‹ Histoire de Belgique (volume 2)Chapitre 130 sur 218 · OBSTINATION DE L EMPEREUR · texte numérisé non relu

OBSTINATION DE L EMPEREUR

que plus odieux. Au mois de juin, il ne renferme que dix-huit élèves.

Trautmansdorff commence à comprendre que l'on n'arrivera à rien par la rigueur. Il voit bien que la surexcitation religieuse entretient la surexcitation politique. Il voudrait que l'on gagnât les évêques par quelques concessions, car l'apaisement du peuple, le succès des emprunts, la reprise même des affaires et du commerce « plongés dans une stagnation complète » sont à ce prix. 11 insinue timidement qu'au lieu d'avoir toujours à la bouche les mots de « résistance » et de « désobéissance », il serait prudent de composer avec les « préjugés » comme on le faisait sous le ministère de Cobenzl. «Je ne saurais dissimuler à Votre Majesté que les cœurs ne sont pas ramenés encore comme je le désirerais, pour n'avoir plus à s'attendre à l'égarement des faibles esprits de ces pays ci, où on attache plus de valeur à une procession, à une bannière ou à un petit habit de gala dont on décorait un saint destiné à être exposé à la vénération du public dans de certains jours, qu'aux affaires les plus conséquentes pour le bien total du pays... Votre Majesté ne croirait jamais que la mauvaise humeur que les ordonnances émanées à ce sujet ont causée, nous prive de bien des millions qui seraient en circulation, mais qui, appartenant à des moinesou à des femmes béguines et autres personnes dirigées par eux, restent enfouis par opiniâtreté, dans le vain espoir de voir revenir ces anciennes coutumes, ce qu'ils appelaient rétablir la constitution; et j'oserais être garant que la ville d'Anvers fournirait à elle seule trois à quatre millions de dons gratuits et plus que cela encore en fonds publics, si' on la satisfaisait sur ces intéressants objets de ses désirs, et que la prêtraille fût tranquillisée sur celui du séminaire général qu'elle a en horreur, comme devant être le tombeau de son existence »^ (1). ', K.i b jc

Mais l'empereur n'entend à rien. Si les jeunes gens refusent" d'aller au séminaire, qu'on les « enrôle » et qu'on les envoie

(1) Schlitter, Geheime Correspondem, p. 96. .--- > , *

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à Vienne pour y faire leurs études. Il vaut mieux « laisser venir les choses à toute extrém té plutôt que de céder ». L'émotion causée par les événements de France n'a aucune importance. « Le patriotisme paraît se réduire dans ce pays-là à faire chasser des ministres pour prendre leur place et voler l'État. Tout ce qui s'écrit, tout ce qui se fait dans les provinces (françaises) sont de ces phrases, de ces actes sentimentaux auxquels je n'attribue pas grande valeur. Il dépendra de savoir si le Roi aura la volonté et la fermeté de soutenir ce qu'il a ordonné, et s'il l'a, il fera tout ce que bon lui semblera, parce qu'il tient l'intérêt, l'existence pour ainsi dire de toutes les familles entre ses mains, et le désir de tous les autres » (1). A ces prophéties venues de Semlin, la réalité ne répond guère. D'inquiétants symptômes dévoilent que l'influence de la France, après avoir enthousiasmé les esprits, commence à les pousser à l'action. Trautmansdorff reçoit des lettres le menaçant de mort. Les agitateurs reprennent courage et recommencent leurs menées. Des billets se répandent excitant à la révolte, disant qu'il est temps de s'armer et qu'il ne faut pas laisser échapper le moment de défendre la constitution, les privilèges et la religion. La police se met aux trousses des suspects ; on multiplie les perquisitions et les visites domiciliaires. L'avocat van der Hoop, réfugié à Liège, y est arrêté. On cherche à découvrir contre les principaux membres de l'État de Brabant, le comte de Limminghe, le baron de Hove, l'abbé de Parc, des preuves permettant de les « envoyer coucher à la citadelle d'Anvers » (2). Van der Noot, menacé de prise de corps, s'enfuit à l'étranger le 6 août, et Trautmansdorff envoie son signalement aux commandants de place, leur décrivant « ses larges épaules, son visage large, d'ailleurs marqué de la petite vérole, sa physionomie funeste, ses yeux égarés, son teint plombé, sa démarche lourde et pesante, son ton très brusque », sans oublier de décrire sa perruque assez mal arrangée,

(1) Schlitter, Geheime Correspondenz, p. 91, 99, 110.

(2) Ibid., p. 122.

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