LA GUERRE DE HOLLANDE
le Cercle de Bourgogne aura un député permanent à Ratisbonne, le conseiller Louis de Neuveforge, puis son fils (1). Mais il compte surtout sur Jean De Witt. 11 l'avertit dès 1670 de ce qu'il sait des projets du roi (2), s'entend avec lui pour fermer au commerce français les Pays-Bas comme les Provinces-Unies et, malgré les intrigues de ses ennemis à Madrid, Castel Rodrigo et le commandeur de Castille, fait si bien que, grâce à l'appui de son oncle, l'archevêque de Tolède, don Pascal d'Aragon, et de son bcBU-père, le comte d'Ayola, il parvient à décider la régente, gagnée par son énergie et convaincue enfin que dans les circonstances présentes une timide abstention amènera infailliblement la perte de la Belgique, à signer, le 17 décembre 1671, une alliance défensive avec la République. Malheureusement le désarroi des finances est plus grand que jamais. Monterey est si pauvre qu'il doit écrire à de Neuveforge « d'esquiver doucement de se déclarer, si on lui parle à Ratisbonne des contributions à fournir par le Cercle de Bourgogne» (3), et qu'au lieu des 10,000 soldats qu'il a promis aux États-Généraux de leur envoyer, il ne peut fournir que 3,000 hommes de cavalerie.
L'invasion foudroyante des Provinces-Unies par Louis XIV, dont les troupes franchissent, le 12 juin 1672, cet Yssel qui avait jadis si victorieusement défié les efforts de Spinola, renversa d'un seul coup la situation. Les Hollandais affolés offrent au roi : Maestricht, les villes du Rhin, le Brabant septentrional. S'il avait accepté, c'en était fait de la Belgique, tournée et prise à revers. Soit orgueil, soit mépris pour la République, il refusa, et ce refus suscita aussitôt contre lui le terrible adversaire qui dès lors s'acharna à sa'perte. Le 8 juillet les États- Généraux proclament Guillaume 111 stadhouder de la République; le 20 août, la populace de La Haye massacre, dans un sursaut de fureur, Jean^ De Witt et son frère.
Cependant l'ouverture des| écluses a mis la Hollande à
{1)^810 graphie Nationale, t. V, col. 302.
(2) Fruin-Japikse, Brieven van Jan De Witt, t. IV, p. 60.
(3) E. de Borchgraeve, Histoire des rapports de droit public, etc., p. 294,
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l'abri. L'élan des Français est brisé. Ils s'arrêtent étonnés devant la masse des eaux. Guillaume conçoit le projet d'en finir avec eux et de les couper de leur base d'opération. En novembre, il se met en route à travers les Pays-Bas, espérant emporter Charleroi et s'y établir. Monterey lui envoie, sous le commandement de Marsin, les quelques bataillons dont il peut disposer. Il fait dire des prières publiques pour le succès de l'entreprise, au grand dépit de Louis XIV, qui « croyait d'être la terreur de l'Europe » (1). La belle défense de Montai obligea d'ailleurs Guillaume à battre en retraite, laissant Monterey irrémédiablement compromis aux yeux du roi. Se voyant déjà entraînée dans la guerre, la cour de Madrid désavoua timidement le gouverneur. Ce fut une humiliation inutile. Louis XIV ne voulait pas s'embarrasser d'un nouvel ennemi avant d'en avoir fini avec les Hollandais. Il se contenta, l'année suivante (1673), de diriger par la Belgique les troupes qu'il destinait au siège de Maestricht. Elles pillèrent le pays sur leur passage, terrorisèrent Bruxelles, mais n'attaquèrent pas.
A peine Maestricht avait-il capitulé (2 juillet 1673) que la guerre devenait générale. Au mois d'août, l'empereur et l'Espagne s'alliaient' contre la France aux Provinces-Unies. Moyennant un subside de 8,000 hommes, l'Espagne devait reconquérir tous les territoires cédés par elle depuis le traité des Pyrénées, plus Maestricht promis par les États-Généraux. En revanche ceux-ci, préludant quarante ans d'avance au traité de la Barrière, se faisaient reconnaître le droit d'occuper les principaux points stratégiques des Pays- Bas (2). Le 16 octobre, Monterey déclarait la guerre à la France au nom de la régente.
Les opérations ne se déroulèrent pourtant pas tout de suite dans la Belgique. L'effort de la campagne se concentra sur le Rhin que Montecuculli cherchait à passer en face de Turenne. Il y parvint au mois de novembre. Menacés à leur droite, les
(1) Lettres de Saint-Maurice, Revue de Paris, V^ septembre 1912, p. 155.
(2) Dumont, Corps diplomatique, t. VII, pe partie, p. 240.