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LE PARTI DES ÉTATS

suspect à tout le monde. Brouillé tout à fait avec la Hollande et presque avec la France depuis l'affaire de l'Escaut, il inquiétait l'Angleterre par son rapprochement avec la Russie, et soulevait la jalousie vigilante de la Prusse par ses projets d'annexion de la Bavière et ses visées sur la Pologne et les contrées danubiennes. Ses adversaires s'étaient bientôt ligués contre lui. Une alliance menaçante pour l'Autriche avait été conclue le 13 août 1788 entre la Prusse, l'Angleterre et les Provinces- Unies.

L'idée de mettre à profit des circonstances si favorables devait se présenter d'elle-même au parti des conservateurs brabançons dont van der Noot était le porte-parole.

Défenseurs obtus des privilèges surannés consacrés par la Joyeuse-Entrée, ils n'étaient pas aveugles au point de méconnaître le danger d'une révolution populaire. Il était évident que si l'on soulevait la nation, il faudrait compter avec elle et, comme en France, lui céder le pouvoir qu'elle aurait conquis de haute lutte. Que deviendraient alors les prérogatives des États, les prétentions des « nations », toute la vieille mécanique gouvernementale qui réservait à quelques nobles et aux artisans des trois chefs-villes, le gouvernement du Brabant? N'était-il pas bien plus prudent, au Heu de déchaîner les masses, de s'entendre avec l'étranger et de lui confier le soin, dont il profiterait sans doute avec empressement, d'humilier l'empereur en lui imposant le respect des constitutions? Sans coup férir et sans exposer à de périlleuses aventures un régime vénérable, on en assurerait ainsi la longévité.

Sans doute, une telle conduite n'avait rien d'héroïque. Mais, ni l'héroïsme ni la générosité n'exerçaient aucune séduction sur des gens qui avaient autant de mépris pour les droits de l'homme que de respect pour les droits acquis, et dont l'admiration pour le passé, si sincère qu'elle fût, n'était pas sans compter avec leurs intérêts de classe ou de groupe.

Dès 1788, van der Noot et ses partisans étudient les mesures à prendre (1). S'adresser à la France, il n'y faut pas songer. Si

(1) Schlitter, Geheime Correspondenz, p. 648.

les Français entrent en Belgique, ils n'en sortiront plus. Au reste les idées qui les passionnent sont justement celle3 dont les conservateurs ont horreur. La Hollande, l'Angleterre et la Prusse présentent, au contraire, toutes garanties. La première surtout semble facile à gagner. Pourquoi ne lui deman-: derait-on pas, en lui faisant espérer le rétablissement de la Barrière, d'envoyer quelques troupes au secours des Brabançons? Ce beau plan qui, par amour des privilèges, n'allait à rien moins qu'à replonger le pays dans l'abjection qui l'avait humilié pendant tant d'années, en dit assez sur l'état d'esprit de ses inventeurs. Imaginé par un professeur de Louvain réfugié à Liège, van Leempoel, il fut remanié par van der Noot. Au printemps de 1789, celui-ci exposait à Vonck qu'aussitôt le pays occupé par les Hollandais, le second fils du prince d'Orange serait proclamé Stadhouder. L'Angleterre et la Prusse appuyeraient la combinaison, et, pour reconnaître les bons offices des trois puissances, le Brabant s'engagerait à payer annuellement à chacune d'elles deux millions de florins (1).

La naïveté le dispute au cynisme dans ces rêveries. Pourtant, elles parurent mirifiques aux États. Ils envoyèrent à van der Noot après sa fuite, une procuration qui le déclarait agent plénipotentiaire du peuple brabançon, et aussitôt il se mit en campagne. Il vit à La Haye le grand pensionnaire van de Spiegel (10 mars) (2), fut présenté par lui aux ministres de Prusse et d'Angleterre, courut à Berlin, courut à Londres, et crut avoir fait merveille en revenant abondamment pourvu d'eau bénite de cour. Ni van de Spiegel, ni Hertzberg, ni Pitt n2 prirent un mDm^nt au sérieux le singulier négociateur qui leur parlait, com ne de la chose la plus simple du monde,

(1) Schlitter, Geheitm Correspondenz, p. 70L

(2) L.-P.-J. van d; SpiejfaI, RésJ. né dds négociations qui accompagnèrent la révolution des Pjys-3as Autric'iiens, p. 51 et suiv. (Amsterdam, 1841). Pour l'expo ié des nijociations avec la Prusse, voy. le travail malheureusement très mal composé et très court de vues de F.-C. Wittichen, Preussen uni die Revjlutionen in Belgien und Liittich (Goettingue, 1905). Ajoutez, pour les rapports avec les Provinces-Unies, H.-T. Colenbrander, GeJenkstukken der algemeene geschiedenis van Nederland van 1795 tôt 1840, t. I, p. 137 et suiv. (l.a Haye, 1905).

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