‹ Histoire de Belgique (volume 2)Chapitre 124 sur 218 · RECULADE DES GOUVERNEURS · texte numérisé non relu

RECULADE DES GOUVERNEURS

Hainaut et le Brabant. Les députés des États de Namur demandaient que l'on convoquât les États pour qu'ils pussent délibérer sur les innovations incompatibles avec le « pacte constitutionnel ». En Flandre, la châtellenie d'Audenarde, la châtellenie d'Alost, les greffiers et baillis du pays d'Alost, les députés des États demandaient tour à tour la modération des édits du 1^' janvier. Moins conservateurs que les Brabançons parce que leur autonomie provinciale était moins développée, les Flamands rendaient justice, pour la plupart, aux vues de l'empereur. Ils admettaient l'existence d'abus et consentaient à travailler à leur suppression. Mais, comme le disait une pétition de la noblesse, c'était à condition dêtre consultés. Ils ne pouvaient tolérer de perdre les « droits sacrés de l'homme et du citoyen », et de voir le peuple traité « comme un troupeau déplorable, enfermé dans un triste bercail » (1).

Qu'elle se fondât sur la Joyeuse-Entrée ou qu'elle invoquât les droits de l'homme, l'opposition était donc unanime, et la diversité même des sentiments dont elle s'inspirait ne pouvait laisser aucun doute sur sa gravité. Ayant cédé d'ailleurs en Brabant, les gouverneurs n'avaient rien à alléguer aux autres provinces. La surséance de l'organisation judiciaire fut étendue le 7 mai au Hainaut et le 14 à la Flandre, au Namurois, à Tournai, à la Gueldre et à Malines.

Plier devant la résistance, c'est l'encourager. Et en effet, de jour en jour, elle s'enhardit. Il n'est plus question de transaction. On ne pétitionne plus, on réclame, on menace, on commence à se croire tout permis. Dans le Hainaut, les États ordonnent de ne pas obéir aux intendants. A Bruxelles, ceux du Brabant exigent avec une énergie croissante le redressement de toutes les infractions portées à la Joyeuse-Entrée. Les « nations », toujours en émoi au sujet de de Hont, veulent qu un otage garantisse la vie de ce « déplorable concitoyen »(2). Elles accusent l'entourage des gouverneurs de conspirer contre le peuple et d'abuser leurs Altesses royales. Le 30 mai, les

(1) Feller, Recueil des représentations, 2* partie du 1" recueil, p. 26.

(2) Ibid., p. 74.

États enjoignent à leurs receveurs de prendre les mesures convenables pour arrêter à partir du 1" juin la levée des impôts. Et le même jour, en apprenant qu'une émeute se prépare, Albert et Marie-Christine affolés, arrivés, de retraite en retraite, au bord de l'abîme, perdent la tête et consentent à tout.

Dans la soirée, ils promettent aux États de tenir en suspens toutes les mesures « directement ou indirectement contraires à la Joyeuse-Entrée», de faire abolir toutes les infractions qui y ont été apportées depuis deux cents ans, d'écarter de leur conseil toutes les personnes «sur lesquelles tombe l'indignation publique», et enfin de diriger désormais par eux-mêmes toutes les affaires du gouvernement. Des assurances identiques furent données pendant les jours suivants à toutes les provinces.

La nation triomphait. Partout les trois couleurs brabançonnes et hennuyères, noir, jaune et rouge, étaient arborées aux édifices, portées en cocarde aux chapeaux, nouées aux boutonnières. Une députation montoise venait fraterniser avec Bruxelles. On republiait les anciens privilèges, les «pacifications» et les «unions» du xvi^ siècle. Des pamphlets paraissaient chaque jour, vitupérant les édits, fulminant contre le despotisme, exaltant la victoire du peuple et l'exhortant à prévoir un retour possible de la tyrannie. Des volontaires se faisaient inscrire par centaines dans les compagnies bourgeoises des villes (1). Et pendant que se préparait ainsi une armée nationale, les États de Brabant proposaient à ceux des autres provinces de former avec eux une «coalition» et de réclamer, en faveur de la liberté reconquise, l'appui des puissances garantes des traités d'Utrecht et de Rastadt (2). Ces

(1) Sur leur organisation à Bruxelles, voy. Gérard, Rapédius de Berg, t. I, p. 255, 362 et suiv.

(2) Delplace, Révolution brabançonne, p. 100, et Schlitter, Die Regierung Josefs II., p. 259, n. 83, trompés par une faute d'impression du Recueil des représentations (14e recueil, p. 177), datent leur lettre du 11 juillet et la considèrent comme une conséquence de la lettre de l'empereur du 3 juillet. Elle est en réalité du 11 juin, comme son texte le marque en propres termes.

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