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LA GUERRE DE

Français, au printemps de 1674, se replient sur la Sambre, y transportant avec eux le théâtre de la guerre. Le prince d'Orange, renforcé des régiments impériaux que de Souches lui a amenés par le pays de Liège, veut leur passer sur le corps et marcher vers Paris. Mais Condé l'arrête à la sanglante bataille de Fayt lez-Manage (ou de Seneffe, 11 août 1674), puis, après lui avoir fait lever le siège d'Audenarde, le contraint à se rejeter sur la Hollande.

Il y arriva plein de dépit contre les Espagnols et indigné de l'orgueil de Monterey qui, malgré la faiblesse ridicule de ses effectifs, avait prétendu, comme lieutenant du roi catholique, agir avec lui d'égal à égal, et plutôt que de se subordonner à ses ordres s'était abstenu ;de prendre part à l'affaire de Fayt. Les ennemis du gouverneur en profitèrent pour demander son rappel.

Il fut remplacé par le général de la cavalerie aux Pays-Bas, don Carlos de Gurrea Aragon y Borja, duc de Villa Hermosa, comte de Luna et Picallo. Ce changement de personne ne pouvait rien changer à la situation. Elle resta sous Villa Hermosa ce qu'elle avait été sous Monterey, ou plutôt elle devint pire encore. Ne recevant aucun renfort, l'armée fond de jour en jour. En 1675, c'est tout au plus si, défalcation faite des garnisons indispensables à la surveillance des places fortes, elle peut mettre 6,000 hommes en campagne. Le duc a beau envoyer Bergeyck à Madrid représenter au roi, « les larmes aux yeux » (1), le dénuement des troupes, rien n'arrive que de bonnes paroles et une lettre de la reine demandant qu'on lui expédie de Flandre « des oiseaux canariens qui sifflent et chantent musique » (2). Les Hollandais ne cachent plus leur dédain pour un allié sans ressources, ils le traitent désormais en quantité négligeable. Villa Hermosa accuse le prince d'Orange de n'agir que « pour ses fins particulières' et sans égards aux intérêts de la cause commune » (3). Les rapports avec lui iront s'envenimant sans cesse jusqu'à la fin de la

(1) Gachard, LesbibliothèquesdeMadridetdel'Escurial,p. 348 (Bruxelles, 1875).

(2) Ibid., p. 350.

(3) Ibid., p. 368.

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guerre et contribueront pour une bonne part aux succès de Louis XIV.

Dès 1675, les Français reprennent décidément l'avantage. Pendant que Turenne combat Montecuculli en Allemagne, le comte d'Estrades, commandant de Maestricht, s'empare de la citadelle de Liège. C'est que les opérations porteront cette fois sur la vallée de la Meuse afin de couper les Pays-Bas de l'Empire et de les isoler. Accompagné de Condé, le roi s'ébranle au mois de mai. Ses flanqueurs reprennent aux impériaux Huy et Dinant qu'ils ont occupés l'année précédente; lui-même avec le gros de l'armée s'avance sur Visé. Après un arrêt consacré au siège et à la prise de Limbourg (21 juin), il continue sa marche lente et majestueuse par Tongres, Saint-Trond, Tirlemont et Charleroi, observé de loin par le prince d'Orange qui n'ose l'aborder. Il repartit pour Versailles à la fin de juillet, laissant derrière lui un large sillon d'incendies et de pillages à travers la Hesbaye et le Brabant. Au commencement d'octobre, les garnisons de Lille et d'Audenarde entreprirent un grand fourrage dans le pays de Waes, où elles brûlèrent plus de 200 maisons et châteaux « et les plus beaux villages qui fussent au monde » (1).

L'objectif de la campagne suivante, inspirée par Vauban, fut de constituer à la France du côté des Pays-Bas, une frontière impénétrable. On y préluda par une nouvelle incursion dans le pays de Waes, qui dut payer une contribution de 900,000 florins, et par des mouvements de troupes de la mer à la Lys et de la Sambre à la Moselle. Les Espagnols donnèrent dans le piège qu'on leur tendait. Ils dégarnirent les places de l'Escaut. C'est sur elles que le coup devait tomber. Le 17 avril, Condé est assiégé et capitule le 26. Puis c'est au tour de Bouchain d'ouvrir ses portes. Orange s'avança jusqu'à Denain, en vue des Français. Mais ni lui, ni le roi n'osèrent affronter les chances d'une bataille rangée, et il se retira pour investir Maestricht, à la grande indignation des Espagnols qui eussent voulu l'employer à la défense de leurs places. Le

(I) C. Rousset, Histoire de Louvois, t. II, p. 194.

LA GUERRE DE 1673-1678 3l

31 juillet Aire battit la chamade après une pluie de boulets dont Louvois fut émerveillé. Cet admirateur de la guerre à la manière forte y contracta la passion du bombardement « qui détruit une ville en trois jours ou oblige une bourgeoisie à se révolter » (1). Aire emportée, le maréchal de Schomberg marcha vers Maestricht, poussant devant lui les faibles régiments de Villa Hermosa, et obligea Guillaume à décamper.

L'hiver n'était pas fini que les Français, à la stupeur et à l'admiration de l'ennemi, se remettaient en mouvement. Valenciennes capitule le 17 mars, puis Cambrai et Saint-Omer, investis en même temps, se rendent, le premier le 17 avril, le second le 19, Guillaume d'Orange, accouru à leur rescousse, se fait battre à Cassel (11 lavril 1677). Mais ses échecs en se multipliant ne font qu'augmenter sa ténacité. Il ramène ses troupes devant Charleroi, dont le maréchal de Luxembourg lui fait lever le siège (14 août).

Commencée en plein hiver comme la précédente, la campagne de 1678 fut plus foudroyante encore. Le 10 décembre Saint-Ghislain est pris, puis Gand (4 à 12 mars) et Ypres (18-25 mars) subissent le même sort. Autour de Maestricht, la garnison soumet le Limbourg à des contributions impitoyables. Louvois entend que l'on .n'ait aucun ménagement : «on me mande souvent, écrit-il au gouverneur, que'l'on a brûlé dans un tel village, mais ce n'est pas là ce qu'il faut pour faire réussir la contribution : il faut brûler les villages entiers » (2). Ainsi chapitré, M. de Calvo s'enhardit. Il pousse des partis jusqu'en Brabant et, dans la nuit du 3 au 4 mai, fait surprendre Léau par 600 dragons. L'année s'acheva par le blocus de Mons, seule ville qui tînt encore dans le Hainaut, tellement ravagé par les troupes « qu'il n'y reste plus rien d'entier » (3).

Ces étonnants succès ont enfin, sauf le prince d'Orange, découragé les alliés. Les Provinces-Unies sont fatiguées d'une

(1) U. Rousset, Histoire de Louvois, t. I, p. 240.

(2) Ibid., t. II, p. 498.

(3) L. Devillers, Inventaire analytique des archives dés États de Hainaut^ U II.^p. 223.

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guerre ruineuse. L'Espagne épuisée ne demande que la paix. Elle est pleine de rancune contre les Hollandais qui ont continuellement sacrifié ses intérêts aux leurs. Personne ne peut se faire illusion sur leurs desseins dans les Pays-Bas. « Leur politique, écrit Bergeyck, est de nous conserver à leur bienséance tant seulement, et dans un état si raccourci que nous ne soyons capables de leur donner jalousie ni mesme de participer tant soit peu au commerce, trafic, navigation et manufactures » (1). Durant les dernières années leurs troupes se sont rendues aussi odieuses que celles des ennemis, par leurs insultes contre les églises catholiques. Nul doute que, s'il faut choisir entre la République et la France, la religion ne fasse pencher les Belges en faveur de celle-ci (2).

La paix fut enfin signée à Nimègue le 10 août 1678 (3) entre le roi de France et les Provinces-Unies, à la grande fureur de Guillaume III qui, le 14, ne put résister à la tentation d'une victoire in extremis et attaqua devant Mons les lignes du maréchal de Luxembourg u'il ne parvint pas à faire plier. Louis XIV rendait Maestricht aux Hollandais, et cinq semaines plus tard, le 17 septembre, il s'arrangeait avec l'Espagne qui lui abandonnait outre la Franche-Comté, une nouvelle tranche des Pays-Bas (4). La France renonçait à quelques-uns des postes avancés qu'elle s'était fait attribuer, en 1668, à Aixla-Chapelle. Mais si elle évacuait Courtrai, Audenarde, Binche et Charleroi, elle obtenait par la possession de Valenciennes, de Bouchain, de Condé, de Cambrai, d'Aire, de Saint-Omer, d'Ypres,! de Warneton, de Poperinghe, de Bailleul, de Casse], de Bavai et de Maubeuge une frontière continue et d'une admirable régularité. Le traité qu'elle conclut le 5 février 1679 avec l'Empire (5) augmenta encore sa situation en Belgique. Le duché de Bouillon, fief liégeois, occupé par la maison de

( 1) Qachard, Bibliothèques de Madrid et de l'Escurial, p. 353.

(2) Ibid., p. 383. Cf Ballet, de la Comm. roy. d'Histoire, 3« série, t. VI [1864], p. 44.

(3) Vast, Les grands traités du règne de Louis XIV, t. II, p. 53.

(4) Ibid., p. 79.

(5) Ibid., p. 100.

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