LA POLITIQUE ÉCONOMIQUE
c ciice Bruxelles pcussée à tcut, édicler contre eux des tarifs renforcés, les empêcher, en leur contestant le territoire de Saint-Hubert, de réaliser le projet de conduire jusqu'en France une route n'abandonnant pas les terres liégeoises, favoriser de tout son pouvoir la draperie limbourgeoise contre celle de Verviers, entraver le développement de la clouterie dans l'Entre-Sambre-et-Meuse, etc., ce n'est que vers 1780 qu'ils s'apercevront enfin de leur erreur et* qu'ils renonceront à une lutte contre nature et dont ils sont les premières victimes.
Par parcimonie, ils ne se décident que de loin en loin, et après des réunions interminables, à décréter les travaux publics les plus urgents. S'ils ont consenti, en 1739, à ouvrir une route vers Bois-le-Duc, ils ne se résigneront qu'en 1767 à joindre Verviers et Spa à la capitale par un chemin pavé, auquel des raisons d'économie et plus encore leur entêtement à ne pas demander au gouvernement autrichien l'autorisation de passer sur les terres limbourgeoises, imposent un tracé bizarre et des montées inutiles (1). Le Conseil Privé, dépositaire de la puissance limitée que la constitution laisse au pouvoir central, est mieux disposé. On surprend chez lui quelques velléités de « colbertisme », se manifestant par des octrois accordés à des fabriques de tapisseries ou d'indiennes, qui, insuffisamment protégées, ne peuvent d'ailleurs que végéter (2). C'est à cela que se réduit, en somme, la politique économique du pays; il ne possède ni Chambre de commerce, ni enseignement commercial, ni inspecteurs des manufactures, ni statistique. A la fin du siècle seulement, il prendra quelques mesures vraiment utiles : la conclusion, le 24 mai 1772, d'un traité de commerce avec la France, et en 1780, l'arrangement avec les Pays-Bas à propos de la route d'Aix-la-Chapelle à Louvain.
L'initiative privée a donc été abandonnée à elle-même et elle s'est brillamment acquittée de la tâche qui lui incombait.
(1) E. Fairon, La chaussée de Liège à Aix-la-Chapelle.
(2) A. Hansay, Contribution à l'histoire de la politique mercantile au XVIIe siècle en France et dans le pays de Liège, dans Mélanges Paul Fredericq, p. 338 et suiv.
HiST. DE Belg. 23
Sous sa direction, l'industrie liégeoise a atteint un développement extraordinaire, bien supérieur à celui qu'elle présente dans les Pays-Bas. C'est que diverses circonstances favorables ont compensé l'inertie des pouvoirs publics. Tout d'abord, le prix de la main-d'œuvre est singulièrement modéré (1). L'absence presque complète d'impôts et l'afflux vers les villes de la population rurale, que l'état rudimentaire de l'agriculture ne suffit pas à occuper tout entière, p-îrmettant de maintenir les salaires à un taux très bas, 11 faut ajouter à cela que les corporations de métiers, ayant perdu toute vigueur depuis la réforme de 1684, ne sont plus capables de résister aux entrepreneurs capitalistes. Enfin et surtout, les industries liégeoises enracinées dans le peuple par une habitude séculaire ou alimentées par les ressources mêmes du sol national, résistent facilement à la concurrence. Le travail du fer et la fabrication des armes sont pratiqués dans la cité et sa banlieue ; l'eau de la Vesdre assouplit et dégraisse merveilleusement les laines, en même temps que son courant rapide communique son énergie aux mécaniques des ateliers, et par dessus tout la houille, qui abonde le long de la Meuse et à l'occident du pays de Hervé, fournit aux forgerons, aux armuriers, aux cloutiers et aux teinturiers un combustible excellent et à bon compte.
Aussi tout le mouvement industriel se concentre-t-il dans la région wallonne proche des houillères, autour de Liège et de Verviers et plus loin, dans le pays de Thuin et de Châtelet. La plaine flamande du Nord, que la draperie du moyen âge animait jadis, n'en ressent pas l'influence et échappe aux transformations sociales et intellectuelles qu'elle provoque.
L'industrie liégeoise est déjà si puissante au XVlll^ siècle qu'elle imprime aux villes qu'elle atteint un caractère nouveau. Sous sa pression, achève de disparaître l'opposition si nette que la structure économique du moyen âge avait établie entre les populations rurales et les bourgeoisies. L'extinction de l'ancien esprit municipal, attestée par le succès du règlement
(1) Elle est à meilleur compte que dans les Pays-Bas, où pourtant les salaires sont relativement très modiques. Voy. Huisman, La Compagnie d'Ostende, p. 299.
LIBERTÉ DE l'iNDUSTRIE 355
de 1684, n'est au fond qu'une conséquence de la substitution de l'entreprise libre et capitaliste au petit atelier urbain réglementé et privilégié. La chute des métiers, qui barraient aux « forains » le libre accès de la ville, le laisse ouvert devant eux. Désormais, d'un courant ininterrompu, ils y affluent. La banlieue qui s'étend autour de l'enceinte municipale se transforme en faubourgs ouvriers et perd son ancienne physionomie agricole. Le long de toutes les routes qui se dirigent vers la ville se pressent les maisons et les fabriques, La ville n'est plus une immunité juridique et économique fermée par la ceinture de ses remparts et faisant le vide autour d'elle ; elle devient un foyer d'activité rayonnant largement au dehors et empiétant de plus en plus sur la campagne. Ce n'est plus comme au moyen âge le droit spécial sous lequel ils vivent qui distingue ses habitants : les privilèges du bourgeois se dissolvent dans le droit commun. Entre le paysan et le citadin,, il n'y a plus guère d'autres différences que celles qui résultent de la différence même de leurs occupations, de leurs habitudes et de leurs intérêts. Partout où l'industrie pénètre, elle fait craquer les cloisons que le passé avait établies entre les hommes.
Mais si elle ne tient plus compte des ancicxines distinctions juridiques, elle renforce les distinctions sociales. Dans la même mesure où elle atténue le contraste entre le paysan et le bourgeois, elle l'augmente entre le riche et le pauvre, entre le capitaliste et le prolétaire. L'égalité qu'elle favorise n'est que l'égalité des droits civils, et les espoirs qu'elle fait naître ne s'attachent qu'à la conquête de l'égalité politique.
Depuis le règlement de 1684, dans lequel des appréciations superficielles ne voient qu'une œuvre de despotisme et de réaction, Liège est en train de se transformer en une ville moderne, en une grande agglomération de citadins entre qui la résidence, soit intra muros soit dans les faubourgs, n'établit plus de démarcation sensible. En 1790, avec ses 83,224 habitants, dont 32,964 se groupent dans la vieille enceinte du moyei. âge, tandis que 50,263 occupent les faubourgs et la baa
lieue (1), elle dépasse la population des plus grandes villes de la Belgique, sans excepter Bruxelles. Aucune d'elles ne présente cet aspect de cité manufacturière qui la distingue et frappe tous ceux qui la traversent. En 1738, le baron de Pôllnitz parle avec un dédain aristocratique de la malpropreté de ses rues et des fumées de charbon qui l'empestent et font penser aux brouillards de Londres (2). Une cinquantaine d'années plus tard, le démocrate Fôrster prend plaisir au bruit continuel qu'on y entend, et s'amuse d'y être coudoyé à chaque pas par « des charbonniers, des armuriers et des miroitiers, gens peu polis, peu maniérés », mais dont il admire en souriant la vivacité et l'activité (3).
Moins important par sa population, Verviers présente un spectacle plus frappant encore par sa nouveauté. C'est qu'ici la poussée industrielle a été si soudaine que, du premier coup, elle a rompu tous les liens de la tradition et tous les vestiges du passé. Erigé en ville en 1651 seulement, Verviers n'a connu ni privilèges, ni corporations de métiers. Dès le début, il s'est développé dans la liberté du travail et de la concurrence. Sauf la vieille église à demi rurale qui s'élève sur le « Vieux Cimetière», rien n'y rappelle le passé. 11 ne possède plus d'enceinte de murailles et pousse librement le long de la Vesdre et du canal des fabriques, ses longues rues irrégulières où s'accostent en désordre les hôtels flambant neufs de ses fabricants (4) ou les façades percées de petites fenêtres de ses usines, au coin desquelles débouchent les ruelles étroites qu'habitent, dans de grandes masures sans air et sans lumière, les tisserands, les foulons et les tondeurs.
Le caractère moderne de l'essor industriel dans le pays de Liège se manifeste encore par le grand rôle qu'y joue le charbon. Sans doute, comparée à ce qu'elle est de nos jours, son exploitation apparaît bien misérable, et son emploi semble
(1) Thomassin, Mémoire statistique sur le département de l'Ourthe, p. 195; J. Servais, La population de Liège autrefois, dans Wallonia, 1908, p. 69 et suiv.
(2) Lettres, t. III, p. 164.
(3) Voyage philosophique, \.\, p. 21b.
(4) Thomassin, Mémoire statistique sur le département de l'Ourthe, p. 142.
singulièrement restreint. Il n empêche que l'une et l'autre, si on les envisage au point de vue du xviil^ siècle, ne trouveraient sans doute point d égaux sur le continent. Confinée au moyen âge aux environs immédiats de la ville de Liège, l'extraction du charbon s'est propagée dès le XVI^ siècle à la lisière méridionale du pays de Hervé et le long de la vallée de la Meuse. Vers 1800, on ne compte pas moins de quarante-trois communes, dans le territoire limité par Cheratte au nord, Seraing à l'ouest, Chênée au sud et Xhendelesse à l'est, dont le sol ne soit percé de houillères. On en estime le nombre à 140, employant environ 7,000 ouvriers (1). La plupart d'entre elles sont naturellement d'importance médiocre. Un treuil manœuvré par deux hommes pour monter les paniers de charbons, une échelle adossée aux flancs de la bure, une cheminée d'aérage alimentée par un foyer : voilà à quoi se réduit souvent leur outillage. Les « parçonniers » qui en ont obtenu la concession ne peuvent, en effet, se permettre davantage. Mais la perfection de la technique supplée à la modicité de leurs ressources. L'expérience qui, depuis le XIIP siècle, s'est transmise de génération en génération a perfectionné sans cesse le travail si complexe de la mine. Les ingénieurs de nos jours admirent la sagesse des règlements édictés par les « voir-jurés des charbonnages », lointains ancêtres du corps des ponts et chaussées, etchezquila pratique tenaitlieude science. Aujourd'hui encore, les «arènes» percées sous leur surveillance pour l'écoulement des eaux souterraines, continuent à rendre d'utiles services, et leurs décisions, trop peu étudiées, comptent au nombre des productions les plus remarquables delà juridiction industrielle. D'après les spécialistes, le système liégeois des « concessions verticales » est de beaucoup préférable à celui des « concessions par couches » en usage dans le Hainaut (2).
Si le capital avait été plus abondant, nul doute que les progrès de la houillerie n'eussent rivalisé dans le pays de Liège
(1) Thomassin, op. cit., p. 416.
(2) Arnould, Mémoire historique et descriptif du bassin houiller du couchant de Mons, p. 29.
avec ceux qui furent accomplis en Angleterre à partir des environs de 1750. Malheureusement, l'étroitesse de vue des propriétaires fonciers, ici plus encore que dans les Pays-Bas, se fait déplorablement sentir. Le plus important d'entre eux, le chapitre, ne porte aucun intérêt à l'industrie, et quant à la noblesse, elle ne compte guère de familles assez opulentes pour risquer d'y compromettre leur avenir. Néanmoins, partout où se rencontre quelque actionnaire ou quelque bailleur de fonds audacieux, l'ingéniosité des inventeurs se met aussitôt en campagne. Déjà au XVlF siècle, les appareils hydrauliques employés à l'extraction ou à l'épuisement sont si perfectionnés que c'est à un Liégeois, Renkin Sualem, que Louis XIV confie la construction des fameuses machines destinées à alimenter les étangs de Marly. En 1693, 1696, 1747, 1754, 1761, des octrois sont accordés à des fabricants de mécaniques servant à monter les houilles ou à pomper les eaux (1). En l'absence de rivières ou de ruisseaux, on emploie, comme force motrice, la traction animale, et l'on construit des cabestans actionnés par 32 à 40 chevaux (2). Hubert Sarton invente, en 1775, un système d'échelles mouvantes pour la remonte des mineurs (3). Les pompes à feu sont en usage depuis la fin du premier quart du xviir siècle. Plus on va, plus leur usage se répand et plus aussi l'importance des grandes entreprises s'affirme. A la fin du siècle, plusieurs d'entre elles n'occupent pas moins de 600 ouvriers, 400 au fond et 200 à la surface (4).
Le tiers environ ^du charbon extrait s'exporte vers la Hollande (5) ; le reste sert à la consommation du pays. Malheureusement le moyen n'est pas trouvé encore de remplacer le bois par. la houille dans la fonte du fer. Mais le problème se pose devant les esprits et les sollicite. « Que
(1) A. Hansay, loc. cit.
(2) Thomassin, Mémoire statistique, p. 417. G. Jars, Voyages métallurgiques, p. 186 (1764), dit que les machines à feu sont connues à Liège depuis quarante ans. Add. Arnould, Mémoire, p. 103.
(3) F. Hénaux, La houillerie du pays de Liège, p. 67 (Liège, 1861).
(4) Thomassin, op. cit., p. 414.
(5) Ibid., p. 417.
l'armurerie 359
ne puis-je voir, écrit le chevalier de Heusy,en 1768, la réussite de fondre la mine avec de la houille ! » (1) -Et l'évêque d'Oultremont, vers la même date, fait étudier la question par le docteur de Limbourg, et obtient des États de prendre à leur charge les dépenses entraînées par ses essais. Un peu plus tard, en 17821783, des expériences sont entreprises pour épurer la houille et « la rendre propre pour les fourneaux et forges » (2). On entrevoit l'avenir...
Le charbon est la principale richesse de la principauté, mais il n'en est pas la seule. L'Entre-Sambre-et-Meuse renferme des gisements de minerai de fer de qualité excellente. Malheureusement cette région, enclavée dans des territoires français et autrichiens, n'a pas de communication directe avec Liège, et les mesures douanières des deux grands États qui l'entourent et contre lesquelles le gouvernement liégeois ne peut se défendre, imposent comme débouchés, à la fonte qu'elle produit, le Hainaut et la région de Valenciennes (3). En revanche, c'est vers Liège que se dirige l'alun que l'on exploite depuis le XVl^ siècle le long de la Meuse, de Huy à Flèmalle-Haute. Il atteint de là le marché d'Amsterdam où, au xviP siècle, il rivalise avec l'alun d'Angleterre. Au siècle suivant, son extraction et sa préparation, à laquelle on n'a pas encore réussi à appliquer le charbon, occupe quinze sociétés et 1,199 ouvriers. Les cinq sixièmes de la production s'exportent à l'étranger (4).
Si dès la fin du moyen âge les bouilleurs du pays de Liège se sont acquis une réputation universelle, ses armuriers devaient devenir plus célèbres encore durant les temps modernes.
(1) E. Fairon, La chaussée de Liège à Aix-la-Chafelle, p. 103.
(2) Daris, histoire du diocise ti de la principauté de Liège (1724-1852), t. I, p. 243 ; A. Hansay, Bullet. de l'institut archéologique liégeois, t. XXIX [1900], p. 16. L'Académie de Bruxelles s'occupa aussi de la question. En 1788, l'abbé Needham lui présenta un mémoire touchant les rr.ojers de fondre et d'affiner le fer
avec les braises du charbon de terre. Voy. Mémoires de l'AcaderTiie impériale, etc., t. V, p. XX.
(3) A. Hansay, Contribution, etc. Mélanges Paul Fredericq, p. 338 et suiv.
(4) Savary, Dictionnaire du Commerce, t. 1, p. 640; Thomassin, Mémoire statistique, p. 419; L. Jeunehomme, Flémalle-Haute, p. 35 (Bruxelles, 1908).
36o LE PAYS DE LIÈGE
L'industrie des armes à feu semble être la seule qui, avant l'apparition du machinisme, iait présenté le spectacle, auquel nous sommes accoutumés aujourd'hui, d'un perfectionnement continuel. L'ingéniosité humaine s'est bien plus passionnément appliquée à l'invention des instruments de meurtre qu'à celle des paisibles outils de la vie journalière. Tandis que le métier à tisser est resté jusqu*à l'époque de Jacquart (1806) ce qu'il était dans l'antiquité romaine, quelle série de progrès ininterrompus entre l'arbalète du XV*^ siècle et le fusil à pierre et à baïonnette du xvill'^ siècle, pour ne rien dire des transformations si rapides du pistolet et du fusil de chasse ! Aussi la profession de l'armurier le tient-elle sans cesse en haleine. La technique changeante de son métier ne lui permet point de se confiner dans une routine traditionnelle. Elle requiert autant d'activité de son intelligence que de ses mains. Il est obligé de varier continuellement ses procédés, d'employer ou d'inventer des outils nouveaux, de faire toujours mieux et de se renouveler sans cesse sous peine de déchéance. De là sans doute cette vivacité d'esprit, cette proTiptitude à l'action, cette mobilité d'aptitudes dont sa profession essentielle a doué la population liégeoise. De là aussi, dans l'organisation même de l'industrie des armes, une rupture nécessaire et brusque avec les traditions du moyen âge.
L'armurerie est trop souple et trop novatrice pour s'accommoder du joug rigide de la corporation. Née, suivant toute apparence, au sein du métier des forgerons, elle s'en échappe bientôt, non pour constituer à son tour un métier, mais pour se lancer librement dans la voie de la spécialisation du travail. Des groupes d'ouvriers, appliqués chacun à un genre distinct de la besogne, collaborent, en une chaîne ininterrompue, à l'achèvement du produit. Les marchands d'armes, entrepreneurs capitalistes, donnent le branle à toute l'organisation. Le fer,qu'ils confient aux « canonniers», leur revient, sousforme de canons bruts, pour passer ensuite aux mains des « garnisseurs », des « platineurs », des « équipeurs », des « ciseleurs », des «faiseurs de bois», des «monteurs», qui, de processus en processus, le transforment en arme parfaite desti-
LA CLOUTERIE 36l
née à la vente (1). Le travail s'exécute partie en ville, partie dans la banlieue. C'est surtout dans la vallée de la Vesdre, à Chênée, à Trooz, et le long des ruisseaux'qui descendent vers elle des hauteurs du pays de Hervé et du Franchimont,que se groupent les forges des «canonniers» et des «platineurs». Plus délicates, les opérations subséquentes sont confiées aux ouvriers urbains. Si quelques-uns de ceux-ci sont encore, pour la forme, rattachés à certaines corporations de métiers, en réalité, tous les artisans de l'armurerie vivent sous le régime du salariat. Ce sont des travailleurs à domicile, et si les plus expérimentés ou les plus inventifs d'entre eux sont protégés contre le capital par leur habileté même, certains n'ont d'autre recours contre son exploitation, que celui de la grève. Quant aux patrons, plusieurs d'entre eux, à la fin du xvill^ siècle, apparaissent comme de grands manufacturiers. Tel, par exemple, ce Gossuin, dont les ouvriers se comptent par centaines, et que nous verrons plus tard en déchaîner la violence au profit de la Révolution.
La perfection de l'industrie liégeoise lui a assuré, dès le XYll*^ siècle, un marché de plus en plus étendu. L'institution du « banc d'épreuve », établi par la ville en 1672 (2), garantit la solidité de ses fabricats, que recommandent d'autre part leur élégance et leur bon marché. Dès le commencement du XVIII^ siècle, elle approvisionne de fusils et de baïonnettes, les troupes de l'Électeur de Bavière, celles de l'empereur, celles du roi de Prusse. Ce sont des armuriers liégeois que Frédéric- Guillaume appelle à la fabrique d'armes fondée par lui à Spandau (3). En 1788, les fabricants d'armes de Saint-Étienne reconnaissant la supériorité de Liège, l'attribuaient à la liberté dont y jouissait l'organisation industrielle (4).
Beaucoup moins ancienne que l'armurerie, la clouterie s'est
(1) St. Bormansr Ordonnances, t. I, p. 292, 29ô, 297. Cf. Gobert, Les rues de Liège, t. I, p. 55; t. II, p. 275, 545.
(2) St. Bormans, Ordonnances, t. Ili, p. 365. A. Polain, Recherches historiques sur l'épreuve des armes à feu au pays de Liège (2^ édit., Liège, 1891).
(3) D.-D.Btouvf&Ts,Bulletinde l'Institut archéologique liégeois, {.\\.\V{1905).
(4) R. Masson, Un type de réglementation commerciale au XVII' siècle. Vierteljahrschrift fur Social and Wirtschaftsgeschichte, t. VII [1909], p. 291.
largement développée à côté d'elle depuis le XVI* siècle. Elle possède deux foyers principaux : l'un dans l'Entre-Sambre-et- Meuse, l'autre autour de Liège. Le premier, encerclé par les douanes autrichiennes et françaises qui imposent à ses produits, depuis le commencement du XVIII* siècle, des droits prohibitifs, n'a pu, malgré quelques édits rendus en sa faveur et l'excellence de la fonte provenant des hauts fourneaux de la région, soutenir son activité. Le second, au contraire, auquel les chantiers maritimes de la Hollande fournissent un marché rémunérateur, s'est développé sans interruption. Il absorbe presque tout le fer du Luxembourg. Son organisation, comme pour l'armurerie, est strictement celle que le capitalisme fait à l'industrie à domicile. Des intermédiaires, appelés « marchottais », contractent à forfait avec les marchands, en reçoivent la matière première et la répartissent entre les ouvriers. La condition de ceux-ci, qu'ils soient maîtres de forges ou compagnons, apparaît aussi misérable que celle des tisserands de toile flamands. Leur salaire n'est pas seulement avili par la nécessité de réduire les frais de la main-d'œuvre au minimum pour pouvoir lutter contre la concurrence de l'étranger, il l'est encore par la concurrence des marchands entre eux. La liberté illimitée de l'industrie entraîne de telles conséquences que, dès avant le milieu du xvill" siècle, il faut prendre des mesures pour la restreindre. Des ordonnances suppriment l'embauchage obligatoire par les « marchottais », prohibent l'emploi d'ouvriers étrangers et interdisent les abus les plus criants auxquels donne lieu le régime des salaires (1). Plus intéressant encore est, en 1743, un essai de mettre en rapports directs et, s'il se peut, en harmonie le groupe des capitalistes et celui des travailleurs, en organisant les premiers en société et en constituant la masse prolétarienne des seconds en une « compagnie » ou « métier » s'étendant à la cité comme aux villages des alentours (2). Il semble bien du reste que ces tentatives n'aient pas abouti. La misère dans laquelle végètent, en dépit d'un labeur
(1) St. Bormans, Ordonnances, 1. 1, p. 525, 660, 730.
(2) Ibid., t. 1, p. 798.
LA DKAPERIE VERVIÉTOISE 363
acharné, les cloutiers à domicile qui subsistent encore de nos jours dans la vallée de la Vesdre, permet d'apprécier celle de leurs ancêtres d'il y a cent cinquante ans.
En passant de la région de Liège à celle de Verviers, on aborde le domaine d'une industrie qui, si différente qu'elle soit de celles que l'on vient de passer en revue, s'y apparente pourtant de»' très près par ses caractères sociaux. Les origines obscures de la draperie verviétoise remontent au xv siècle. Contrariée durant longtemps par la jalousie des drapiers privilégiés de la capitale, elle a dû attendre pour s'épanouir que la décadence de l'économie urbaine, paralysant l'influence des métiers, cessât de restreindre sa liberté. Dès le commencement du XVIP siècle, elle ne se contente plus de mettre en œuvre les toisons grossières des moutons ardennais. Ses marchands vont s'approvisionner de laine d'Espagne aux ports des Provinces-Unies et aussitôt cherchent à rivaliser avec les manufactures de Leyde dans la fabrication des draps fins. Les apprentis qu'ils envoient s'y former y apprennent l'art des apprêts et l'acclimatent aux bords de la Vesdre (1). Eaquelques années les Verviétois rivalisent avec leurs maîtres au point de les effrayer et de leur faire réclamer des mesures protectrices contre cette concurrence inattendue (2). Mais le mouvement commencé ne s'arrête plus.
Si son éloignement de la mer et l'absence de bonnes routes obligent Verviers à se procurer la laine à grands frais, il rachète cet inconvénient par de précieux avantages : les
(1) Les sayes et " rosettes « que l'on envoyé de Liège à Leyde en 1618, pour y recevoir les apprêts, sont évidemment des produits verviétois. N.-W. Posthumus, Bronnen tôt de geschiedenis van de Leidsche Textielnijverheid, t. IV, p. 91 et suiv. (La Haye, 1914). En 1638, on cite des draps de Verviers tissés en laine de Ségovie, entrant dans les Provinces-Unies {Ibid., p. 349). En 1636 et en 1637 des enfants - liégeois <•, c'est-à-dire du pays de Liège et certainement verviétois, sont en apprentissage à Leyde (Ibid., p. 37, 325). Sur les rapports des drapiers verviétois avec la Hollande, voy. encore Delcour van Crimpen, De familie Delcour (1917).
(2) Voy. une supplique des drapiers de Leyde en 1647, constatant que Verviers, ainsi qu'Eupen, Borcette, Dalem, etc., qui ne fabriquaient jadis que des ■' grove lakenen « font maintenant des draps fins avec de la laine d'Espagne qu'ils achètent en Hollande et lesenvoyent dans la République, où ils les font teindre et les vendent sous le nom de draps de Leyde. Posthumus, toc. cit., p. 462. Il est intéressant de
propriétés calcaires des eaux de la Vesdre, l'abondance du combustible grâce à la proximité des houillères et surtout le bon marché de la main-d'œuvre. Le bourg prend une telle importance qu'il est érigé en ville en 1651. Sa population grandit sans cesse, et à masure qu'elle augmente elle répand plus largement son activité au dehors. Toute la contrée qui l'entoure s'industrialise. Des deux côtés de la frontière qui toute proche sépare le pays de Liège du Limbourg, les femmes filent la laine, et le battement des métiers à tisser se fait entendre toujours plus loin dans le silence de la campagne (1). Pour la ville, c'est un fouillis d'ateliers, de fouleries, de fonderies, de teintureries, de magasins. Sa jeune bourgeoisie ne se compose que de manufacturiers, dont toutes les ressources sont absorbées dans leurs entreprises et ne possédant ni rentes, ni biens-fonds (2). Sous elle, peine du matin au soir un prolétariat industriel spécialisé dans les opérations multiples exigées par la préparation de la laine et l'apprêt des étoffes. Rien ici qui rappelle ces corporations de métiers qui se survivent dans les vieux.centres urbains. Si, en 1685, on a songé, sans résultat, à répartir les travailleurs en quatorze collèges, c'est tout simplement par des considérations de police et sans le moindre dessein de fournir aux employés une protection contre les employeurs (3). L'originalité de l'industrie verviétoise consiste précisément dans son indépendance complète à l'égard du régime corporatif. Elle est née et elle s'est développée dans la liberté la plus entière (4).
constater, à l'appui de l'influence de Leyde sur le développement de la draperie verviétoise, que, jusqu'à la fin du XVIIl'* siècle, certains fabricants de Verviers appendaient à leurs draps destinés à l'exportation, des plombs portant le mot Leyde. J.-S. Renier, Histoire de l'industrie drapière au pays de Liège et particulièrement dans l'arrondissement de Verviers, p. 38 n (Liège, 1881).
(1) Shaw, Essai sur les Pays-Bas Autrichiens, p. 61 ; Renier, op, cit., p. 284.
(2) Une supplique de 1658 constate que •« tous les bourgeois sont drapiers et n'ont pas de fonds ni de revenus pour subsister autrement que par cette draperie ». M. Huisman, Ballet, de l'Institut arcfièologique liégeois, t. XXIX (1900).
(3) St. Bormans, Ordonnances du pays de Liège, 3e série, t. I, p. 24.
(4) En 1059, P. de la Court, dans son plaidoyer en faveur de la liberté industrielle, Het welvaren van Leiden, p. 73 (La Haye, 1911), cite justement comme exemple Verviers avec d'autres centres drapiers de formation nouvelle comme Eupen et Tilbourg.
LA DRAPERIE VERVIÉTOISE 365
C'est d'elle qu'elle tient la vigueur nécessaire pour vaincre les obstacles que le mercantilisme du gouvernement de Bruxelles et la maladresse du gouvernement liégeois lui ont suscités. Le premier, en effet, s'efforce de développer contre elle la draperie du Limbourg (1), et le^second ne renonce qu'en 1753 à la perception du soixantième qui, taxant à la fois la matière première et les produits, constitue une charge si lourde^que, poury échapper, nombre de fabricants vont s'établir à Hodimont, de l'autre côté de la frontière (2). Les débouchés que le protectionnisme lui ferme vers la France et les Pays-Bas, elle les cherche et les trouve du côté[de l'Allemagne. Jusqu'à la fin du XVIIF siècle, et même au delà, ses marchands fréquentent assidûment la foire de Francfort. En 1715, ils justifient la demande d'obtenir pour leur ville la publication d'un journal, en insistant sur l'intérêt que les nouvelles de l'étranger présentent pour eux, leurs affaires s'étendant à la Hollande, à la Lorraine, à la Westphalie, au Danemark, au Brandebourg, à la Suisse et jusqu'à la Pologne (3).
La suppression du soixantième, puis, à partir de 1756, la paix que le pays de Liège conserva au milieu des troubles de la guerre de Sept ans, augmentèrent encore la prospérité industrielle. Depuis 1763, les étoffes verviétoises paraissent sur les marchés d'Orient et y font concurrence aux draps du Languedoc (4). L'avenir apparaît d'autant plus brillant que les moyens de transport se sont améliorés. La ville, rattachée à Liège par une route pavée en 1767 est reliée en 1780 au transit autrichien (5),
(1) Voy. plus haut, p. 287.
(2) J.-S. Renier, Histoire de l'industrie drapière, p. 59, 62, 284. Cf. Gachard, Ordonnances des Pays-Bas Autrichiens, t. V, p. II. Sur des troubles provoqués par le soixantième auquel les fabricants résistent à main armée en 1722, voy. Detrooz, Histoire du marquisat de Franchimont et particulièrement de la ville de Verviers et de ses fabriques, t. H, p. 62 (Liège, 1809K
(3) M. Huisman, Ballet, de l'Institut archéologique liégeois, t. XXIX (1900).
(4) Ch. Schmidt, Napoléon et les routes balkaniques. Revue de Paris, 15 novembre 1912.
(5)E. Fairon, La chaussée de Liège à Aix-la-Chapelle, loc. cit. Depuis le milieu du XVIIl'' siècle, le gouvernement liégeois prit quelques mesures douanières en faveur de l'industrie verviétoise. Citons, à côté de l'abolition du soixantième en 1753, la libre entrée des laines d'Espagne en 1754. Renier, op. cit., p. 299.
ce qui lui permet de se procurer parOstende la laine qu'elle était forcée jadis de faire venir à grand frais des ports de la Hollande. De grandes fortunes s'y sont constituées. Les hôtels des riches fabricants sont « dignes d'une capitale » (1). La population, en progrès constant, atteint environ 15,000 habitants (2).
L'intensité croissante de la production en centralise de bonne heure les organes. A l'origine, les fabricants n'étaient que de petits entrapreneurs confectionnant annuellement quelques dizaines de pièces de drap. A la campagne, des centaines de tisserands en chambre travaillaient pour le compte des marchands exportateurs. Les apprêts étaient donnés dans des ateliers ou, comme on disait alors, dans des « boutiques » de foulage, de tondage ou de teinture qui apparaissent comme des embryons de fabrique à côté du travail en chambre. Dans le courant du XVIIP siècle, le capitalisme est devenu assez puissant pour achever l'évolution commencée. Le marchand se transforme en fabricant. Il groupe dans de vastes bâtiments toutes les mécaniques et tous les travailleurs servant à l'élaboration complète du drap, depuis le lavage de la laine jusqu'à la « toilette » de l'étoffe (3). La fabrique moderne apparaît et commence à aspirer vers ses ateliers hiérarchisés et à discipliner sous sa direction les travailleurs à domicile. En 1789, on cite un fabricant n'occupant pas moins de 1,000 personnes (4).
(1) Thomassin, Mémoire statistique, p. 142.
(2) Dès 1657, on parle du grand nombre d'étrangers qui viennent s'établir à Verviers. (Bormans, Ordonnances , 2^ série, t. III, p. 251). Même constatation en 1663 pour Ensival. (Ibid., p. 298 . D'après des renseignements puisés aux archives de Verviers, la population était en 1794 de 13,897 habitants. Mais le nombre des habitants ayant fortement diminué pendant les premiers temps de l'occupation française, on peut poser comme certain que vers 1789, il devait dépasser le chiffre de 15,000. D'après Thomassin. {Mémoire statistique, p. 471), on fabriquait annuellement avant 1789, environ 23,000 pièces de drap de 20 mètres de longueur. Mais ce chiffre paraît beaucoup trop bas et il est en contradiction avec les données que le même auteur fournit p. 479 sur la production des métiers.
(3) Un intéressant mémoire de 1760 signale comme un des principaux avantages de la non existence des corporations de métier que " le marchand a la liberté d'avoir les ouvriers chez lui sous ses yeux, pour faire apprêter les draps à son goût - (Renier, Histoire de l'industrie dr aptère, p. 67). Les fabricants ne possédaient pas tous des fabriques. Ceux que l'on appelait •' marchands manufacturiers " se bornaient à faire mettre leur laine en œuvre par des « façonnaires •>.
(4) H. Schlitter, Korresp. Josefs II mit Trantmansdorff, p. 369.
LE Pl^OLÉTARIAT INDUSTRIEL 367
A mesure qu'elle se développe, l'influence patronale devient plus oppressive. Privés, on l'a vu, de toute organisation, les ouvriers que la ville attire vers elle de plus en plus nombreux, en sont réduits à vivre sous un régime de contrats individuels, libres en apparence, déterminés en réalité par les intérêts de l'employeur. L'abondance des bras permet de réduire à un taux infime le salaire d'une journée de travail qui commence à 5 heures du matin pour cesser à 8 heures du soir (1). Encore ce misérable salaire est-il soumis à quantité d'abus, dont le plus criant est le droit que les patrons se réservent de fixer eux-mêmes la valeur des monnaies servant au paiement (2). Aussi, la misère des ouvriers est-elle lamentable. Ils habitent de sordides logements, où il n'est pas rare de rencontrer jusqu'à six personnes dans une seule chambre (3).
Une semblable détresse n'amasse pas seulement la colère au fond de leurs coeurs ; bientôt elle les pousse à la protestation, puis à la résistance. Pour se protéger contre la concurrence des nouveaux venus qui sur le marché du travail leur disputent les moyens de vivre, ils prétendent imposer aux patrons l'interdiction d'embaucher des étrangers ou du moins de les soumettre tout d'abord aux formalités de l'apprentissage. Ils se groupent en compagnonnages, unissant tous les membres d'un même métier sans distinction d'ateliers, correspondant avec les « frères » des localités drapières du Limbourg, exigeant de leurs membres des cotisations destinées à secourir les plus pauvres d'entre eux ou à subvenir aux frais des procès qu'ils intentent ou qui leur sont intentés (4). Mais leur arme la plus redoutable et le plus fréquemment employée est la grève. Celle des tondeurs en 1759, jette une lumière crue
(1) Renier, op. cit., p. 296.
(2) Renier, op. cit., p. 61, 64, 65; G. N[autet], Notices historiques sur le pays de Liège, t. III, p. 126 (Verviers, 1859).
(3) Archives de Verviers, Registres des délibérations du Conseil en 1794 : Moyens d'encourager la construction de maisons d'ouvriers proposés au magistrat par M. G. Godart, bourgmestre régent.
(4) Voy. dans Renier, op. cit., p. 304 et suiv. le règlement de la •' confraternité " des tondeurs de Verviers, Ensival, Hodimont et Francomont. Elle est associée aux « frères '• de Néau (Eupen).
sur l'antagonisme qui oppose, dès lors, l'un à l'autre, le capital et le travail. Soigneusement préparée, elle ne dura pas moins de quarante jours. Aux grévistes, dirigés par d'anciens soldats, les fabricants répondirent par un lock-out, le plus ancien sans doute que connaisse l'histoire industrielle de la Belgique. Vingtquatre d'entre eux s'engagèrent, sous peine d'amende, à ne rouvrir leurs ateliers que de commun accord (1).
La gravité de ces conflits attira nécessairement l'attention des pouvoirs publics. Le Conseil Privé de l'évêque interpose son arbitrage entre les parties. Il ne cache pas sa sollicitude pour les ouvriers souffrant d'abus trop réels (2), L'influence des patrons, toutefois, était trop grande et lui-même trop dépourvu d'autorité pour que ses tentatives aboutissent. Il ne parvint pas à imposer à Verviers, comme Marie-Thérèse le fit à Hodimont, dès 1743, un conseil d'arbitrage composé de marchands et de « garçons » (3). La liberté industrielle demeura intacte, et avec elle se perpétua l'état de guerre entre les contractants qu'elle se bornait à mettre en présence en s'interdisant de protéger le plus faible contre le plus fort (4). Toutefois, les « classes dirigeantes » se préoccupèrent d'atténuer ce qu'elles considéraient comme un mal nécessaire. Sans toucher à l'organisation économique, elles cherchèrent dans des mesures de philanthropie administrative à améliorer une situation dont elles souffraient elles-mêmes. La question de l'habitation attira tout d'abord leur sollicitude. En 1794, le conseil communal de Verviers étudiait un plan de construc-
(1) Voir sur cette grève Detrooz, Histoire du marquisat de Franchimont et particulièrement de la ville de Verviers et de ses fabriques, t. II, p. 69 (Liège, 1809); G. N[autet], Notices historiques sur le pays de Liège, t. III, p. 124 et suiv. Sur une autre grève en 1746, cf. ibid., p. 44; sur une autre en 1781, Renier, op. cit., p. 70.
(2) Bormans, Ordonnances, 3« série, t. II, p. 414, abolition du truck-system.
(3) Gachard, Ordonnances des Pays-Bas Autrichiens, t. V, p. 573.
(4) Le 3 septembre 1759, l'évêque déclare " que les marchands fabricants ont la liberté de convenir avec les tondeurs et les ouvriers et respectivement ceux ci avec ceux-là, du prix de leur journée ". Bormans, Ordonnances, toc. cit., p. 415. Cf. L. Dechesne, L'avènement du régime syndical à Verviers, p. 51 et suiv. (Paris, 1908).