‹ Histoire de Belgique (volume 2)Chapitre 16 sur 218 · MAXIMILIEN-EMMANUEL DE BAVIÈRE · texte numérisé non relu

MAXIMILIEN-EMMANUEL DE BAVIÈRE

pompeuse, calquée sur le modèle de Versailles, et où rien ne rappelait plus l'austère étiquette dont les vieillards du temps de l'archiduchesse Isabelle conservaient encore le souvenir. Ceux qui connaissaient la chronique scandaleuse s'effarouchaient sans doute en secret des tapageuses amours de l'électeur, dont les innombrables maîtresses, M"* de Kaunitz, M"^ de Wehlen, M"*^ de Sinzendorf et bien d'autres, avaient plus d'une fois provoqué des scandales qui avaient troublé Vienne, amusé Venise et provoqué les remontrances du Vatican (1). Mais on était prêt à tout pardonner. Maximilien n'amenait-il pas avec lui, outre deux millions de florins levés sur ses sujets de Bavière, de beaux régiments allemands, réparant ainsi du même coup, dès sa joyeuse entrée, la détresse de l'armée et celle des finances ?

Pourtant ce prince que les Belges acclamaient comme un sauveur et dont Léopold I" et Guillaume III escomptaient le dévouement à leur cause, ne songeait qu'à lui. De toutes les passions qui agitaient sa nature impulsive, l'ambition était la plus forte. S'il avait tant désiré le gouvernement des Pays-Bas, ce n'était pas seulement qu'il espérait s'y illustrer dans la guerre, c'est surtout qu'il comptait bien y acquérir une couronne royale. L'exemple du prince d'Orange devenu tout récemment roi d'Angleterre surexcitait encore ses appétits. Il était bien décidé à forcer la fortune et à ne reculer devant aucune combinaison pour arriver à ses fins. Dans cette Belgique en proie aux compétitions des diplomates comme aux mouvements des armées, il allait trouver le champ d'action qui lui avait jusqu'alors manqué dans la lointaine Allemagne. Rien d'autre que son intérêt ne l'attachait à ses protecteurs. Louis XIV ne l'ignorait pas, et il avait vu sans déplaisir l'empereur et le roi d'Angleterre forcer l'Espagne à appeler Maximilien aux Pays-Bas.

Car Charles II n'avait accepté que malgré lui le nouveau gouverneur. Tiraillé en sens opposés par la reine Marie-Anne de Neubourg, qui aurait voulu les Pays-Bas pour son frère,

(1) s. Riezler, Geschichte Bayerns, t. VII, p. 302 (Gotha, 1913).

44 jusqu'à la mort de Charles ii

le palatin Jean-Guillaume, et par le Conseil d'État de Madrid, qui s'effrayait de la puissance trop grande dont jouirait forcément l'Électeur, il n'avait cédé finalement que par faiblesse aux sollicitations de ses alliés. Maximilien-Emmanuel ne devait jamais posséder la confiance de l'Espagne. Dès le premier jour, il rencontra dans l'ambassadeur du roi catholique à La Haye, le comte de Quiros, un adversaire sournois, attaché à surveiller ses entreprises pour les contrecarrer et à fomenter contre lui un parti de mécontents.

Au reste, l'intervention du vainqueur des Turcs dans les opérations militaires ne répondit pas aux espérances qu'elle avait fait naître. La campagne de 1692 fut marquée par de nouveaux avantages des Français. Le 30 juin, Namur, assiégé par Vauban, se rendait sous les yeux de Louis XIV. Le 3 août, Guillaume III se faisait battre à Steenkerque près d'Enghien par le maréchal de Luxembourg qu'il croyait surprendre. Et ces revers ne furent pas compensés par l'échec de Boufflers, que Maximilien força au mois d'octobre à abandonner l'investissement de Charleroi.

Les choses ne marchèrent pas mieux l'année suivante (1693). Après la prise de Furnes et de Dixmude en janvier, Luxembourg entra à Huy au [mois de mai, puis, par une démonstration sur Liège, attira vers lui l'armée des alliés à laquelle il infligea, le 29 juillet, la défaite de Neerwinden. Charleroi, sauvé l'année précédente, succomba le 11 octobre après une belle défense.

La campagne de 1694 se passa en manœuvres. L'habileté stratégique de Luxembourg compensa du [côté des Français, l'infériorité du nombre. Malgré leurs 92,000 hommes, les alliés ne réussirent^ qu'à s'emparer, le 27 septembre, du château de Huy. La mort 'de Luxembourg leur permit d'être plus heureux en 1695. Guillaume lll engagea tout d'abord avec le maréchal de Villeroi et ses lieutenants Boufflers, )Harcourt et Montai « un beau jeu d'échecs ». Une tentative de Maximilien- Emmanuel sur le fort de Knocke échoua, mais Guillaume, après des feintes habiles en Flandre, se rabattit tout à coup sur Namur, où Boufflers n'eut que le temps de se jeter pour

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