‹ Histoire de Belgique (volume 2)Chapitre 126 sur 218 · DÉPLTATION DES PROVINCES A VIENNE · texte numérisé non relu

DÉPLTATION DES PROVINCES A VIENNE

travaillée, une députation de toutes les provinces. Il veut bien « en bon père et en homme qui sait compatir à la déraison et qui sait beaucoup pardonner, n'attribuer encore ce qui est arrivé qu'à des mésentendus ou de fausses interprétations de mes intentions, données et répandues par des personnes plus attachées à leur in érèt privé qu'au bien général, et qui n'ont rien à perdre ». Proviso rement les nouvelles ordonnances resteront en suspens. Lorsqu'il aura entendu les griefs de ses sujets, l'empereur leur fera connaître ses intentions définitives, « qu'ils trouveront toujours calquées sur les principes de l'équité la plus parfaite », et conviendra avec eux des dispositions à prendre selon les lois fondamentales du pays. Mais il ne tolérera aucune chicane sur l'envoi des députés (1). Il n'y a d'autre alternative, écrit-il à Belgiojoso, d'un tout autre ton que celui qu'il a employé en s'adressant à eux, que leur arrivée ou « de me voir sur la place royale de Bruxelles à la tête de 50,000 hommes » (2).

L'ordre impérial arriva à Bruxelles le 9 juillet. On avait eu beau prévoir que Joseph ne céderait pas au vœu du pays, sa décision n'en souleva pas moins un cri de colère et de désillusion. La plupart des provinces, dont les délégués se réunirent aussitôt à Bruxelles pour délibérer, hésitaient à obéir. « Des monstres avaient calomnié la nation auprès de l'empereur. » A quoi bon discuter avec un souverain prévenu? Ne connaissait-il pas les griefs des Belges? N'était-il pas périlleux de remettre le sort de la const tution à des conférences lointaines et incontrôlables? Qui dirait d'ailleurs si la promesse de surseoir à l'exécution des ordonnances serait respectée? Il fallut que les gouverneurs s'entremissent pour vaincre ces répugnances et ces soupçons. Ils donnèrent l'assurance qu'aucun mouvement de troupes ne se ferait durant l'absence de la députation. Au surplus, celle-ci ne pouvait

(1) Voy. le texte de cette le tre, avec les modifications autograplies de l'empereur, dans Schlitier Die Regieiung Josefs II , p. 256. Les phrases que je cite ont été ajoutées par Joseph pour donner plus de vigueur à la rédaction préparée par la chancellerie.

(2) Ballet, de la Comm. roy. d'Histoire, t. LXXXI [1912], p. 266.

prendre aucune résolution. Ses pouvoirs ne lui permettaient de rien conclure. Le pays se réservait la solution définitive. Il était à peu près certain dès lors que Vultimatum de l'empereur n'aboutirait qu'à un échec.

C'était la seconde fois, depuis l'origine du régime autrichien, qu'une mission belge partait pour Vienne. Mais quelle différence entre celle que Charles VI avait reçue au mois de février 1716 et celle qui allait conférer avec Joseph 11 ! Celle-là ne se composait que de quelques députés de provinces agissant chacune pour son propre compte(l). Celle-ci était recrutée dans toute la nation, animée du même esprit, unie dans un même sentiment patriotique, dans une même volonté de résistance à l'arbitraire et à l'étranger. Elle fut introduite le 15 août à la Hofburg. Le petit discours que l'empereur lui lut, pour être plus sûr de ne pas se laisser emporter par la colère en face de ces rebelles, leur signifiait qu'il ne refuserait pas de s'entendre avec ses sujets des Pays-Bas « dès aussitôt que, moyennant des préalables que ma dignité rend indispensables, il me sera possible de me livrer à mes dispositions à cet égard (2) ».

Kaunitz fit connaître le lendemain ces « préalables indispensables». Ils comportaient la restauration complète de l'état de choses tel qu'il existait au 1"^ avril, le paiement des impôts suspendus et arriérés, l'abolition des compagnies militaires, des uniformes, cocardes et « autres marques d'esprit de parti », la réintégration de tous les fonctionnaires destitués, « à l'exception des intendants et des membres des nouveaux tribunaux », ces deux objets « se trouvant du nombre de ceux sur lesquels l'empereur était disposé à s'entendre avec les États ». C'étaient là des concessions inespérées. Joseph y ajouta, dans deux audiences qu'il accorda encore aux députés, quelques sourires et quelques bonnes paroles. Il les laissa convaincus que s'il n'entendait pas comme eux leur constitution, du moins ne nourrissait-il pas contre elle les noirs desseins qu'on lui attri-

(1) Voy. plus haut, p. 174.

(2) Schlitter, Die Regierung Josefs IL, p. 268, n. 152.

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