‹ Histoire de Belgique (volume 2)Chapitre 15 sur 218 · LA TRÊVE DE RATISBONNE SQ · texte numérisé non relu

LA TRÊVE DE RATISBONNE SQ

seul fit une belle défense. Le prince de Chimay ne capitula qu'après un bombardement et un long siège, et sortit de la place le 4 juin 1684 avec les honneurs de la guerre. Quant à Grana, il fit bonne figure dans son dénuement. Le 11 décembre, il déclarait la guerre au grand roi en des termes aussi énergiques que s'il eût été plein de confiance et d'espoir.

Cependant, tandis que ses troupes ravageaient la Belgique, Louis XIV négociait avec les Provinces-Unies et l'Empire, que Charles II avait chargé de traiter en son nom. Personne ne voulait d'une guerre générale. On signa le 15 août 1684 la trêve de Ratisbonne. Durant les vingt ans qu'elle devait durer, le roi garderait Luxembourg, Beaumont, Bouvignes et Chimay avec leurs dépendances (1). Il arrivait à ses fins, et une fois de plus au détriment de l'Espagne et de la Belgique.

Les derniers événements avaient achevé de dégoûter l'Espagne des Pays-Bas. Depuis la paix de Nimègue, ils ne lui avaient rapporté que des déboires et des humiliations. Elle ne se dissimulait plus qu'elle ne les conservait qu'à l'avantage des Provinces-Unies, et il n'est pas étonnant que depuis 1668, elle se soit de plus en plus déchargée sur celles-ci du soin de leur défense. Sans doute on répugnait à Madrid à l'idée d'abandonner la Belgique à la France, mais le projet commençait à s'y faire jour de la céder à un prince catholique qui pourrait compter sur l'appui de la branche autrichienne des Habsbourg (2). L'empereur Léopold agissait dans ce sens auprès de Charles II et lui recommandait son gendre, l'électeur Maximilien-Emmanuel de Bavière.

pendant le dernier quart du XVII^ siècle. Bullet. de la Comm. roy. d'Histoire, ¥ série, t. VIII [1880], p. ZV; Placcaeten van Vlaenderen, III, p. 1351.

(1) Vast, Les grands traités du règne de Louis XIV, t. II, p. 144.

(2) Voy. à ce sujet un curieux dialogue entre un Castillan et un Catalan dans Gachard, Bibliothèques de Madrid et de l'Escurial, p. 393.

Cependant, à la mort du marquis de Grana, qui s'éteignit à Mariemont, usé de fatigues et de soucis le 19 juin 1685, ce fut, pour la dernière fois, un Espagnol qui recueillit sa succession : don Francisco Antonio de Agurto, futur marquis de Gastafiaga. Avec ce grand seigneur courtois et magnifique, c'en fut fait des réformes auxquelles Grana s'était épuisé. Les choses reprirent leur train accoutumé et le peuple retrouva avec satisfaction le « gouvernement paternel » de la maison d'Espagne, c'est-à-dire la liberté pour les provinces de vivo* ter paisiblement entre les catastrophes périodiques des invasions. Elles ,ne devaient pas en. jouir pendant longtemps, car une nouvelle , tourmente se préparait. La ligue d'Augsbourg unissait contre la France, l'empereur, les rois d'Espagne et de Suède, ainsi que les Électeurs de Bavière et de Saxe, et Louis XIV, prenant les devants, se décidait à attaquer l'Allemagne.

Au moisjde septembre 1688, ses troupes envahissaient le Palatinat pendant que le maréchal d'Humières postait son armée dans le] pays de Liège, dont l'évêque, l'électeur de Cologne, Maximilien-Henri de Bavière, était [un vieil allié du roi. Mais la lutte allait bientôt s'étendre à tout l'Occident. Les secours mis par les Provinces-Unies à la disposition du prince d'Orange, qui s'embarquait pour détrôner Jacques II d'Angleterre, leur fit aussitôt déclarer la guerre par Louis XIV. Quelques mois plus tard, le 23 février 1689, Orange recevait du Parlement, sous le nom de Guillaume III, la couronne de la Grande-Bretagne. Il était évident qu'il allait rompre avec la France et unir sous sa direction la politique de l'Angleterre à celle des Provinces-Unies. Le 17 mai, il faisait le pas décisif et envoyait à Versailles sa déclaration de guerre.

A ce moment, l'Espagne se trouvait elle-même, depuis le 15 avril, entraînée dans le conflit. Louis XIV avait rompu avec elle, la voyant conclure un accord avec les États- Généraux et ouvrir les villes des Pays-Bas à leurs troupes. Leur commandant, le vieux prince de W^aldeck, battit un corps français, le 25 août, près de Walcourt, et Gastanaga

GUERRE DE lÔgo-IÔgj 4I

rompit les lignes du maréchal d'Humières vers Menin et Hondschoote et envoya quelques partis piller autour de Lille. Ce n'étaient encore là que des escarmouches sans conséquence. Mais dès l'année suivante le pays redevenait le champ de bataille de la coalition pour ne jcesser de l'être qu'à la fin de la lutte. Le 1"^ juillet 1690, le maréchal de Luxembourg attaquait Waldeck à Fleurus et lui faisait subir une sanglante défaite. Il ne put toutefois empêcher sa jonction avec les troupes de renfort que lui envoyait l'Électeur de Brandebourg. 11 acheva la campagne par l'occupation de Furnes, de Dixmude et de Courtrai. L'hiver se passa, du côté des Français, en grands fourrages organisés en masses profondes. Un seul d'entre eux, en janvier 1691, dans le pays de Waes, rapporta 1 million 800,000 livres.

Au mois de mars 1691, Luxembourg investit Mons, qui, le 8 avril, se rendit sous les yeux de Louis XIV après une mauvaise défense. Puis, suivant la méthode de Louvois, les opérations continuèrent par une série de coups de force. Luxembourg terrorisa Bruxelles par la destruction de Hal, pendant que Boufflers bombardait du 2 au 7 juin Liège, dont le nouvel évêque/Jean-Louis d'Elderen, venait de se joindre aux coalisés. Guillaume lll, vainqueur des légitimistes en Angleterre, passa peu après dans les Pays-Bas pour y reprendre la direction des opérations. Il ne put entamer les Français. Le 19 septembre sa cavalerie subit un échec assez grave auprès de Leuze. Mais il était résolu à porter à l'ennemi des coups décisifs. Exaspéré par l'impuissance de l'Espagne en Belgique, il exigea le rappel de Gastafiaga et son remplacement par l'Électeur de Bavière qui suppléerait par ses propres troupes à l'insuffisance des forces royales. Il fallut se courber sous sa volonté. Le 12 décembre Charles II signa les lettres patentes nommant Maximilien- Emmanuel gouverneur des Pays-Bas (1).

(1) C'est à ce personnage et à son gouvernement que se rapporte le bon travail de M. F. Van Kalken, La fin du régime espagnol aux Pays-Bas (Bruxelles, 1907).

Cette nomination imposée par Guillaume III était en même temps en harmonie avec les vues de l'empereur. Beau-père de l'Électeur depuis le mariage de celui-ci avec l'archiduchesse Marie-Antoinette, le 12 avril 1685, Léopold se flattait de l'avoir attaché à sa maison. S'il avait eu soin de faire renoncer solennellement Marie-Antoinette à ses droits éventuels à la succession espagnole, il avait dédommagé Maximilien-Emmanuel par la promesse de lui donner à la mort de Charles II soit les Pays-Bas, soit un équivalent. Il lui avait promis, en outre, d'agir à Madrid pour lui faire obtenir le plus tôt possible le gouvernement des provinces belges « en nom propre et à titre de propriétaire ». Ces assurances avaient empêché le Bavarois de se laisser prendre aux séductions de Villars que Louis XIV avait envoyé auprès de lui, et qui faisait briller à ses yeux tantôt la perspective de recueillir dans les dépouilles de l'Espagne la couronne de Naplés, tantôt celle de monter sur le trône de Pologne.

Il entra à Bruxelles le 26 mars 1692, au milieu de la joie générale. Pour la première fois depuis bien des années la ville se para d'arcs de triomphe et d'illuminations pour recevoir le nouveau gouverneur. Elle le saluait à l'avance comme le sauveur du pays et faisait graver sur les médailles frappées en son honneur l'inscription significative : Tu Marcellus eris... C est que Maximilien arrivait dans ce pays catholique précédé de la renommée d'un héros de la foi. Il avait pris part à six campagnes contre les Turcs. Sa victoire de Mohacz, en 1687, et plus encore, l'année suivante, la prise de Belgrade avaient retenti dans toute l'Europe. Jeune encore, il n'avait qu'une trentaine d'années, étant né en 1662; beau, ouvert, généreux, son aspect acheva de lui acquérir toutes les sympathies et d'encourager tous les espoirs. Son éducation toute française le rapprochait de la haute noblesse du pays, qu'il s'empressa de se concilier en nommant le comte d'Egmont général de la cavalerie et en faisant du prince de Chimay son premier chambellan, tandis qu'il renvoyait le pauvre Gastaiiaga en Espagne pour rendre ses comptes au roi. En même temps, le vieux palais de Caudenberg s'animait d'une cour brillante et

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