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LA POLITIQUE HOLLANDAISE

ennemis mesme » (1). Rien d'étonnant si à Madrid les esprits les plus clairvoyants, convaincus que la monarchie ne pourra jamais plus défendre les Pays-Bas, voudraient les céder à la France en échange du Roussillon et de la Cerdagne.

Mais cette éventualité, les Hollandais et Jean De Witt sont décidés à l'écarter à tout prix. 11 faut que ce qui subsiste de la Belgique reste à l'Espagne pour protéger les Provinces-Unies. A tout le moins, doit-on essayer d'amener Louis XIV à reprendre l'idée de l'État tampon suggérée par Richelieu et Mazarin. En 1669, La Haye renoua sur ce thème des pourparlers avec Versailles qui traînèrent jusqu'à l'année suivante. Mais il était impossible qu'ils aboutissent. Le roi conservait intactes les prétentions qu'il avait émises au nom de Marie- Thérèse à la possession des Pays-Bas. On s'indignait à Versailles de l'outrecuidance des marchands d'Amsterdam qui laissaient trop voir que la fermeture de l'Escaut leur tenait seule à cœur et qu'à leur yeux elle devait « décider de la succession de la reine et armer l'Angleterre, la Suède et les princes de l'Empire » (2). Et en parlant ainsi Pomponne avait raison. Les Hollandais, en effet, ne songeaient pas le moins du monde à une véritable neutralité de la Belgique. Le rôle qu'ils lui assignaient était simplement celui d'un matelas dans lequel viendraient s'amortir les coups de la France.

Pendant que Jean De Witt travaillait à conjurer l'annexion des Pays-Bas catholiques, Louis XIV, par une sorte de mouvement tournant de sa diplomatie, isolait la Hollande. 11 avait résolu de châtier les insolents bourgeois qui s'étaient permis de l'arrêter au cours de ses conquêtes et qui traitaient avec lui de puissance à puissance. Au surplus, la défaite des

(1) L. Devillers, Inventaire analytique des archives des États de Hainaut, t. II, p. 203.

(2) R. DoUot. Les origines de la neutralité de la Belgique, p. 194.

26 jusqu'à la mort de CHARLES II

Provinces-Unies ne lui donnerait-elle pas infailliblement la possession tant désirée de la Belgique ? Gomment l'Espagne pourra-t-elle encore songer à la défendre quand elle verra les armées françaises, déjà si formidablement installées sur la frontière du Sud, apparaître au Nord sur les lignes du Waal ?

Depuis 1670, le Cabinet de Versailles prélude à la guerre par des négociations menées avec une habileté consommée. Il détache des États-Généraux et retourne contre eux l'Angleterre et la Suède, s'assure de la neutralité de l'empereur et, par l'alliance de l'électeur Maximilien-Henri de Bavière, archevêque de Cologne et évêque de Liège, se fait ouvrir le couloir de la Meuse et du Rhin, qui permettra à l'invasion de prendre à revers les Provinces-Unies en côtoyant la Belgique sur laquelle on ne se rabattra qu'après la victoire. Jean De Witt voyant avec angoisse se dérober les auxiliaires qu'il croyait s'être assurés, est contraint de lier partie avec l'Espagne.

Justement un nouveau gouverneur, don Juan de'Cuniga y Fonseca, comte de Monterey, vient de remplacer à Bruxelles l'incapable commandeur de Castille. Deuxième fils de don Louis de Haro, le négociateur du traité des Pyrénées, ce jeune homme de vingt et un ans est pénétré du souvenir de la grandeur espagnole et décidé à faire son devoir. 11 supprime toutes les dépenses inutiles et lui-même, donnant l'exemple de l'économie, se contente du train le plus modeste (1). Tout ce qui reste des finances est affecté aux fortifications de Bruxelles et de Mons où, depuis la fin de 1671, cinq cents paysans travaillent par corvées durant cinq mois (2). A l'extérieur, il s'efforce, malgré l'insuccès de ses prédécesseurs, de se concilier l'Empire : à partir de son gouvernement

(1) Le nonce Pallavicino remarque qu'il vit à Bruxelles avec " una straordinaria modestia e senza lusso. " Bijdragen en meedeleelingen van het Hist. Genootschap te Utrecht, t. XXXII [1911 1, p. 82. En 1671 Seignelay dit de lui : " Il paye les gens de guerre et empêche par ce moyen les vols qui estoient si ordinaires et au lieu que les autres gouverneurs tournoient tout à leur profit, il fait voir l'emploi de l'argent qui lui revient entre les mains, etc. -. P. Clément, Lettres de Colbert, t. III, 2e partie, p. 296 (Paris, 1865).

(2) L. Devillers, Inventaire analytique des archives des États de Hainaut, t. II, p. 208.

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