fief des Marmotuets. Ce franc-homme devait foi et hommage à l'évéque pour plusieurs maisons et héritages, situés tant dans la rue des Marmousets que dans d'autres parties de la ville de Beauvais.
Mais beaucoup plus importants étaient les différents fiefs du Undteu. Le tonlieu était un des plus anciens droits qui appartinrent à l'évéque. A la fin du X* siècle , Hervée en jouissait au moins d'une partie ^^^ : il est probable qu'il levait ce droit dans les portions du comté dont il était déjà possesseur. Qu on veuille bien se rappeler que le tonlieu était souvent abandonné par les rois dans leurs diplômes d'immunité, et l'on ne s'étonnera plus de voir cette source de revenus entre les mains de l'évéque dç Beauvais dès une époque relativement ancienne.
La perception des droits de tonlieu fut donnée en fief, vraisemblablement dès le X* siècle. On ne trouve cependant pas de mention du possesseur de ce fief avant to8o (s 6 avril). Son existence nous est révélée par la souscription de son frère : Joannes frater tehmearu^^K Ce tonloyer était peut-être un certain Garnier, qui donna des hôtes et leurs revenus au chapitre de la cathédrale de Beauvais (^). Bientôt après, au début du XII* siècle (t 1 1&), apparaît un Aymeri, tonloyer, que M. Luchaire a pris à tort pour un fonctionnaire royal ^^K
(» Gbap. XI, S 3.
(*) Cf. Mpra, chap. ii, S s.
('> Restitution du fief de Troomncourt :
a' Carttd. du duip., fol. io6, tit. i5o, BiU. de TrouHures, Va*, p. 9 el 67.
W Gberie de l*évéque Ansel , du 1 5 février 1 100 : Louvet, 1. 1, p. 990.
^*) Ifuloiipf (iMmflùiil.Mi^(.,Ll,p.ti3, note 5. (Test tout simplement psrce qu^il voit le nom de cet Aymeri figurer dans le diplôme de Lonb VI , de 1 1 1 6 , en faveur du chapitre de
Beauvais. (Pièce justif., a* IV.) Il prend de même pour fonctionnaire royal un autre Aymeri, tonloyer, qui souscrit un dipitoe de Louis VII, de 1179. Il n^est pas besoin de démontrer ici que le tonloyer qui apparatt dans ces actes est un oflficier de Tévéque : sa souscription à des diplômes royaux ne prouve rien. LcHsel (p. 961) publie un diplôme de Philippe I*' souscrit par T^neelin, ca»atuê B d f Hie tm nt êulmk, et par Raoul , qui porte le m^me titre.
la
Dans la seconde moitié du xu* siècle, un autre Aymeri, tonloyer, nous est connu, grâce à un document qui indique une partie de ses droits, à propos d'une contestation entre ce vassal et son suzerain. L'ëvéque Barthélémy voulait construire des moulins à foulon ; le tonloyer qui percevait des droits de iruncis fuUonum s'en plaignit. La transaction qui eut lieu donna à l'évéque la faculté d'établir ses moulins, sans pouvoir être empêché par le tonloyer ou son 61s, et attribua à Aymeri une rente de 7 livres beauvaisis, en augmentation de fief, à percevoir tout le temps que ces moulins travailleront. L'évéque rendit également à son vassal une maison appartenant à ce dernier près des étaux de boucherie, en s'y réservant seulement tout droit sur les voleurs et sur le duel. Cette affaire avait eu assez de retentissement , car ce fut le roi Louis VII qui fut l'intermédiaire de la transaction (i 179-1 173)^^).
Sans s'arrêter aux différents noms des tonloyers aux xil* et xiii* siècles, on peut remarquer cependant que les titulaires du fief du tonlieu étaient h la tête d'une famille très riche et très importante. A chaque page des obituaires, on rencontre des mentions qui, en rappelant leur générosité et leur dévotion, donnent une idée des richesses qu'ils pouvaient posséder. Ainsi le tonloyer Yves^^^ laissa à la cathédrale une rente de 7 sous^^^ à Saint-Nicolas une maison dont la vente servit à acquérir une rente de 7 sous et demi^^^ Le tonloyer Rainaud légua 60 sous de rente à Saint- Pierre ^^\ 10 sous à Saint-Michel ^^^ 10 sous à Saint-Waast ^''^ et 10 sous à Saint-Nicolas (').
Ce fief fut divisé de bonne heure; le Martyrologium Belvaeense^^^ du XII* siècle signale un Aymeri avec la mention suivante : Ob. Hemericus thelonearius junior, qui dédit nobif eenlum nummatas panis in thehneo panis recipiendoê. Selon Hermant ^^^\ on peut supposer qu'il existait alors deux ton-
(^) Orig., Arcb. départ, de TOise, G 787; copie, â' Corfii/. d» chap,. Ut. /îSs, Bibl. de Trouflsures, Va*, p. 108; ëdit Lachaire, Aetê» de LoutM VU, n^ 699.
(') On trouve son nom dans nn acte du mois de juillet t a 18 : Arch. commun, de Beauvais, GG 3o6, n* 16.
(') Vetuê nêcrolog,, ir kl. mort,, Bibl. de Troussures, NéeroL «I dnL, p. 4.
W I "* Obit. de Samt-NieoUu ^ au a des noues de mars et au k des ides du même mois; a' ObiL, au a des nones et au 5 des ides de mars. Les orig;inaux de ces deux obit. sont conservés dans la bibliothèque de Troussures.
(^) 9' NécroL de Véglùe de BêouoaU, au i3 des cal. de juin, Bibl. de Troussures, Néerol. et ohit., p. 38.
(*) Obtt, de Saint-Michel, au 1 3 des cal. de juin, fol. Al v*, Bibl. de la ville de Beaovais, n* 3 du catalogue publié par M. Omont en i885.
(^ OlnL de Samt-Wooêt, au 1 3 des cal. de juin. Original conservé dans la bibliothèque de Troussures.
(•) I '' OhiL de Smnt-NieoUu, an 1 5 des cal. de juin.
W riff kl, aug.
<") lâv. I , chap. VIII.
LA COUR ÉPISCOPALE. — LES FRANCS-HOMMES. l/i5
loyers et que l'un d'eux, cel Aymeri en question, recueillait les droits de tonlieu sur la vente du pain^^^. Il est plus certain qu'à la fin du xn* siècle, le tonlieu des poteries et des merceries formait un fief distinct. Il était, à cette époque, tenu par un nommé Alleaume , dont la iille ainée racheta en 1^1 5 les droits de ses soeurs cadettes ^2^. A cette occasion, l'évéque reçut l'hommage lige : ce qui montre que les démembrements de ce fief n'étaient pas tenus du principal détenteur, mais de l'évéque lui-même.
En 1^5/1, le tonlieu formait les huit fiefs suivants :
1^ Les droits à percevoir sur le sel amené et vendu à Beauvais, sur le fer, l'acier, le plomb, l'étain, les armes, la cire, etc. Blanche de Gamaches, à qui ils appartenaient, avait la connaissance des poids et mesures du sel; elle en gardait par devers elle l'étalon avec l'étalon des mesures pour l'huile. Chaque forgeron, en établissant sa forge, devait lui racheter son métier et lui payer une redevance de 5 sous; cette redevance était payable encore pour tous ceux qui vendaient le sel, le fer, l'acier, etc. Elle percevait en outre le tonlieu des chevaux, du pain amené ou cuit à Beauvais, une rente de 09 livres sur le fief Quiéret; elle baillait à ferme plusieurs étaux à poisson, dont t( anciennement n les revenus lui rapportaient q8 livres, etc.; enfin elle avait son garde de justice et deux sergents, «pour garder, congnoistre et excrser son droict desdits tonnellieux?'.
â° La même Blanche de Gamaches possédait un second fief, qui lui donnait le tiers du produit des droits de hallage de la laine, la moitié du tonlieu des fromages et des œufs, du roage des vins et du tonlieu des c(Coultes9. Elle percevait encore de ce chef une poitevine par semaine c(des merceryes qui portent tablette descouverte t^.
3"* Le fief des étaux à pouson, tenu par la même, consistait dans les revenus de huit étaux et demi, des étaux couverts des merciers, des étaux R a poirées 7i et de deux étaux de cordonniers.
Sur ces trois fiefs, l'évéque avait retenu une rente annuelle de 7a livres qu'il avait inféodée à Jacques Davesne.
/i° Le fief de Mor/a/fie«. Il remonte au xiii' siècle au moins. En is8d, les deux frères qui le détenaient, Nicolas de Morlaines et Pierre de Renaugies, percevaient des droits sur le pesage de la laine et du fil. Mais
i') 11 me semble que le terme de junioT alors cet Aymeri, qui eut des conlesUilionii
peut recevoir une aufrc explication plus natu- avec Tévéquo Barthélémy pour rétablissement
relie : il désignerait tout simplement le der> des moalins à foulon, nier des Aymeri (car nous savons qu'il y en (') Collection Grtmm', t. 19, fol. ii'l,
eut plusieurs : il y en avait un, par exemple, t. i63, fol. 96 v*; Oollfction Mortau, t. 1 19,
en tii et un aulre en 1179). Ce serait fol. \\h.
RxiovAis. 10
iWpr.ivraiK «iTinttii.
des diflicullés s'élant élevées cette même année entre eux et Févéque Rainaud de Nanteuil, celui-ci leur abandonna, en augmentation de fief, les deux tiers de la maison qu'il venait d'acheter à Beauvais dans la rue de la Halle; mais il s'y réserva tous les droits de justice. Ce fut dans cette maison qu'on fit dès lors le pesage de la laine et du fd. L'évéque garda pour lui le tiers de ce revenu et abandonna le reste aux deux frères, qui eurent encore le produit des amendes pour faux poids. Les poids étaient donc entre les mains des tonloyers; ils les déposèrent dans cette maison, et un homme fut désigné, qui prêta serment, pesa les marchandises et reçut son salaire de l'évêque et des tonloyers. Il fut convenu en outre que, dans le cas de dissentiment entre les parties, chacune d'elles aurait son garde particulier^'^.
Ces revenus sur le pesage de la laine et du fil passèrent plus tard aux fiefs de Montcavrel ^^^ et de Morcourt, et le tiers que Tévéque s'était réserve au fief de la Corde ^^K
Ce qui restait au fief de Morlaines en ikbli était encore considérable. C'était d'abord l'hôtel de ce nom , situé près de l'église Saint-Sauveur, avec quatre maisons par devant. C'était ensuite la moitié du tonlieu des œufs, fromages, noix, poires, etc., le tonlieu de tous les poissons d'eau de mer et d'eau douce ^^\ Chaque « febvre forgeant tailians en ladite ville de Beauvais, ayant moeulle tournant, » lui devait, le jour de Noél,un couteau d'une valeur de à deniers. Chaque vaisseau à foulon lui devait la même somme. Par contre, le détenteur de ce fief devait, le jour de la Saint-Martin d'hiver, donner h dîner à tous les maîtres possédant de ces vaisseaux. Enfin les fourbisseurs, vendeurs d'épées et serruriers lui payaient une redevance.
5"* Le fief possédé par Gui , seigneur de Roye. Tous les industriels en cuir (basaniers, savetiers, coloisiers, corroyeurs, fourbisseurs, tanneurs) lui rachetaient leur métier moyennant 5 sous. Les étaux des cordonniers lui payaient également une redevance. Il ne se vendait pas non plus à Beauvais une peau, tannée ou non, sans que le seigneur de Roye perçût
(>) Arch. départ, de TOûe, 6 i3i ; Arch.
de Troussures, H, uix, p. a, d^apràs Carlvi, de Vévéclié.
(') Le droil du ûef de Montcavrei lui fut enlevé par arrêt du parlement du 1 3 avril 1 365 {Carlul. du chap, en papim', p. 16; Gart.
n** XIII de M de Brétizei et Bibl. de Troussures, Va^, p. i55) et rendu à Tévéque. En ihbUy Blanche de Gamaches le possédait.
(S) Liasse Hâtêl de ViUe, p. 37, carton n'^X V de M. de Brétizei; — arrêt du parlement du 19 mars i365 : carton n^ X de M. de Brétizei et Recttêil de pièeee mléreetant le Beauvaiêû , n* 3 8 , BibL de Troossores , V 1 ^, d'après Cartul de VicêM.
<^) Ce seul tonlieo des poLasons était affermé 110 sous en 1 656. On peut juger par là de Pimporlance des revenus du fief.
quelque chose du prix de vente. Enfin les teinturiers, quand ils prenaient congé pour asseoir leurs chaudières, lui donnaient 5 sous et continuaient h lui payer pour le droit de tonlieu une redevance de s deniers par chaque cuve vidée.
6^* Le fief de Moreourt Pierre Quiéret, qui le détenait, possédait de ce chef rhôtel de Moreourt, plusieurs prés, le tonlieu des poids et balances (cde toutes gresses et du pié fourcbié, en quoy est comprinse la boucherye et loge dudit Beauvais, en laquelle Ton vent tes chairs fraiches et sallées». Tous les bouchers, écorcheurs et c^chandelliers» étaient donc ses tributaires; il pouvait prendre leurs balances et leurs poids pour les comparer à son étalon, et infliger des amendes aux délinquants.
Pierre Quiéret ne se contentait pas de ces seuls revenus. Il percevait aussi le tonlieu de tous les grains vendus à Beauvais; il possédait en outre quarante-huit étaux ou places pour vendre le pain, et pour l'usage desquels les boulangers payaient â deniers parisis; cinq élaux à poisson, le tiers du droit de hallage de la laine, etc., etc. Mais, sur le revenu de ce fief, Tévéque percevait pour son propre compte 3 6 sous et 6 deniers par semaine.
Le fief de Moreourt avait subi un démembrement : le fief de la Friperie, possédé par Blanche de Gamaches en i &5â, était tenu en foi et hommage de Pierre Quiéret. C'était le seul fief démembré du tonlieu qui ne relevât pas directement de Tévéquc^'). Son nom indique assez la source de ses revenus : les «chappefons», la tapisserie, la lingerie, «nappes, sacz . . . draps retains et retonduz», etc.
7"" Le fief tenu autrefois par le maréchal de Nesle, seigneur d'Offemont, ou fief de la Corde^'^K II portait sur les draps vendus à Beauvais et sortant de la ville, sur le pesage du fil, de la laine, des chanvres, Taunage des toiles, sur la garance et autres matières employées par les teinturiers.
8° Le dernier démembrement du tonlieu avait appartenu ;\ Valet de Montigny et à Jean de Sains. Il consistait dans la moitié du tonlieu du pain et en quelques revenus sur le forage.
Ces deux derniers fiefs, en i /i 5& , étaient revendiqués par le collège des Dormans établi à Paris, qui se prévalait de la donation à lui faite par
(') Ce Gef avait été vendu en i3g& par Monlcavrel du fief qui lui avait été enlevé
Thomas de Vcrneuil à Arnaud de Gorbie. en i365 et qui était appelé alors fief de
(Arcb. commun, de Beauvais, AAi, fol. i6o.) la batmie, (Lœ. ctL, fol. i55.)
Arnaud de Gorbie avait aos^i réuni dans sa ^*^ Ce fief provenait d'un démembrement
main, en i /jo^j , le peu qui restait à Jean de du fief de Monaines. Cf. rafQi.
Miles de Dormans, év(iquc de Beauvais^^l Cependant, c^par deifautte d'homme, drois et devoirs non faicts», ils restaient en la main de Guiikiume de Hellande.
Ces différents fiefs du tonlieu dépendaient directement de l'évéque : leurs possesseurs jouissaient des privilèges et exemptions des francshommes. Tous, ils devaient venir siéger au tribunal épiscopal et y rendre des jugements à leurs risques et périls. Chacun d'eux, cependant, avait dans sa sphère quelques pouvoirs particuliers de juridiction; chacun d'eux avait un garde de justice et des sergents, et pouvait condamner pour délits et manquements dans le poids. Tannage ou la vente des marchandises sur lesquelles il prenait ses redevances.
Après le tonlieu venait comme importance, aux xi"" et xii'' siècles, le fief
de la Monnaie. Guillaume de Hellande ne le mentionne pas et ne pouvait
pas le mentionner, car il disparut vraisemblablement dans la première
moitié du xiu* siècle. Ce dut être un des premiers fiefs constitués sous ia
dépendance de Tévéque , car celui-ci , dont l'atelier monétaire fonctionnait
dès le commencement du x* siècle, eut besoin d'en confier ia direction à
l'un de ses vassaux. Cependant on ne peut pas relever de mentions .<^9
monnoyers avant le xii* siècle, avant Déodat et Ives, manetanii,..*^^ 'û« ™cr
raissent comme témoins dans un diplôme de Louis le Gr/ ^"^^ d® Beau- 1 1 1 /i (3). à couteau d'une
Cette mention de deux monnoyers, répétée dans d'autrd i^ême somme. rait peut-être faire croire à l'existence de deux fiefs se j^ ■* Saint-Marlîn
^,Àe ces vaisseaux.
fi lui payaient une
ffLesd. Gefs roc^ fie revHsqûe de IV i • i . • i
An:h. nat.. M?«« '«« industnels en et papiers du coli\chissenTs ^ tanoeurs) fol. 10 v", 1 j r'; \^x des cordonniers
Cartid. du coU. de-^ ,, . ,
Ce» deux fiefs V^U pas non plus à bre i377 (Archives^ur de Roye perçût
et la cession en ^ de Beauvais le i a (
fol. 1 1, fol. 94, fol. ^'^P- 3?. carton n'XV le pape Clément VI le.«»*'^ 4" pa^lemeDl {ibid., fol. i3, fol. 178^0» "• X ^« M. de chapitre de Beauvais {^inléimMamt U Bêou- (ibid., fol. 179). >w«8t Vi», d'aprè»
W Pièceju8tif.,nMV. ^ (») GamieretGeoffroi, m»™ ^*«»l •ff«™ié raissent dans un acte de 1 i/i4ÎJ8^ P*^ '* "® rhap., fol. 71 y% lit. 66.
(') 11 semble bien que les revendications du collège étaient fondées. En effet, ces deux fiefs en question avaient appartenu à cette famille de Dormans, si célèbre à Beauvais.
Jean de Dormans, neveu du cardinal du même nom, les avait transmis par échange à son frère Miles, qui devint évéque de Beauvais en 1375. Celui-ci les donna , le 90 octobre 1877, au collège fondé par le cardinal, son onde. Ils furent ainsi désignés dans Tacle de cession :
f( Un fief qui se prend , chacun an , sur les forages et tonlieu de lad. ville, appelé le treilieme des forages et la moitié du tonlieu, excepté les mailles des forains.
<rUn autre fief appelé le fief de la Corde, qui se perçoit chacun an sur les draps, laines, chanvres et fils, avec le droit de la balance et de Taunage et antres dépendances.
veaus de la fabrication des monnaies. Ce n'est qu'une simple hypothèse, à laquelle manque la consécration des documents.
On ne sait pas davantage quels étaient les revenus affectés à ce franchomme. Cependant il est à présumer que le monnoyer gardait pour lui rimp6t de k deniers mis par l'évéque sur chaque livre fabriquée dans son atelier (^^ ainsi que les droits et redevances que, plus tard, les changeurs versaient directement dans le trésor épiscopal.
Le cours forcé donné à la monnaie royale par Philippe Auguste et la substitution des parisis aux beauvaisis durent entraîner la chute du monnoyer. En effet, on ne trouve plus d'allusion à ce vassal après isqq^^^. Ce qui fortifie cette présomption, c'est que Philippe de Dreux, mort en i a 1 7, fut le dernier évéque qui frappa des monnaies (^).
Les autres fiefs de francs-hommes étaient divisés en grands et en petits (iefs. Selon D. Grenier ^^^ il y en aurait eu vingt-quatre grands et neuf petits; mais le dénombrement de \U^lx ne donne que vingt-deux grands fiefs.
Ce sont les suivants :
L^'iieiV'^f ^" Pont-du-Châtel, autrement dit le fief du PonL 11 est posséUé nar Bli^® première fois en 1877, dans le dénombrement présenté de Pierre Ouiér'^'^^^ Simon Despaux ^^K II consistait en redevances à pernas dirtectement'^®^"^ héritages assis en la chaussée de Beauvais et à Marevenus : les «ch*;.^®'"^ ^"^ ^^ détenait était obligé, lors de la première draps retains et rcc . , , . . ^, .. , ^, , ^ .
^^1^ >, « ngoalé la était le fils de Garnier, monnoyer,
7 Le net tenu ^aumdomutS.ïjOzari qui appareil en iiSg (charte d'Eudes II,
mont, ou fief de la (^orrockiaU S. Salva- évéque de Beauvais, a* CartuL de la caOU-
SOrtant de la ville SU^"*^' seilicêt,pro dntU, foL 64 V», Bibl. de Troussores, Va*,
, .. * M fA d., pro Petro p. h*]) et eo iiâ/î (s' Cartul, du ckap.,
nage des toiles, sur I. commun, de Beau- fol 71 v», til. 66, tftûi., p. 5o); lui-même
turiers. souscrivit en iikh (avec son père Garnier),
8" r p dprnipr /Ip»'^*** <^®°8®rvè''^"'' 1® c *^^* (•cle de Henri de France, CoU.
. âDoyera qui les avaient Aforemt, t. 71, fol. 71) et en 1177 (acte
Montlgny et à Jean naonnoyers : AUlmu» de Philippe de Dreux, t*ùi., t. 81, fol. 86).
pain et en quelques *'<*<^0» Bemeru*,fiKui W Coîl,, t 162, fol. Sa. — D. Grenier
Ces deux dernîf '•''"**' ''^^^'' ^* ^*'^^^' donne aussi la liste de ces iiefs de francs-
n  \r ^^"^^' ^''** Martyr. Bel- hommes; mais il suit Tordre des fonctions de
Uormans établi jjIp/, „o„,^ ^» NécroLde la ces vassaux lors de la première entrée des
le Troussnres, Néeroi, et évéques, comme il est indiqué dans le poème
.,x p |, |. , .i id, nov.f OUt. de Saint- d* Abraham Rémi de 1618. (Louvet, t. II, ^ ' viC uei avait «vi'i < . • / -j • 1 \
Thomas de Vcrr ^'^^^'^^^''^i^ ^J^'* P- V^a.)
/* . v'), uxor Thome fiumetai-ii f*) 3i janvier 1877, CoU» Grenier, Lia,
Arnaud^d^™""'*' ^*"* '^ Saint-Waaêt, BiLI. fol. lag, et t. i63, fol. a8.
, es). — Le monnoyer Thomas (^) Pièce justif., n* XXX VU.
mam , en 1 '1 r ' •' '
entrée des ëvéques, de construire un pont de planches devant la porte Ghâtel^^^ Il devait en faire un semblable le jour des Rameaux, quand l'évéque assistait en personne à la procession ^^\
3° Le fief de la Coupe. C'est le dénombrement de làhk qui nous en parle pour la première fois^^^ : cest assez dire que l'on a peu de renseignements sur son compte. Il consistait principalement en quatre arpents de pré sis à Voisinlieu ^^\ Ceux qui habitaient sur ce fief ne payaient ni tonlieu ni roage. Le vassal qui le détenait devait, lors du banquet donné par l'évéque le jour de sa première entrée, donner à boire à son suzerain la seconde fois seulement ^^\
3° Le fief de la Verge. Il consistait principalement dans la possession d'un hôtel appelé la maison de la Clef, sis devant la place Saint-Pierre, et franc ce des arrestz faictz par la loy de la ville j?, ainsi que dans l'obligation de porter une verge devant l'évéque faisant son entrée solennelle <» comme devant celui qui apportait le premier mets sur la table du banquet ^^K
U"* Le fief des ^Jiensv obligeait son possesseur à faire enlever les fumiers de l'hôtel épiscopal, le jour de l'entrée du nouvel évéque et toutes les fois qu'il en recevait l'ordre *^^.
5° Guyot le Maire, dit Guillaume de Hollande, possédait un fief, dont le nom n'est pas donné et en vertu duquel il jouissait du privilège d'acheter deux harengs pour un denier la veille de la Toussaint et de prendre à la Saint-Remy une redevance d'une obole sur les boulangers et pâtissiers de la ville. Son obligation était de louer des faneurs pour les prés de l'évéque; mais, par contre, il prenait pour lui tout ce qu'il pouvait enlever de chaque meule de foin d'un coup de fourche ^^\
6"* Le fief de la Voirie était un des fiefs les plus importants et les plus anciens. On se souvient en effet que l'évéque Hervée, à la fin du x' siècle^ possédait au moins une partie des droits de voirie dans le comté de Beauvais.
Le possesseur de ce fief a été pris pour un fonctionnaire royal ^^^\ tout
t^) Loe, cit. et dcnombremenl présenté, le 4 juin 1396 par Pierre Despaux, CoU, Grenier, t. 19, fol. 199, et t. i63, fol. si8.
^^ Dénombrement da 3i janvier 1377.
t') Lac, cit.
(^) Faubourg de Beauvaîs.
W Pièce iu8tif.,n»XXXVIl.— Dénombrement de ce fief du ai novembre i538, CoU.
Grenier, t. 19, fol. i36, cl f. t63, fol. 3o.
(•) Pièce justif. , n" XXXVII. — Dénombrcinent de ce fief du 16 juin 1397, ColL Grenier, t. 19, foi. 197, et t. i63, fol. 97 V*.
(') Pièce juslif. , n« XXXVII. — Dénombrement présenté en tàbà par Tbibaut de Domciicrs, CoU. Grenier, t. 19, foi. 198.
Jl») Pièce jusUf.,n' XXXVII.
(*) Lucbairc, Histoire des insUiul. capéi.,
t. i, p. 319 et 91 3.
simplement par la raison qu'il souscrivit à des diplômes de Louis VI. En effet, le <9 janvier iioA, Gautier, voyer, était pris comme témoin par le roi confirmant les anciens privilèges des chanoines de Beauvais et leur en accordant de nouveaux ('). Le 19 août iilA, le même Gautier paraissait encore dans le diplôme royal octroyé en faveur des mêmes chanoines ^^). Mais Tesprit d'indépendance de ce voyer lui suscita avec l'évêque une querelle, qui montre bien le lien féodal qui unissait ces deux personnages.
Gautier prélendit en effet que sa charge de voyer était héréditaire et que Tévêque ne pouvait pas l'en déposséder. En vain , l'évêque lança contre lui l'excommunication : l'affaire dut être portée devant le pape Galixte II. Mais alors le voyer fut obligé de reconnaître qu'il n'avait pas le droit qu'il revendiquait, et dut remettre son fief entre les mains de l'évêque. Gelui-ci, satisfait de cette soumission, leva l'exconmiunication^^) et rendit la voirie à son vassal repentant. Mais dix années ne s'étaient pas écoulées que tout était remis en question et qu'une nouvelle sentence d'excommunication était prononcée contre Gautier et son fils Pierre. Le pape Innocent II fut encore obligé d'intervenir. Le voyer abdiqua pour la seconde fois ses prétentions héréditaires et donna des cautions pour garantir sa renonciation. Par le conseil du pape, l'évêque rendit à Pierre le fief de la voirie, mais pour sa vie durant seulement, et il se réserva encore le droit de le révoquer. Pierre accepta ces conditions et s'engagea par serment h garder k l'évêque la fidélité qu'il lui devait comme à son suzerain (18 juin
Existait-il à cette époque deux fiefs distincts de la voirie, démembrement d'un fief unique et primitif? Je serais assez disposé h le croire : dans deux actes différents, en effet, on voit apparaître en même temps deux personnages portant le titre de vîcarius^^K Quoi qu'il en soit, on manque abso-
<*) Loisel, p. 965; Louvet, I. 1, p. s 65; JUitu Walteri vicarii, — Auquel de ces deux
Onkmn., t. XI, p. 176; Lacbaire, Louiê VI voyen doit-on rapporter la mention de Petnu
lé Groê, n* 98. viator que l^on trouve encore en 1 1 57 (s* Car-
(') Pièce ju8Ur.,nMV. tul. du ehap.. Ut. 3a3, ibid., p. 88) et en
<») Pièce juslif., n* V. 1 178 (ibid,, lit. ûSa)? Auquel encore doit se
^*) Pièce jualir., n* Vil. rapporter chacun de ces obituaires : rur id.
(») Gbartc de Pëvéque Godefroi en faveur juL Obiit Pètrui viator, pro quo habemuM
de Saint-Qoentin, 1109» Carttd. de SoùU- 11. den. cen9U$, PmÛM datwr {»' NécroL de la
Quentin d$ Beauvais, p. 5& : Waltenu irtco- eaikédralê, Bibl. de Troussures), N4erol. H
riuê, GitUberIm viemiuM, — Renonciation de Obit. , p. Aa , et ri ut. motï. Obiit Pêtnu vieariuM
Gamier de Chauvigni à ses prélentkmt sur ^t dédit mbis wt dm. dé eemupro m et uxon
les moulins de Sainl-Pierre, vers ii3o, tua, qu&t débet Pitruê mtar (t*^ ObiL de Saint-
a' Cmiul du ehap, , fol. 85 r", Bibl. de Trous- NieoUu conservé en original dans la biblio-
sures, V9^ p. 58, Pètnu vicariuM, Pèinu tbèqne de Troussures)?
lument de renseignements depuis la fin du m' siècle jusqu'en i â5â , et Ton ne peut guère présumer dans quelles conditions ce fief fut tenu pendant cet intervalle de temps.
D'après le dénombrement de Guillaume de Heilande, voici ce qui lui appartenait: une obole sur 3 deniers du produit de la voirie des poissons, les revenus d'une semaine sur cinq des menues voiries, légumes, fruits, etc., et des droits perçus sur les <^ estailliers vendans platiaulx, gastes, escuelles de fust ou auitre ouvrage faict a tour?». Les hachies, auxquelles condamnait le tribunal de la commune, rapportaient chacune à ce fieffé i o deniers, sur 7 sous 6 deniers, et la voirie foraine lui valait une rente annuelle de 3/i sous.
En retour de ces avantages, le voyer devait garder, dans ccune maison scant a la porte du Chastel, ou souUoit avoir prisons?', les criminels jugés par la justice de i'évéque et payer la moitié du salaire du bourreau qui exécutait les personnes arrêtées dans la prévôté de Beauvais et condamnées par la cour épiscopale. Il pouvait toutefois se dispenser de la garde des prisonniers, en donnant à son suzerain une certaine somme qu'une composition avait fixée à 30 sous et Ix deniers.
7° Le fief de la Lance avait un caractère particulièrement militaire et se rattachait au service dû au roi par I'évéque en tant que comte de Beau* vais.
Le titulaire de ce fief prenait une lance sur douze, quand on en apportait dans la ville pour la vente. Ses obligations étaient tout è fait militaires : ainsi, quand le roi convoquait son arrière-ban et que I'évéque se rendait en personne k son appel, il devait, monté sur un cheval à lui octroyé par son suzerain, porter à ses côtés une lance ferrée, qui lui était aussi donnée par I'évéque ^^). Le dénombrement de i&5/i limite à quarante jours son temps de service effectif.
8" Le fief de la Paneterie. Les mentions de panetier remontent à une date assez reculée. Le plus ancien connu est un certain Evrard ^^L qui vivait à tout le moins dans la seconde moitié du xf siècle. Le panetier Déodat souscrivait en 1089^^^ Welhaldus en 1091^*'; celui de I'évéque
(') Dénombrement présenté en mai idgt tion était connue de D. Grenier, Coll., 1. 169«
par Pierre de Ravenel, Coll. Grenier , orig. fol. 3 9.
t. 3i9, n* i3i; copies t. la, fol. 196, et (-^^ Fragment de charte dont manque le
t. i63, fol. 97 v°. commencement, en faveur de Saint-Quentin,
(') Signalé dans une charte épiscopale en Cartui, de Saint-Quentin , fol. 10, p. 19. faveur de Tabbaye de Sa in(- Quentin , Cariui ^^^ Charte de prebenda de Calnico castello,
de Sainl-Quentin , fol. 93, p. â5. Celte men^ Ibid.y fol. 3, p. 5.
Godefroi (iio5-iif3) se nommait Hubert ^'^^; celui de rëyéqué Pierre (il \lt-i i'ia) était Hugues (^). Plus tard, on trouve encore les panetiers Pierre ^^^ et Richer ^*^.
Le devoir du panetier était de servir le pain à Tévéque, lors du banquet de sa première entrée et toutes les fois qu'il tenait sa cour. Il avait encore une obligation qui se rattachait à une coutume singulière en usage à Beauvais pendant tout le moyen âge. Le jour de TAscension, chaque boulanger et chaque pâtissier de la ville ^^^ devait fournir une tablée de dix flans à Tévéque. Ces flans devaient avoir une grandeur sufiisante, et la matière qui les composait devait être assez abondante, sinon le délinquant était condamné à une amende (^^. Du reste, le panetier, qui était chargé d'avertir les boulangers et pâtissiers, conservait par devers lui le moule de fer d'après lequel ces flans devaient élre faits. Sur toutes ces tables, les religieux de Saint-Quentin en prenaient quinze et payaient au vassal de l'évéque quatre «|)ains de couvent », quatre fromages et un setier de vin^'^ ' ()'' Le fief du Charbon. Son possesseur percevait s 8 sous de rente sur plusieurs maisons et avait pour toute obligation de fournir, aux frais de son suzerain, le charbon nécessaire à l'hôtel épiscopal le jour de l'entrée solennelle de l'évéque ^*^
t*^ BogeruB , filius Huberti pinceme, diarte de Tévéque Godefroi , CarluL de Saint-Quentin, fol. a 3, p. kb\ Coll. Grenier, t. 169, fol. 3a, et t. 181, fol. a6.
(*) Charte de rérêqao Pierre donnant deux maisons au chapitre de Saint-Pierre, original: Carton n" XIII de M. de Brétizef.
^'ï Charte de Tévéque Eudes II de 1 1 Sg , *' Cartul. du rhap. , fol. ô^i v% Bibl. de Troussures, Va", p. A 7.
(*> â' Cartul. du chap.,. (ol 87 v% ibid., p. 59. — Kl. marlii. Oh. Richerim pineerna et Adelnr, uxor êju9,et Symon, mileê , JUi'Ji eorum . . . , Martyr. Belvae. — m kl, febr.
06. Maria , Jilia Rieheri pinceme . . , i ''■ Oint, de Saint' Nicolas.
W Le dénombrement du fief, «qui fu Thibaut le tonndien» (S* Cartul. du ehap., fol. /ig t% Coll. Grenier, t. la, fol. ttih, et t. i63, fol. 39 V*], dit qu'il y en avait environ (|uaranle-€inq (vers mil. dn xiv* siècle).
(') Joannee le Moussu, paticierus . . . emen* davit . . . hoc quod non fuerunt . . . flatones suffeientes née sufficientië wateriê, tum quia minoris forme f tum quia niia seu materia/acta
de caseis , que mia dicitur farce , non ei*at satis spissa seu densa, que, ut dicitur, débet esse densa in altitudine daorum digitorum. Extrait des registres capitul. du chapitre, ad ann. t 35q, cart. n* XIII de M. -de Brétixel.
^^) Cf., outre le dénombrement signalé plus haut, le dénombrement de iUbk et le dénombrement présenté, le 3i juillet 1600, par Etienne de Benti, marchand de Beauvais.
— Celle coutume des tablées de flans dut cesser à la fin du xvi* siècle. En effet, Etienne de Renti dit lui-même : «A cause de mond.
fief, je soulois cbascnn an, a TAscension, faire faire les flans ... ; ce que je ne fais plus , d'autant que tel droict a esté vendu par monseigneur a Talienation du bien d*eglise.n {Coll. Grenier, t. 19, fol. i3A, et t. i63, fol. a9 v'.)
(•) Pièce jostif. , n*' X X XVII ; dénombrement présenté, le 6 mai lAoa, par Jean d'Auchi.
(CoU. Grenier, t. la, fol. laa, et t. 1 63, fol. 3/i.) — Ce fief du charbon a été démembré en deux fiefs : l'un est resté grand fief, l'autre forma un petit fief, sous le nom de fief du Pont-Saint-Uippolite. (Cf. infra.)
1 o"* Le fief (le ^Orfivrerie Q*avait plus de .titulaire au conmieucemeni du xiii** siècle et était revenu entre les mains de l'ëvéque. Milon de Nanteuîl s*cn dësaisit pour le donner à maître Ives, orfèvre, en novembre i9â8^^^ Il lui constitua en outre, en accroissement de fief, une rente de deux muids de blé à prendre sur ses moulins, à la charge pour lui de ré* parer l'orfèvrerie et l'argenterie de son suzerain, de remettre & neuf chaque année un certain nombre de pièces de sa vaisselle et de lui payer, le jour de Noél, une pièce d'or équivalente au poids d'une obole de la monnaie de Beauvais. Pendant le banquet donné à l'occasion de la prise de possession de l'évéché par l'évéque, l'orfèvre était tenu de garder ou de faire garder le buffet devant la table de son seigneur et de payer les ouvriers pour les pièces de vaisselle qu'il fallait réparer. Les mêmes charges subsistaient encore en iho']^^\ \k^^^^\ i45â^*\ t5i8^^^ et i583^®^.
i i"* Le fief du Metz^de-Goinœurt ne nous est guère connu. Le dénombrement de 1&5& , qui lui consacre deux articles, dit seulement qu'il consistait en revenus sur plusieurs héritages assis aux environs de Beauvais, et en la tour du Metz dans la ville même de Beauvais ^^^
1 9** Le vassal possesseur du fief deê Coûtes devait, lorsque l'évéque était pour faire son entrée dans la ville, indiquer à l'un des sergents du bailli ou du prévôt épiscopal les maisons qui devaient c( coûtes et coussins a mond. seigneur ^^^97. La liste de ces maisons a été conservée par le cartuiaire de la ville de Beauvais ^^l II y en avait ainsi cent neuf chargées de fournir des cccoustes?;. Leurs possesseurs avaient en retour, pour la mouture de leur grain aux moulins de l'évéque, le même privilège que les hommes de fief, c'est-à-dire qu'ils ne payaient qu'un boitel pour trois mines de blé moulu, tandis que les autres habitants de Beauvais donnaient un boitel
f« 5* Carlul. de féveché, fol. 117 v", ColL Gretner, t. 1 9 , fol. 1 1 5 , et t. 1 03 , fol. 3a v*. — Publié par M. L. Dciisie : Intlructiont adreêséeê ffûr le Comité deê travaux kieioriqtiee et êeimUifiquee. Littérature latine et histoire du moyen âge, p. 61.
(') Dénombrement présenté ic 3 6 août 1 û 07 par Jeanne , veuve de Pierre Lontier : Cart n* X de M. de Brélizel.
i*'^} Dénombrement présenté le a & mai 1/137 par Jean de Lignières : ibid,
W Piècejuslif.^n'' XXXVII.
. ('} Dénombrement présenté le h septembre 1 5i8 par Alice de Lignières, veuve de Pierre le Lantemier, fille et unique héritière de
Pierre de Lignières : CoU. Grenier, t. is, fol. 117, et l. 1 63, fd. 33.
<") Dénombrement présenté le 1 6 décembre I&83 par Gharies le Lantemier, marchand bourgeois de Beauvais, qui a acquis ce fief de Claude le Lantemier : Gart. n* X de M. de Brélizel.
(') Pièce justif. , n« XXX VIL
W Dénombrements présentés le 9 3 mars lâii par Jean Bertin et le 3i juillet i636 par Golioet de Greil : CoU. Grenier, Lis, fol.i3â, etLi63, fol. 36 v^-- Pièce justif., n*» XXXVII.
(') Archives commun, de Beauvais, A A 1, fol. 55.
pour deux mines : c'est ainsi, du reste, qu'il en avait été déclaré par sentence du a 6 janvier 1 876 ^^\
i3^ Le fief de la TouaiUe, dont on ne connaît rien avant 1879^^^ ^^^^^ divisé, selon D. Grenier, en six parties. Mais dans les actes qui me sont passés sous les yeux, je n'ai retrouvé que cinq de ces parties : deux formaient des grands fiefs et les trois autres des petits fiefs '^\
Ce premier grand fief de la TouaiUe consistait en prés , terres et revenus fonciers, et les devoirs particuliers du vassal qui le détenait, comme des autres vassaux de la Touaille» se réduisaient à tenir un des bouts de la serviette avec laquelle Tévéque s'essuyait les mains avant de s'asseoir à la table du banquet, le jour de son entrée solennelle à Beauvais.
1 &* Le fief du Criage. Quiconque voulait faire une publication dans la ville devait, à moins d'autorisation spéciale de la justice épiscopale, s'adresser au possesseur de ce fief ou h son commis et lui payer k deniers parisis pour chaque publication. De même, ceux qui passaient dans les rues de Beauvais en criant leur vin, qu'ils portaient dans des pots d'étain pour en faire goûter aux acheteurs, voyaient leurs pots confisqués, s'ils n'avaient pas préalablement pris l'autorisation requise et payé pour l'obtenir quatre setiers de vin et un denier d'ai^ent au fieffé du Criage ^'^K
C'était encore ce vassal qui était obligé de se mettre en rapport avec les buffetiers, cette corporation placée sous la dépendance directe de l'évéque et dont j'aurai l'occasion de parler avec plus de détails ^\ C'était lui qui recevait le serment de chaque nouveau buffetier, et celui-ci devait l'inviter au banquet qu'il donnait aux membres de sa corporation lors de sa réception. C'était encore ce vassal qui était chaîné de semondre les buffetiers pour apporter le vin dans les caves épiscopales, et de là dans la salle du banquet, quand l'évéque tenait sa cour.
En retour de ces obligations, il avait une part dans les bénéfices des buffetiers; déplus, la veille comme le jour même de l'assise épiscopale.
(^) Archives commun, de Beauvais, AA i, fol. 81.
^*^ Dénombrement présenté te 3o décembre 1 379 par R Adis , reliclo de Pierre de Greilgn : Toriginal se trouve dans la CoUeetion Grmitr, t 3ts,n°]i5.
^') Ooire le dénombrement de 1 379 , cf. dénombrement présenté le 13 décembre \ko\ par Pierre de Creîl : origin., cart. n"" XI de M. de Brétizel; dénombrement présente le •3 septembre 1/1 3 6 par Huchon Ruquetle,
clerc: ColL Grenier , 1 1 '2, fol. i33» et 1. 163, fol. 99 V*; pièce justif., n° XXXVU; dénombrement du 3 février. 1601 par Jean Paul, marchand de Beauvais : carL n* X de M. de Brétîzel ; saisine donnée le 1 9 février 1 /î 1 3 , à Jeanne Doiibiette, de Tbôtel du Croissant, rue aux Jumeaux, mouvant du fief de la TouaiUe, ibid.; voir encore Arch. départ, de POise, G i33, etc.
<*) Pièc«juslif.,n-XXXVlI.
^*^ Cliap. MT.
il recevait une t^livroison soullisante de pain, de vin, de char et d'autres viandes ^^^».
II avait un commis qu'il choisissait iai-méme; mais il était obligé de le présenter à la justice de l'évéque, qui faisait une enquête pour savoir si la personne présentée était «suiBsante^^U.
i5° Le fief du Trenchet. Le détenteur de ce fief découpait devant l'évéque, au banquet donné lors de sa prise de possession de Tévéché; en retour, il prenait les couteaux dont il s'était servi pour ce faire. Ses revenus consistaient en lOâ sous 9 deniers à prendre à Beauvais, sur plusieurs héritages sis dans les rues «du Woigniel et des Freres-Myneurs*^^?».
i 6° Le fief du Chambellage. 11 faut assurément voir dans le chambeilaa de l'évéque le camerarius, qui apparaît plusieurs fois dans les textes des XI* et XII* siècles, notamment en 1080 ^*^ 1089^^^ et 1179^^^; et c'est encore un possesseur du fief du Chambellage que cet Hemericus Angiicus, damini BelvacensU cambellanwt, que le cartulaire de Févéché de Beauvais ^"^^ présente en lâ&i.
Ce vassal devait tenir le livre de l'évéque quand celui-ci, à son entrée solennelle, arrêté à la porte Châtel, prétait les serments à lui requis par la commune et le chapitre. Il lavait ensuite les pieds de son suzerain, au vestiaire de la cathédrale, et, la nuit suivante, si l'évéque l'exigeait, il devait coucher dans sa chambre. Ses droits, oulre les revenus que pouvait lui donner une maison sise près de la porte Châtel, consistaient dans la faculté d'enlever le reste du luminaire de cire qui avait servi dans l'hôtel épiscopal le jour de l'intronisation de l'évéque. Si celui-ci venait à mourir ù Beauvais, il percevait à celte occasion «tous les droits de chambellan ^^U.
Le dix-seplièine grand fief, énoncé par Guillaume de Hellande, est un démembrement du fief de la Touaille. Je ne m'y arrête donc point.
t*î DéQombrement présenté en i3oo par Nicole de la Houssoio : ColL Grenier, I. 13, fol. i38,ett. i63, fol. 3o v".
W Pièce juslif.,n'' XXX VII.
t^î Pièce juslif. , n" XXXVII ; dénombrement présenté le i5 juillet lôaS par Adrien Pajot (resleu de la ville de Beauvais» : Coll. Grenier, t. 19, fol. iho, et I. i63, fol. 3i; sentence du i5 juin iSa/i conBimative des privilèges du fief du Trenchet : t6id. , t. 1 a , fol. 1 &a , et t. i63, fol. 3i v°. — Ce fief fut vendu en décembre i3i/i «^ Jacques de Creil le jeune, moyennant 1 80 liv. parisis : cart. n** Sa de M. Aux Goustcaux.
W Berengeruê cameraritu : pièce jusUf., n*" lll; charte du 35 avril 1080, a' Cartul.
du chap., fol. 106 , Bibl. de Troussures, Va^, p. 67.
(^) Jokarmeê camerariut : CartuL de Saint-' Quentin, fol. 10, p. ig.
^'^ Henricut camermius : a' Cartid. du chap», fol. 166, tit. 3oi, ibid,, p. 86-
(^) Fol. 1 hh , ColL Moremi, 1. 1 69 , fol. 1 83 et i85.
(^) Dénombrements présentés le à janvier i4o8 par Pierre Legoix, et le a6 août 1696 par le même : ColL Grenier, t. la, fol. laS, ol t. i63, fol. a8; pièce juslif., n"" XXXVIl.
18^ Le fief des Couteaux consistait en un jardin, sis près de l'église Notre-Dame du Châtel, qui fut vendu en 1/171 pour la somme de 90 livres tournois ^^). Le titulaire devait fournir deux couteaux pour découper les viandes au banquet de l'entrée solennelle de l'évéque^^^^
Le dix-neuvième fief du dénombrement de ilibà est celui de la Jonglerie, un de ceux dont les revenus paraissent avoir été les plus importants. Du reste, si les documents sur ce fief ne sont pas anciens, ils sont nombreux et très explicites; ils permettent donc d'entrer dans assez de détails.
Le s/i juin i33o, Jean de Saint-Denis et Jeanne, sa femme, vendirent à l'évéque de Beauvais, Jean de Marigny, le fief de la Jonglerie moyennant fàtio livres parisis^^^. A cette époque, outre les droits énoncés plus loin, le possesseur de ce fief prenait, sur chacun de ceux qui se mariaient à Beauvais et qui demeuraient ensuite dans la ville, la robe de l'époux ou le prix de cette robe. Le jour de la noce, il exigeait encore un pot de vin, un pain et un plat de viande. Ces redevances, assez gênantes pour les habitants de Beauvais, avaient donné lieu à de grandes difficultés devant l'official et, par appel, à la cour archiépiscopale de Reims. Aussi la commune o£Frit-elle à l'évéque, quand ce dernier eut entre les mains le fief de la Jonglerie, de racheter le droit perçu sur les épousés. Jean de Marigny y consentit et reçut pour le rachat de ce seul droit la somme de 800 livres parisis^^^ Le iq juillet i33o, le chapitre donnait son consentement à cet acte^^^ et, le 3 août suivant, c'était le roi, qui, en qualité de suzerain, consacrait cet amoindrissement de fief ^^).
Plus tard, à une époque que j'ignore, les droits qui restaient attachés à ce fief furent de nouveau inféodés par l'évéque : le premier dénombrement qui en fut présenté à la justice épiscopale date du q mars 1377 ^''\ et le dernier du 3 1 mars 1 585 ^^\
'*' Vente faite le 11 juin 1^71 par Jean de Dampierre à Robert Cornet : cart n* X de M. de Brétizel.
(*) Dénombrement présenté le 13 mars i3&8 par la veuve de Pierre de Maubeugc :
ColL Grenier, t. la, foi. 1/11, et t. i63, fol. 3i V*; pièce jusUf., n* XXXVil. — Ce Bef a appartenu à Jean de Wermont, Thibaut et Gérard Becquet, Jean de Noiers, Goiinet de Feuquières (1 656 ), Robert de Reculé (1 655 ) , Jean de Dampierre, Robert Cornet (1671), Jean ie Creil le jeune, qui avait épousé Marguerite, fille de Robert Cornet (1680), Ni-
colas Boileau (i5io), etc. (Cart n"* X de M. de Brétixei.)
(') Arcb. commun, de Beauvais, Cart, A A 1 , fol. 65.
^'*) Acte passé le 5 juillet i33o, ibid., fol. 67 y\
^') Ibid., fol. 69.
(«) 16tV^.;Arcb.nat.,JJ66,n*383.
t') Original, Cdl Gremer, L 3i 1, n* 106; copie, ibid,, t. i58, fol. 3fi. — Ce dénombrement fut présenté par J. Dupuis, teinturier.
(*) Coll. Grenier, 1. 1 9 , fol. 1 1 9 6if et 1 90 , et t. 1 63, fol. 33 v*.
Voici, d'après les différents dënombremenls, les privilèges parlicullei*s qui restèrent à ce fief après Tabolition du droit sur les épousés.
Son possesseur percevait U deniers sur chaque ce foie femme venant et estant a Beauvais". Si elle refusait d'acquitter cette somme, il pouvait lui prendre son chaperon.
En second lieu , c'était à lui que devaient s^adresser tous les jongleurs. Ceux qui arrivaient à Beauvais pour chanter sur les places publiques avaient à lui payer i 9 deniers, une fois seulement, sinon ils se voyaient confisquer leur livre ou leur vielle. Cette redevance assez minime devait pourtant, certaines années, rapporter des sommes assez fortes. Tout le monde sait la vie errante que menaient les nombreux jongleurs, qui colportaient leurs poèmes et leurs chansons héroïques, de ville en ville et de château en château. Mais, outre cela, il semble que ces bardes et chanteurs ambulants affectionnaient particulièrement Beauvais. Il y avait en effet dans cette ville une école de jongleurs très célèbre à la fin du xiv"* siècle. Cette école était plutôt une assemblée, où les jongleurs originaires de la ville, réunis à ceux des villes voisines et à ceux que les seigneurs particuliers s'étaient attachés, apprenaient de nouvelles chansons (').
Les magistrats municipaux favorisaient ces réunions, qui se tenaient à la mi-caréme; ils offraient toujours des gratifications aux «menestreux?» qui arrivaient parfois d'assez loin. D'Abbeville même, on en envoyait ^-^ C'est ainsi qu'à la réunion des jongleurs de 1 385 et 1 386, on leur donna deux queues de vin et un demi-cent de carpes ^^); à ces présents en nature, enjoignait ordinairement une certaine somme d'argent ^^^ Chaque fois qu'un personnage d'importance entrait dans la ville, la municipalité avait le soin d'avoir des jongleurs pour égayer la réception par leurs
(') Scoloi pro cantileni» tiovis addiicendii: extrait des registres eapitulaires du chapitre de la cathédrale , ii murs i/ioa, cart. n" XXVII de M. Aux Gousteaux.
(*) Compte des argentiers d^AbbevilIe de 1898 : Aug. Thierry, Histoire du Tiers-Etat, daus la collection des Documents inédits ^ t. IV, p. aag, n* 7; registres de lAoo, iûi3, i/ii9-iâi3, 1616, etc.: Mémoires de la Saciété des <mft^uatrM de la Picardie, L XIII, p. 656 et suîv.; oomple d^Abbeville con>mencé le 95 août 1 498 : CoH Grenier, 1. 1 â , n** i39. — Ce dernier compte porte :
ttAox menestrez de M. de Fosseux, in somme de xti sols.
((Aux menestrez de M. le vidame d* Amiens , XII sols parisis.
«Aux menestrez de M. de Groy, x?i sols de grâce et de ooorloisie pour aier apprendre a Tescole a Beauvais, comme ils ont accoustumé dealer chacun an.»
(») Pièce jusUf..n*XXXin.
^*) En i386, on leur donna 18 francs en deux fois (ihid.); en 1889, on leur donna 8 francs (compte de 1889, cart. n** IV de M. Aux Gousteaux), en 1 &00 et 1 A 1 1 , 36 mus (compte de 1 399-1 /loo , cart. n** XV de M. de Brétizel et cart. n"* IV de M. Aux Gousteaux; compte de lAit, cart. n"" IV de M. Aux Gousteaux ).
chants ^^^ De même, dans les fêtes publiques, on payait encore des jongleurs, «des farceurs» et «des monnieurs)', pour jouer des moralités et autres pièces de théâtre ^^^ A chaque instant, on avait donc recours à eux; on allait même jusqu'à engager des «menestriers» pour accompagner à l'armée le maire et les soudoyers de la commune ^'L
Le chapitre favorisait aussi cette corporation , dont les membres pourtant, à la fin du xiv* siècle, ne jouissaient pas de la meilleure considération ^^^ Il fournissait un subside^') h ceux qui se rassemblaient à Beauvais pour tenir leurs écoles. Enfin Tévêque, comme tous les grands seigneurs de l'époque ^^\ avait des jongleurs attitrés, qui le suivaient à peu près partout ^'^\
On voit donc quels revenus pouvait tirer le vassal de l'évêque de ces nombreux «menestreux» et jongleurs. Mais ce n'était pas encore tout. Quand des bateleurs ou des personnes faisant exhibition d'oiseaux ou fcbestes sauvages» venaient à Beauvais, il pouvait aller et mener quelqu'un avec lui «voir l'esbattement», sans rien payer pour ce. Enfin lui seul pouvait autoriser qui il voulait à chanter aux lieux accoutumés à Beauvais, les jours de Noël , Pâques et Pentecôte ^^h
Ce vassal avait, par contre, des obligations particulières tenant à la nature même de son fief. Il devait faire jouer des instruments pendant le festin du joyeux avènement de l'évêque et se tenir lui-même h la porte de la salle du banquet ^^K II était encore tenu de faire chanter des «gestes ou cloistre de Fegliso Saint-Pierre de Beauvais, le jour de Noël, le jour de grans Pasques et le jour de Penthecoustes, depuis prime lasquié jusques
(*) Gomple de 1 38 9-1 383 : tr/i sols donnés pour les pennonceaux baillés aux meneslriers qui jooerent derant le roy a son entrée a Beauvais. 9 Cart n* IV de M. Aux Gousieaox,
(') iâ83. Ârch. commun, de Beauvais, EE 7, n* 1 3.
(') Compte de i358 : eart. n* XV de M. de Brétîxel.
(^) 19 septembre 1371, Vicenot mis à Tamende pour avoir soapé la nuit, à heure indue, en la taverne, avec plusîeora jongleors el batdeurs : extr, des ReffUtru ct^ntuUûnê du €kap,, cart n* XXVII de M. Aux Cousteaux.
<*) 1*' avril 1A01, gralification de pains accordée nûmiê, aeolaê miii sua apud Ûv«- CTifii iênet^ûm9, Même chose le 1 1 mars 1 609 : ibid.
(•) Le duc de Bonrgogne , Philippe le Hardi, avait toujours une suite de jongleors derrière
lui. (Cf. notamment Arch. départ, de la Côtcd'Or, B 319, B iâ38, fol. 19 r^, B tàkh, fol. 79 r^.) De même, le duc de Berrj, Bureau de la Bivière (Und., B thZS, fol. ao v*), et bien d^autres personnages que Ton pourrait citer. Le compte d^Abbe ville de 1638, que j^ai signalé plus haut, mentionne les «menestroE de M. de Fosseux . . . , de M. le vidame d*Amiens. . . , de M. de Croy», qui étaient loin d*étre des seigneurs aussi considérables que les ducs de Bourgogne et de Berry, et que Tévéque de Beauvais lui-même.
(') Arah. départ de la Gôte-d*Or, B 1 Â5A , fol. 8s V.
W Pièce jostif.,n*XXXVn.
(«) Dénombrement da 3i mars i585 déjà cité. Cette oUigalion n^est pas mentionnée par Jean Dupuis dans son dénombrement de 1 377, ni par Guillaume de Ilcllande en 1 /Î5A.
a tant que on conmcnche l'evangillc de le grant messe ». S'il manquait un de ces jours-là, il devait, par compensation, faire chanter un autre jour^'^ Les bons jongleurs devenant rares, il parut préférable au possesseur de ce ficf de traiter à ce sujet avec les chanoines de la cathédrale en i Aoâ. Au lieu de fournir un jongleur, il s'engagea à payer au chapitre une redevance de 10 sous à chacune des trois fêtes mentionnées ci-dessus ^^^. Cette redevance fut plus tard abaissée à la somme de ao sous, payable chaque année à la Saint-Jean-Bapliste ^^\
Le dénombrement de 1877 dit encore que le possesseur du (ief de la Jonglerie avait une obligation militaire : c'était celle de servir l'évéque en armes, toutes les fois que ce dernier se rendait à l'armée du roi et adressait sa semonce à son vassal.
tio" Le fief de la Fuiaillerie était divisé en deux parties dès 1377, ainsi qu'on le voit par le dénombrement présenté le 1 1 avril de cette même année par Clément Fournier^*^ Le possesseur d'une de ces parties avait, aux xv* et xvi* siècles, une rente de 32 sous parisis à prendre sur une maison sise en la chaussée Saint-Nicolas ^^^ et percevait, par indivis avec le possesseur de la seconde partie, un denier detonlieu, en argent ou en nature, sur les marchands vendant des futailles ou des poteries de terre. Tous deux avaient Tobligation commune, à l'arrivée du nouvel évéque h Beauvais, de remplir de vin deux vaisseaux de terre, contenant, l'un, neuf (c quartes ", et l'autre six, et de les porter dans la salle du banquet. Le repas fini, ils prenaient ces vases comme à eux appartenant; ils avaient même le droit de remporter le plus petit rempli du vin de l'évéque, plus un mets du festin ^^*^.
9 i** En octobre i4/i5 ^^^ comme en i454^^\ mattre Jean de Feuquières tenait de Févêque un fief, le fief du Glaive, dont l'origine . doit remonter au temps où les évêques comtes de Beauvais se faisaient un devoir d'aller servir en personne dans l'armée royale. C'était en effet un fief tout militaire que celui-ci, comme celui de In Lance. Le vassal qui le détenait était
^*) Exlr. deèRegiêtres capiiulairei duehap,, ^^^ DéQombrement de iÂ5â, pièce juslif.,
ùk juillet 1390, caii. n* XXVIl de M. Aux n'^XXXVII; voir encore lecart. n*X deM.de
Gousteauz. Brétizel.
^') Arch. départ, de TOise, Inventaire de$ (") Dénombrements du 11 avril 1377; ^^*
layet, du ehap. de Beauvaù, p. 169; exlr. des ah mars lAoa : Coll. Grenier, 1. 19 , fol. 187,
Regiêtres capitulaires , i3 mars i/ios, cart. ei t. 1 63, fol. 3o; de ià54, pièce justif.,
n* XXVII de M. Aux Coiisteaux. n" XXXVII.
(3) Dénombrement du 3i mars i585. (^1 ColL Grenier, t. ta, fol. 19 5, et L 1 63,
W ColL Grenier, t. 1 a , fol. 1 87, et l. 1 63 , fol. 97. fol. 3o. »: Pièce jusUf., n» XXXVIL
tenu, à la semonce de l'évéque, quand ce dernier devait servir le roi en armes, de porter un glaive devant lui^^^.
Ce fief subsista jusqu'à la Gn de Tancien régime : on en a, par exemple , un dénombrement daté du 8 juillet fjoQ^^K A cette époque, il est clair que l'obligation de porter le glaive devant Tévéque ne subsistait plus depuis longtemps. Ce fief ne consistait alors que dans les privilèges et exemptions dont jouissaient les fiefs de francs-hommes, et dans une maison sise à Beau vais, au lieu dit ci le Mont-Sain t-Micbel».
Le vingt-deuxième et dernier grand fief mentionné par Guillaume de Hellande est le fief des Mesures, sur lequel on n'a de renseignements que ce qu'en donne le dénombrement de tUbà. A ce moment, il consistait en une masure et plusieurs clos (clos Hastel, clos aux Loups, etc.), et dans le droit de jauger les mesures h vin employées dans la ville de Beauvais et de percevoir lo deniers sur chaque amende imposée pour fausses mesures.
Les mêmes franchises et les mêmes obligations générales appartenaient aussi aux neuf petits fiefs de l'évéque de Beauvais. Dans tous les documents, cependant, ceux-ci sont distingués des grands fiefs, sans que l'on puisse connaître la raison de cette distinction. Ce n'est pas leur moindre importance, car plusieurs des grands fiefs ne valaient pas certains des petits. Quoi qu'il en soit, voici quels étaient ces fiefs de seconde classe :
i"" Le fief du Tendage ou des Parements. D'après les dénombrements de 1872^'^ et de i456 , il consistait en 13 sols 1 denier et une demi-coutume de cens, à prendre sur plusieurs héritages sis à Beauvais et aux environs, plus la moitié d'un pré au Trou-Becquet. Quand l'évéque faisait sa première entrée, le vassal devait aider à tendre sa chambre; de même, quand l'évéque tenait sa cour de justice, il devait lui parer son lit.
9** Le fief de la Cltaise, ainsi appelé parce que son possesseur devait, à la première entrée de son suzerain, mettre un fauteuil recouvert d'un tapis de serge sur l'estrade dressée devant la porte Châtel. C'était sur cette estrade que l'évéque prêtait son serment et recevait celui du chapitre. Le même fieiïé, qui jouissait d'un pré h la fosse du Chauffour, devait curer une fois par an le Merdançon sous le pont du Châtel ^^l
<») Cf. encore dënombremenlA préteotés ie t'> Coll. Grenier, t. is, fol. i33, t i6d,
h février 1 699 par Glaade de ForceTÏlIe , époux fol. a 9.
de Françoise de Feaquières, et le 1" jnillet (*) Déoombremeol présenté le 90 janvier
i556 par Jean Leroy : cart. n* X de M. de i4o8 par Jean le François : CoU, Grenier,
Brétîzel. t. 1 9 , fol. 1 do, et t. 1 63 , fol. 98 y"*; dénom-
« Cart, n- X de M. de Bréliid. bremcnt de t^i5/i : pièce justif., n' XXX VU.
Bbauvais. 1 1
3** Le fief du Carreau, auquel appartenaient 7 sous U deniers et 5 coatunies et quart de cens sur des héritages sis à Beauvais. Le vassal qui le détenait était obligé de fournir un carreau pour mettre sous le fauteuil placé sur l'estrade de la porte Châtel, le jour de la première entrée de Tévéque et le jour des Rameaux ^^K
Les quatrième, cinquième et huitième petits fiefs, consistant en cens et revenus sur des maisons de Beauvais et des environs, étaient des démembrements du fief de la Touaille, dont j'ai parlé h propos des grands fiefs.
Le sixième était le fief du Pontr-Saint-Hippolyte, démembré du grand Gef du Charbon. 11 appartenait à un vassal, dont le privilège était d'exiger h deniers de chaque nouvelle épousée qui passait sur le pont Saint-Hippol^te le jour même de ses noces. Si elle refusait d'acquitter cette redevance, elle était emmenée prisonnière et détenue jusqu'à ce qu'elle eût payé ^^\
C'était un fief assez important, si l'on en juge d'après son prix de vente, qui montait à un chiffre assez élevé : ainsi Laurence Maillet, en août 1/176, le vendit 5o écus d'or^^^ et, en 1701, Lucien Danse le vendit à son frère Gabriel moyennant 1,600 livres ^^^ Ce n'étaient pas seulement les droits payés par les nouvelles épousées qui constituaient des revenus suffisants pour cette somme. Ce fief donnait encore les péages des bois de charpente, du foin, des tuiles, des poteries qui passaient sur le pont (^). En revanche, il était grevé de l'obligation de fournir les matériaux nécessaires aux réparations de ce pont ^^K
Colin le Garon tenait en i&5/i le septième petit fief, dont le nom est resté inconnu. Une semble pas, du reste, avoir eu d'obligation particulière en retour des 36 sous et a coutumes trois quarts de cens qu'il percevait sur des héritages sis tant à Beauvais qu'à Marestrl'Évéque ^''l
Le dernier petit fief était celui de la Vénerie. Ce n'était pas assurément
(*) Dénombrements présentés le 5 avril 1377, par Jean ^^ Boullon, et le 30 novembre 1 399 : ColL Grenier, 1. 1 3 , fol. 1 3 1 , el 1. 1 63 , fol. 39 ; dénombrement de 1 656 : pièce juslif., n« XXXVll.
t*) Dénombrement présenté en \ko\ par Pierre Malet, clerc avocat : ColU Grenier, 1. 1 3 , fol. 1 3 1 , et 1. 1 63 , fol. 3/1 ; dénombrement de Guillaume de Hellande : pièce jnstif., n-XXXVII.ete.
l^> Cari, n* X de M. de Brélixel.
^«) Gart. n* X de M. de Brétizel.
('} Dénombrement de 1 /Î5A ; arrêt du Conseil en 1731, sapprimant les droits de péage du pont Saint-Hippolyte : carL n* X de M. de Brétizel. — Cf. encore Arch. commun, de Beauvais, A A 1, fol. 1 1 & : «La maniera comment on doibt coeullir le ponftenage de Sainct Ypolitc. . .7).
(') Arch. commun, de Beauvais, A A 1.
fol. 38; JJ 61, p. 686.
C) Pièce juslif., n* XXX VII.
ni'
un des moins anciens, puisqu'on rencontre des venatores episcopi dès 1 07s ^^l Dans les différentes mentions des xi*' et xn° siècles, on voit souvent deux venatores de Fëvôque : en 1072, ce sont Gautier et Guibert^^^; en 1099^^^ et sous Tévéque Godefroi (1 1 o5-i 1 13), ce sont Gautier et Guabert ^*^; en 1120, Raoul le Roux et Hugues^^^, et en 1167, Gautier et Raoul ^^^ Ce fief, se rattachant à l'un des droits principaux d'un seigneur haut justicier, c'est-à-dire à la chasse, a sans doute dure autant que la puissance temporelle des évéques de Beauvais : on en a du moins encore un dénombrement en 167a ^"K
Le veneur avait pour obligation particulière de porter le premier plat de venaison au banquet servi à l'entrée de chaque nouvel évéque ^^\
D. Grenier cite encore parmi ces différents fiefs celui de la Bouteillerie. Ce fut assurément un des grands fiefs en itioli^^^; mais il ne semble plus rentrer dans cette catégorie à l'époque de Guillaume de Hellande. En effet, cet évéque, après avoir parlé des francs-hommes désignés ci-dessus, ajoute qu'ils tr jugent mes aultres hommes fieffez, tenans de mad. conté cy devant et cy après nommez». Ensuite vient le fief de la Bouteillerie, et les attributions judiciaires dans la cour épiscopale de Jacques, seigneur d'Anmont et de Méru, détenteur de ce fief, ne sont pas mentionnées (^^). Peutêtre le domaine de ce fief, qui, en i/î5â , était situé à Bertecourt, comprenait-il, en 1 Ao&, des cens, des revenus ou même des propriétés dans la
0) Gualterius, Gmlberttu, fratres venatoret : Louvet, t. I, p. 696.
^') Ces deai veneurs (frères) apparaissent encore dans la notice sur la reddition de Longueil et de Bertecourt vers 1077 : pièce justif., n* III.
(^) Charte de Tévéque Foulques, 3o novembre 109a: Coll. Baluzê, t. 78, fol. 1.
^'^ Cartul, de Saint-Quentin, fol. 9 3, p. 45. — Ce Guabert {Waîberluê, Gutdberiut) apparaît encore dans une charte qui était dans le a' CartuL du chap., fol. 87 v^. (Bibl. de Troussures, ya\ p. 69.) H avait pour femme Odeline, fille à^Euàeê tforagiariut, et donna pour son anniversaire au chapitre de la cathédrale un hôte sur le marché, payant chaque année a sous à la Saint-Remi, a pains, a chapons, a setiers de vin , elc, à Noël. ( a* CartuL duchap,, fol. 130, tit. i83, iW., p. 7a.)
(*) Venatoret êpiteopi, Radulfiu Bufuê 9t Hugo frater ejui, ai mars iiao : Arcb. de Troussures, Dv*, p. 98.
(*) Charte d^Henri de France, évéque de Beauvais, Gualteruê et Radul/tu, venatores noetri: 9' CartuL du chap,, tit. 3a3, Bibl.de Troussures, Va', p. 88.
La mention suivante du Martyrologium Bdvatmue au 1 3 des calendes de février :
(Unit Gualteruê venator, Fredesindii uxor ^um, pro quitus dederunt nobis Gualbertus^ Radulfusque, venatores, quicquid habebant de ve~ natoria eonsuetudine de hoepitibus Beati Pétri in Boitgenubous (?), pourrait en toute vraisemblance se rapporter au Gautier de 109a et de révoque Godefroi.
(^} Présenté lo 1 9 septembre par Charles Havin : ColL Grenier, t« 1 a , fol. 1 39 , et 1. 1 63 , fol. 3i.
W Piècejustif.,n»XXXVlI.
(*) Dénombrement présenté le h mars lâo/î par Pierre d^Anmont, chevalier : Collection Grenier, t. la, fol. i35, et I. i63, fol. 3o.
^•«) Pièce justif., n" XXXVII.
ville de Bèauvais, et la perte de ces cens, revenus et propriétés aurait-elle entraîné la perte de la qualité de franc-homme.
Quoiqu'il en soit, ce fief fut de création ancienne, puisque, dès 1099, un certain Richer était le bouteiller de l'évéque Foulques ^^\ Au milieu du XV* siècle, l'obligation, qui lui était restée attachée, était de verser à l'évéque le premier coup à boire au festin de l'entrée solennelle; mais le vassal pouvait ensuite emporter la coupe de son suzerain et aller prendre place au premier bout de la seconde table.
Le dénombrement de 1 Ao/i lui attribue une certaine classe de revenus, qui devaient être d'assez bon rapport aux xi* et xii* siècles. Ils consistaient en une once d'or à prendre de toutes les personnes «tant d'église comme de siècle 9) qui passaient de l'état de servitude à l'état de franchise.
Un autre fief de service, que ne mentionnent ni Guillaume de Hellande ni D. Grenier, était le fief de la Bannière, dont il existe un dénombrement en date du t/i mars iSyy^^^. Ce fief militaire obligeait à accompagner r^évéque et à porter sa bannière, quand ce dernier était appelé à servir dans l'armée du roi. L'évéque, par contre, devait fournir la bannière et un cheval à son vassal.
Tels étaient les personnages qui composaient le tribunal épiscopal. Tous ces vassaux devaient en e£Fet le service de cour : les titulaires des fiefs démembrés^ comme les titulaires des fiefs non démembrés. Ce chapitre, qui leur est consacré, montre bien leur caractère et peut donner l'idée de ce qu'était la cour de l'évéque. Elle était modelée dès le xi* siècle, peut-être même avant, sur la curia régis. Dans l'une comme dans l'autre de ces cours, on retrouve la même constitution, les mêmes juges, et pour ces juges les mêmes noms et les mêmes attributions en grande partie. La cour du roi, elle, se transforma. L'importance des affaires qui lui furent soumises et les difficultés de droit auxquelles elles donnèrent lieu à chaque instant, permirent aux légistes de s'introduire dans son sein. Ces derniers finirent par former le parlement^ assemblée dans laquelle n'entrèrent plus de plein droit les vassaux et les hauts fonctionnaires de la royauté.
A Bèauvais, la cour de Févêque ne subit pas cette évolution. Elle se recruta toujours parmi une certaine classe de vassaux; au xv' siècle, sa composition était la même qu'aux xii"" et xiii* siècles; c'est ce qui fait que j'ai pu, pour cette étude, utiliser des documents relativement modernes. Elle ressentit pourtant une certaine influence des légistes, elle aussi, aux
(') Charte du 3o novembre 1099 : CclL ^^ Dénombrement présenté par Noël de
Baluze, t. 78 , fol. 1 . — Voir, plus haut, la Ravenel, écuyer: Coll. Grenier, 1. 1 a , fol. 1 1 & , note de la page 1 38. et 1. 163 , fol. 96.
IjA COUR ÉPISCOPALE. — LES FRANCS-HOMMES. 165
11 y"" et XV* siècles. Le bailli de Tévéque, qui présidait le tribunal, dirigeait alors les débats et prononçait la sentence; de même son lieutenant, le prévôt 9 fut souvent pris parmi les hommes de loi , parmi des avocats royaux et des conseillers au pariement. Mais cela n'entratnait nullement une modification dans la composition du tribunal : ce fut toujours devant les francs-hommes que les bourgeois de Beauvais et les magistrats municipaux eurent à comparaître.