REFUS DES IMPÔTS
le plus souvent ronde avec une seule boucle, et de les avertir « qu'il tient assez régulièrement la tète de travers » (1).
Gependant, l'audace du clergé grandit sans cesse. A Anvers, le nouvel évèque, Nélis, jadis tout autrichien, « mais qui n'a pas plutôt coiffé la mitre, qu'il a changé de système» (2), dirige adroitement la résistance. Il exhorte la noblesse à ne plus fréquenter les bals et les spectacles, « pour n'être pas obligée de se trouver dans ces endroits publics avec les officiers qu'ils appellent leurs bourreaux » (3). Au commencement de septembre, les nouvelles qui arrivent de Flandre semblent annoncer que, comm2 en France, l'anarchie va s'emparer des campagnes. Des bandes armées de paysans se forment dans la châtellenie' d'Audenarde. Ils arborent, il est vrai, la cocarde noire et crient: Vive l'empereur !, « mais se permettant au reste tout ce qu'un peuple effrénéose au momentde l'émeute laplus caractérisée... jusqu'au point de tirer sur les huissiers et officiaux » (4). Il se commet tant d'« indécences » de toutes parts qu'il faudrait une armée de « fiscaux » pour en venir à bout. La brutalité des troupes justifie au surplus, jusqu'à un certain point, l'effervescence du pays, « dont on a en général traité les habitants un peu trop rondement depuis quelque temps » (5).
Et voici qu'avec l'automne arrive l'époque de la réunion des États. Il faut éviter à tout prix qu'ils refusent l'impôt. Or les dispositions de ceux de Brabant permettent de tout craindre. Habituellement on les assemble les premiers, et leur conduite détermine presque toujours les résolutions des autres provinces. Cette fois, par prudence, le ministre s'écarte de la règle et se décide à ne les convoquer qu'en dernier lieu. Il se tient assuré que de cette façon « les autres, de la part desquels il n'y a nulle difficulté à attendre, ne seront pas pervertis par le
(1) Schlitter, Geheime Correspondenz, p. 632.
(2) F.-Q. de Bray, Considérations politiques sur la révolte des Provinces Belges, p. 12 (Bruxelles, 1908). D'après les Autrichiens, c'est Nélis qui pousse le cardinal Franckenberg.
(3) Schlitter, Geheime Correspondenz, p. 136.
(4) Ibid., p. 134.
(5) Ibid., p. 141.
mauvais exemple » (1). En effet, les États de Namur et de Limbourg s'exécutèrent, mais le 18 novembre, ceux du Hainaut rejetaient le subside. Et le 29 novembre, le Tiers-État du Brabant les imitait !
Ainsi, en dépit des efforts du ministre, après tant d'assurances données au maître de l'obéissance du pays, on se retrouvait au même point qu'un an auparavant. Trautmansdorff désorienté, ne sait plus que devenir. Recourir à la force, « à laquelle il faudra toujours en venir un jour », la guerre de Turquie s'y oppose en ce moment. Rétablir les constitutions au vœu des États, ce serait « subordonner la volonté du souverain à celle de la nation et se mettre pour ainsi dire sous la tutelle du peuple ». Tout bien réfléchi : le mieux est encore « de ne rien faire » (2).
Joseph II dut bondir à l'idée de cette solution piteuse. L'ère des ménagements était finie. Le refus du subside équivalait à une rébellion. En violant le serment de fidélité qu'i s lui avaient prêté, les États le relevaient de celui qu'il avait prêté luimême à leurs constitutions. Le 7 janvier 1789, de Vienne où il venait de rentrer, épuisé de corps, mais toujours aussi ardent au travail et à la lutte, il signifie aux États de Hainaut et de Brabant qu'il n'est plus lié ni par leurs privilèges ni par la Joyeuse-Entrée. Les habitants des deux provinces sont mis hors la loi; aucun d'eux ne sera pourvu à l'avenir de fonctions quelconques, civiles ou ecclésiastiques, et une enquête sévère sera entreprise contre les plus coupables (3). : Ce coup d'État terrorisa tout d'abord l'opinion. « C'est une victoire complète », écrit Trautmansdorff, réconforté par l'énergie du maître : « tout est fini » (4). Les excuses des États de Brabant sont si complètes qu'il les laisse provisoirement en jouissance de la Joyeuse-Entrée. Mais il s'apprête à faire un exemple en Hainaut pour le plus grand bien des autres pro-
(1) Schlitter, Geheime Correspondenz, p. 140
(2) Ibid., p. 174, 182, 175.
<3) Qachard-Verhaegen, Ordonnances des Pays-Bas Autrichiens, t. XIII, p. 239.
(4) Schliiter, Geheime Correspondenz, p. 197.