‹ Histoire de Belgique (volume 2)Chapitre 121 sur 218 · OPPOSITION DES ÉTATS · texte numérisé non relu

OPPOSITION DES ÉTATS

par l'affirmation formelle de son droit d'y consentir. Toute transaction était impossible. Il fallait que l'un des deux adversaires cédât devant l'autre. On ne pouvait s'attendre à ce que ce fût Joseph II. Il n'envoya de Vienne, au lieu de réponse, qu'une série d'ordonnances achevant de préciser et d'organiser en détail le nouveau système de gouvernement.

Mais son obstination ne fait que renforcer celle des États. Menacé de suppression par les projets de l'empereur, le Conseil de Brabant se joint à eux. Pour lui aussi, la Joyeuse- Entrée est une « loi fondamentale ». Jadis, il l'a invoquée contre l'Église en faveur du prince, il va maintenant y recourir contre le prince en faveur du pays. Le 29 mars, il supplie les gouverneurs de ne pas le mettre, en le forçant à publier les édits, dans l'alternative de violer sa conscience ou la constitution (1). La plus haute autorité judiciaire justifie donc la résistance légale de la nation. Les États iront jusqu'au bout» La Joyeuse-Entrée leur donne une arme terrible contre le souverain : le refus de l'impôt. Depuis le XVI« siècle on n'y a plus eu recours. S'en servir, c'est paralyser toute la vie publique et la plonger dans l'anarchie. Qu'y faire? Pousser le droit aux extrêmes est moins coupable que violer le droit comme le fait l'empereur. Le 19 avril, le pas décisif est franchi. Les États protestent que « le cri de notre conscience ne nous permet pas de porter notre consentement à la continuation ordinaire des impôts, aussi longtemps que les infractions faites à la Joyeuse-Entrée ne seront pas redressées » (2). L'anarchie financière s'aggrave aussitôt de l'anarchie judiciaire, car le Conseil de Brabant, par intérêt et par conviction, s'associe à la cause des États. Le 20 avril, il décrète que ses membres ne pourront entrer dans le nouveau Conseil de justice avant qu'il ne soit lui-même « légalement » supprimé. C'est taxer publiquement d'illégalité les décisions impériales, et aussitôt le Conseil de Hainaut, encouragé par cette déclaration, refuse de collaborer à l'établissement du tribunal de

(1) Feller, Recueil des représentations, 3" partie du !«' recueil, p. 26;

(2) Ibid., l'e partie du Ip»" recueil, p. 108. - '; -- -

première instance de Mons. Le barreau se solidarise avec lui. Tous les avocats auxquels le gouvernement offre un siège de juge repoussent ses avances (1).

L'opposition des corps constitués serait sans force si elle n'était soutenue par la foule. Mais la foule ne demande qu'à agir. Souffrant de la crise économique qui sévit depuis deux ans, excitée par les sermons des moines et des curés dont l'audace s'enhardit au milieu du mécontentement général, elle se laisse entraîner par les meneurs qui la travaillent. Justement, l'autorité militaire vient de faire arrêter et conduire à Vienne (29 mars) un certain de Hondt, compromis dans une affaire assez louche de malversations. Cette illégalité, qui eût passé inaperçue en d'autres temps, devient un crime odieux contre les droits du peuple. Une protestation grandiloquente, rédigée avec tout le pathos et la rhétorique sensible et vertueuse de l'époque, est remise à la femme de la victime. Elle l'envoie aux États, et voilà Bruxelles débordant de colère et d'indignation (2). Les syndics des « nations », exaspérés par la suppression projetée des corporations de métiers, saisissent avec joie l'occasion de reprendre une influence qu'ils ont perdue depuis l'époque d'Anneessens. Grands et petits bourgeois, noblesse, clergé, magistrats, avocats, ceux-ci dirigeants, ceux-là dirigés, marchent ensemble au même but. Une grande manifestation se prépare.

Elle s'ouvrit le 23 avril par un discours retentissant du comte de Limminghe à l'assemblée des États. Ce n'est pas aux Brabançons, c'est à tous les Belges qu'il s'adresse en des termes oii l'enflure tient lieu d'éloquence, mais qui n'en vibrent pas moins d'un sentiment sincère et profond (3). Les États ne siègent-ils pas dans la salle même où durant tant de siècles « la destinée des Belges a été constamment arrangée et décidée en tout ce qui tient à leur gouvernement national?... N'est-ce

(1) A.-J. Paridaens, Journal historique, éd., A. Wins, t. I, p. 14 (Mons 1903).

(2) Feller, Recueil des représentations, 2» partie du 1^' recueil, p. 99. Cf. Ibid., p. 72, 81, et l'^e partie p. 3, 118, 199; 4» partie, p, 187 et suiv.

(3) Ibid., ire partie du 1er recueil, p. XVII,

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