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MORT DE JOSEPH II

der Noot faisait charger Schoenfeldt par les États-Généraux d'inspecter les régiments. Le département de la guerre était réduit à la nomination des bas officiers. Il était évident qu'après avoir usurpé le pouvoir politique, le parti des États, encouragé par l'illusion de l'alliance prussienne, visait à s'emparer de la force militaire.

On en était là, c'est-à-dire à la veille de la guerre civile, quand on apprit à Bruxelles la mort de Joseph II, arrivée le 20 février 1790. Depuis des mois, la maladie ne semblait épargner ce prince usé par le travail et les soucis que pour le faire assister à la ruine de toutes ses ambitions, à la faillite de ses intentions les plus droites. Au moment même où la retraite de ses troupes en Belgique le portait au « comble du malheur et de l'ignominie » (1), l'échec de son expédition contre les Turcs l'humiliait devant l'Europe et enhardissait la Prusse à le menacer ouvertement. L'État, dont il avait sincèrement confondu les intérêts avec ceux du bien public et de l'humanité, semblait s'effondrer sous lui. Empoisonné d'amertume, sentant venir la fin d'une vie dont il avait tant espéré et qui s'achevait si cruellement, il s'épuisait sur son lit de douleurs à veiller au salut de la monarchie. Dès le 28 novembre 1789, il chargeait son vice-chancelier Philippe Cobenzl de partir pour la Belgique et de prendre toutes les mesures que nécessiteraient les circonstances. A l'avance il consentait à tout pour conserver ce pays, que la situation de ses affaires ne lui permettait pas de reconquérir de vive force. Indifférent désormais au point d'honneur, il mendiait le concours de l'Église. Il suppliait le pape d'intervenir; il chargeait Kaunitz d'implorer la médiation de l'archevêque de Malines, à qui il avait brutalement, quelques mois plus tôt, enlevé le collier de Tordre de Saint-Étienne. Mais ces efforts désespérés, cette humiliation suprême avaient d'autant moins de chance d'aboutir que personne n'ignorait qu'ils ne lui étaient imposés que par l'impuissance. Il avait d'ailleurs donné à ses sujets, non sans doute par hypocrisie, mais par maladresse, le droit de se défier de sa parole. Ses tentatives

(1) Bullet. de la Comm. roy. d'Histoire, 3e série, t. XIV [1872], p. 20.

de moribond ne furent accueillies que par une haine muette.

Son frère Léopold, grand-duc de Toscane, qui devait lui succéder, n'attendit pas sa mort pour se composer une attitude à l'égard de la Belgique. Aussi fervent adepte du despotisme éclairé que Joseph l'avait été lui-même, il possédait en revanche au degré le plus éminent, le tact politique, l'entregent, l'habileté et la souplesse qui faisaient si complètement défaut à l'empereur. C'était un praticien et non un philosophe de l'absolutisme, convaincu que l'on gouverne les hommes avec des hommes et non pas avec des idées. Si la douceur, l'accoutumance à la servitude et l'insouciance des Toscans expliquent en partie la facilité avec laquelle ils avaient accepté de Léopold les mêmes réformes qui mirent les Belges en insurrection contre Joseph, la différence des méthodes d'application n'en a pas moins sa part dans cet heureux succès. C'est tout au plus si le bruit du soulèvement de Bruxe les produisit à Florence un léger écho parmi les moines. La traduction italienne d'un « drame historique » en l'honneur de van der Noot (1) dut faire sourire le grand-duc sans l'inquiéter. Mais ce van der Noot qu'il méprisait étant puissant en Belgique, il importait de le ménager. Ne tenant à ses convictions personnelles que dans la mesure où elles ne pouvaient gêner les intérêts de la couronne, Léopold était décidé à les sacrifier pour se rallier les révoltés des Pays-Bas. Son frère n'avait pas encore fermé les yeux, qu'il soumettait à Albert et à Marie-Christine, réfugiés à Bonn, un projet de manifeste.

C'était, entremêlée de protestations de dévoûment, d'éloges pour le peuple, d'effasions de libéralisme et de générosité, une capitulation formelle du souverain devant la nation. Il y affirmait qu'il avait « constamment désapprouvé en son particulier » les mesures prises par Sa Majesté l'empereur, qu'il avait toujours considéré la Belgique « comme la partie la plus respectable et la plus intéressante de la maison d'Autriche », et sa constitution « comme parfaite et devant

(1) Storia segreta ed aneddotica dell'insurrezione Belgica ossla Vandernoot. Dramma storico. Trad. del Fiammingo di von Schôn-Swaartz. (Coire, 1791).

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