‹ Histoire de Belgique (volume 2)Chapitre 141 sur 218 · SUCCÈS DES RÉVOLUTIONNAIRES · texte numérisé non relu

SUCCÈS DES RÉVOLUTIONNAIRES

replièrent prudemment sur la HoUanae. Mais le succès les a enhardis. Le jeune prince de Ligne, qui sert dans les armées françaises, cédant à une brusque poussée d'enthousiasme patriotique, vient d'ailleurs d'arriver à Bréda et demande à combattre pour la cause nationale.

Un nouveau plan d'attaque est combiné. Cette fois on envahira le pays de Waes et l'on marchera sur Gand. La garnison de la ville ne comprend que 300 hommes, et, grâce à la maladresse de d'Alton, qui a détourné vers la Campine le meilleur de ses forces, il sera impossible de lui envoyer des renforts suffisants. Le 13 novembre, une colonne dirigée par le prince de Ligne et le major Devaux se présente à l'improviste devant les portes de Bruges et du Sas. Ses 600 hommes, après quelques coups de fusil, dispersent les postes autrichiens et entrent dans la place. La garnison est refoulée jusqu'aux casernes de Saint-Pierre, isolée au milieu d'une ville en révolte. La nuit, d'Arberg et Schroeder, arrivés de Bruxelles à marches forcées, se jettent avec 3,800 hommes dans le château des Espagnols; mais les insurgés reçoivent à leur tour l'appui d'une bande de 400 Courtraisiens. Sans communication les uns avec les autres, se défiant de leurs soldats, dont la plupart sont nés dans le pays et que travaille depuis longtemps la propagande patriotique, les commandants autrichiens ne savent que faire. Pour intimider la population, d'Arberg ordonne de bombarder la ville, puis après y avoir allumé sans résultat quelques incendies, fait cesser le feu. Les troupes envoyées dans les rues se dispersent et reculent sous les coups de fusil. Le 16, le colonel Lunden capitule à Saint-Pierre avec 800 hommes, tandis que le château est évacué par d'Arberg et Schroeder.

Cette fois ce n'est plus un échec, mais une défaite — une défaite militaire et plus encore une délaite morale. C'en est fait du prestige des régiments qui par deux fois ont plié devant les volontaires. Une secousse révolutionnaire ébranle tout le pays. Le Hainaut, le Namurois, le Limbourg commencent à se soulever. Partout les cocardes rouges, jaunes et noires reparaissent aux chapeaux. Dès le 17, les gouverneurs quittent Bruxelles et

aussitôt commencent la débandade des autorités, la fuite des fonctionnaires, l'émigration des rares partisans du joséphisme. Dans les troupes, la désertion augmente de jour en jour. D'Alton, éperdu, furieux, grotesque, ne sait plus que faire et les mesures qu'il prend annoncent la déroute.

Le 21 novembre, il ordonne à la garnison de Mons de battre en retraite sur Namur, et voilà le Hainaut en insurrection. 11 concentre ce qui lui reste de forces disponibles autour de Bruxelles, et pendant qu'il les occupe à remparer les faubourgs de barricades et de chevaux de frise, van der Mersch envahit pour la seconde fois la Campine et pousse ses avant-postes jusqu'à Tirlemont. De toutes parts les recrues affluent à son quartier général, armées à la diable, mais pleines d'élan. La consternation de d'Alton lui fait prendre cette cohue pour une armée formidable. D'ailleurs van der Mersch lui cache habilement sa faiblesse. Il fait si bonne figure que, le 2 décembre, le colonel de Brou, envoyé auprès de lui en parlementaire, en revient annoncer « avec une joie pareille à celle d'une victoire remportée » (1), qu'il a obtenu une suspension d'armes de deux mois.

Trautmansdorff, naturellement, rejette la responsabilité de la catastrophe sur « l'ineptie extrême avec laquelle ont été dirigées les opérations militaires ». Pour rétablir l'ordre, il n'y a plus à ses yeux que « la voie de la conquête ». Tout ce que l'on pourrait essayer, dit-il, ne ferait qu'empirer .l'état des choses « parce qu'on le regarderait comme une marque infaillible d'embarras et de crainte » (2). II supplie l'empereur d'envoyer des troupes, comme si l'empereur, empêtré dans son expédition d'Orient et menacé par la Prusse, pouvait disposer d'un seul régiment. Mais dès le lendemain il s'abandonne. Le 20 novembre, il supprime le séminaire ; le 21, il rend au Hainaut sa constitution; le 25, il rétablit la Joyeuse-Entrée et promet une amnistie générale. Durant quelques jours, il espère encore éviter ou du moins retarder le soulèvement de

(1) Schlitter, Geheime Correspondenz, p. 521.

(2) Ibid., p. 489.

Page 1