SOULÈVEMENT DU PAYS
quittant toute retenue, mène dans le bas peuple. Le bruit court, et la foule y croit, que l'empereur « veut absolument bouleverser la religion et a déjà défendu la confession auriculaire, les messes, l'oraison dominicale et réformé cinq sacrements » (1). Les pamphlets ne se comptent plus : il en paraît autant qu'à Paris. Trautmansdorff et d'Alton y sont traités de tyrans sanguinaires, de monstres, de cannibales. L'outrance catholique du journal de Feller se monte au même diapason. Ajoutez que la cherté des vivres et la crise industrielle exaspèrent les masses. Comme en France, des histoires d'accaparement de blés commencent à circuler parmi la foule. Le 19 septembre, une émeute éclate dans le Limbourg, où l'on veut fixer le prix des denrées et abaisser les contributions.
Cependant, sur les frontières, les rassemblements de volontaires augmentent toujours. 11 faut que, le 10 octobre, le général Schroeder viole la neutralité du pays de Liège pour en expulser leurs bandes, qui se replient sur le territoire des Provinces- Unies. On est à un doigt de la guerre civile. A Bruxelles, on a découvert chez Philippe Secrétan, l'homme d'affaires de la duchesse d'Ursel, un manifeste révolutionnaire contenant le plan d'une conspiration organisée. 11 n'est que temps de désarmer tout le monde, de « risquer le tout pour le tout et de porter le coup décisif » (2). Mais le 24 octobre, Trautmansdorff apprend que « mille insensés » viennent de pénétrer dans la Campine. Au point où l'on se trouve, c'est un soulagement. « Je suis charmé, écrit-il, que cette comédie finisse. C'est un dernier effort qui doit décider la chose d'une façon ou de l'autre. Si elle tourne bien, comme on n'en saurait douter, elle doit nous valoir une soumission complète » (3). C'était en réalité le début de la révolution inévitable.
(1) Schlitter, Geheitne Correspondenz, p. 369.
(2) Ibid., p. 430.
(3) Ibid., p. 437.