‹ Histoire de Belgique (volume 2)Chapitre 122 sur 218 · VAN DER NOOT · texte numérisé non relu

VAN DER NOOT

pas ici que se sont terminés en quelque sorte et anéantis tous les règnes des ducs, rois, empereurs, souverains des Pays- Bas ; que leur destin de mort a été légalement consigné pour y obtenir une espèce de résurrection ou de continuation de puissance en faveur de leurs héritiers » ? Et après avoir affirmé ainsi que la souveraineté n'est qu'une délégation faite au prince par la nation, il énumère longuement les outrages que vient de lui infliger le despotisme d'une « cour lointaine et étrangère à nos intérêts » : outrages à la religion, à la piété, à la liberté, aux lois les plus sacrées, à la propriété elle-même. Pêle-mêle, aux griefs réels s'ajoutent des griefs imaginaires, aux projets connus, les projets soupçonnés, et ce long réquisitoire aboutit enfin à un cri de désespoir plus significatif qu'un appel aux armes. « Il nous reste un vœu : c'est la stérilité de nos épouses et de nos filles, et que la nation finisse avec son bonheur. Beatae stériles et ventres qui non genuerunt. »

Au comte de Limminghe succéda l'avocat van der Noot. Le « Mémoire sur les droits du peuple brabançon et les atteintes y portées » (I) qu'il fit parvenir aux États, est un long factum, verbeux, incorrect, mal écrit et pédantesque, mais dont les filandreuses considérations devaient avoir un effet plus durable que l'emphase du grand seigneur. Conservateur étroit, ennemi des « philosophes », défenseur rogue et insolent des privilèges, van der Noot n'envisage que sa province et se plaît avec une cuistrerie agaçante à en exposer les prérogatives. Pour lui, l'empereur se rapetisse aux proportions d'un duc de Brabant. Il est lié vis-à-vis des États, représentants du peuple, par un « contrat synallagmatique ». Sous la plume de cet avocat, l'ampleur du conflit constitutionnel semble n'être plus qu'une contestation d'intérêts entre deux particuliers. Mais justement cette étroitesse de vue correspondait à celle de la petite bourgeoisie ameutée par les syndics des « nations ». Van der Noot apparut dès ce jour-là comme son leader^ et il n'est pas jusqu'à son manque d'élan et d'éloquence qui ne

(1) Feller, Recueil des représentations, 4* partie du 1«' recueil, p. 129.

l'appropriât admirablement à conduire un parti d'artisans bornés, égoïstes et dont les vues ne portaient pas au delà du cercle honnête et mesquin de leurs familles.

La journée du 23 avril se termina par la remise au magistrat de la ville d'une remontrance des « nations ». On allait jusqu'à y rapporter la stagnation du commerce à la violation de la Joyeuse-Entrée !

Cette agitation, si inquiétante qu'elle fût, ne déplaisait pas tout à fait aux gouverneurs. La responsabilité en pesait tout entière sur l'empereur et son tout puissant ministre plénipotentiaire, le comte de Belgiojoso. Pour eux, confinés dans un rôle purement décoratif, ils n'avaient pas été plus consultés que les États. Et pourtant, ils apparaissaient maintenant comme indispensables ! Belgiojoso, en qui le peuple ne voyait qu'un suppôt du despotisme, eût tout compromis par son intervention. Il s'effaçait devant eux et leur fournissait l'occasion de prouver combien on avait eu tort de les tenir à l'écart. Leur situation, toutefois, était difficile. Ils connaissaient trop bien le caractère de Joseph pour se dissimuler qu'il ne leur pardonnerait pas la moindre velléité d'indépendance. D'autre part, pour s'assurer l'influence qu'ils ambitionnaient, il leur était indispensable de donner des gages à l'opinion. Mais pleins de confiance dans leurs talents politiques, ils se flattèrent de doubler tous les obstacles, et, contentant le peuple sans mécontenter l'empereur, de forcer celui-ci à les débarrasser pour l'avenir de l'humiliante tutelle de son ministre. Un conseiller du nouveau Conseil de gouvernement. Cornet de Grez, esprit modéré, souple, insinuant, l'un de ces hommes habiles pour qui toute la politique consiste en mesures de circonstances et en expédients, s'offrit comme courtier entre eux et les États.

A la fin de la journée du 23 avril, les États avaient envoyé au palais une remontrance résumant tous leurs griefs. Ils persistaient à refuser la continuation des impôts tant qu'ils n'auraient pas satisfaction. Opposant dédaigneusement l'Autriche à la Belgique, ils admettaient que « le régime proposé par l'empereur pût convenir à des peuples longuement op-

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