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LES PATRIOTES

rations de la bourgeoisie. S'ils parlent des droits de l'homme, ils ont bien soin de ne pas les définir, de ne pas « déchirer je voile » qui les cache aux yeux du peuple. Et ils sont aussi peu libres penseurs qu'ils sont peu démocrates. Les mesures que l'on commence à prendre en France contre le clergé les effrayent. Sincèrement catholiques, ils ne veulent pas que l'on dépouille les églises, et ils exigent même que les biens des couvents sécularisés soient restitués.

Aussi le bas clergé mène-t-il activement campagne à leur côté. Dans quantité de paroisses, les curés leur sont tout acquis et s'emploient à préparer de concert avec eux l'insurrection qui doit fonder la liberté. Çà et là des dignitaires ecclésiastiques soutiennent le mouvement. Un des amis les plus dévoués de Vonck est un chanoine de Malines, Alexandre de Brou (1). On peut même compter sur l'adhésion de certains prélats. L'abbé de Tongerloo envoie 10,000 florins pour les frais de la propagande.

Dès le mois de mai 1789, elle s'organise. La société secrète Pro aris et focis, que l'avocat Verlooy a établie à Bruxelles, groupe les patriotes les plus convaincus et pousse bientôt des ramifications dans toutes les provinces (2). On publie des pamphlets, on recueille des souscriptions, on sème l'argent dans les casernes, on recrute des volontaires, on amasse à la campagne, dans des fermes reculées, de la poudre, des munitions et des armes. La duchesse d'Ursel promet les canons de son château de Hingene. On cherche à se concilier l'évêque d'Anvers. L'avocat Torfs est chargé de s'assurer à Paris l'appui de l'Assemblée Nationale.

Mais pour réussir, une collaboration avec le parti des États est indispensable. Ses principes ont beau s'opposer à ceux des patriotes : sur le but prochain, l'affranchissement de la patrie, il est d'accord avec eux et il accueillera sans doute

(1) Sur ce personnage, voy. E. Discailles, Un chanoine démocrate. Revue de Belgique, t. LVI, p. 331; t. LVIl, p. 66 et 196. [1887].

(2) Voy. Fôrster, Voyage, t. II, p. 57 et suiv., et surtout le très curieux mémoire publié par Schlitter, Geheime Correspondenz, p. 699 et suiv.

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leurs avances. Au mois d'août, une députation se présentait à Bréda chez van der Noot. Le plénipotentiaire du peuple brabançon, bouffi de son importance, repoussa dédaigneusement ces « vauriens ». Il le prit de très haut avec eux, leur déclara qu'il refusait de « faire couler le sang de ses compatriotes », et qu'il était sûr des puissances (1). Force fut bien de l'abandonner à ses illusions et de chercher ailleurs un appui. Les révolutionnaires liégeois consentirent avec empressement à laisser les volontaires se réunir sur leur territoire. Pour les équiper on eut recours à un Hutois, M. de Loye, « qui prenait à cœur les affaires du pays comme s'il eût été né parmi nous » (2).

Il ne restait qu'à leur trouver un chef. Grâce au chanoine de Brou, on découvrit, dans sa retraite de Menin, un ancien officier au service de l'Autriche, le colonel van der Mersch, « qui avait été toujours l'ennemi juré de la tyrannie et du despotisme » (3). 11 accepta le 30 août le commandement de l'armée patriotique.

Cependant les puissances ne bougeaient pas, et l'assurance de van der Noot commençait à n'en plus imposer. Parmi les réfugiés qui, en nombre croissant, venaient le rejoindre à Bréda, la conviction que le moment d'agir allait sonner était générale. Les plus ardents d'entre eux, les abbés de Tongerloo et de Saint-Bernard et le pénitentier du diocèse d'Anvers, van Eupen, étaient pourtant très loin des Vonckistes. Pour eux, la question politique était secondaire : elle ne les intéressait que dans la mesure où elle se confondait avec la question religieuse. Ce qu'ils voulaient, c'était la ruine des réformes impériales, la fermeture du séminaire, la restauration des privilèges de l'Université, le rétablissement des couvents supprimés, bref l'affranchissement de l'Église courbée sous le joug de l'Etat.

Or ce joug, l'empereur ne consentirait jamais à le retirer. Il

(1) Schlitter, Geheime Correspondenz, p. 703.

(2) Ibid., p. 706.

(3) Ibid., p. 704.

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