INSURRECTION DES DÉMOCRATES
Pays-Bas? Au surplus, personne ne craint cette nation que les Cours considèrent dédaigneusement comme « devenue dans <:e moment-ci tout à fait nulle pour le reste de l'Europe » (1). Elle ne pouvait répondre et elle ne répondit pas à l'appel des démocrates.
En même temps qu'ils s'adressent à elle, ceux-ci complotent en outre à l'intérieur du pays. Ils savent que le gouvernement des États ne possède d'adhérents convaincus que parmi le clergé, les classes privilégiées et les métiers des villes brabançonnes. A Mons, la bourgeoisie lui est hostile. A Tournai, il a fallu, par crainte du peuple, lui donner une plus large représentation dans les « bannières ». A Gand, la « collace » vient de se constituer suivant les principes démocratiques et a forcé le magistrat à lui prêter serment. Dans le Limbourg, les États se sentent tellement impopulaires, qu'ils n'osent proclamer leur indépendance et que le Congrès a dû envoyer des troupes pour les protéger. Dans la Flandre occidentale, l'arrestation de van der Mersch, né dans la province et qui y compte de nombreux amis, a produit la plus pénible sensation. Ce sont là autant de chances favorables à une insurrection et bientôt, instiguée par le comité de Lille, elle éclate (fin mai). A Menin, à Courtrai, des bandes s'assemblent, et, sous la direction de quelques émigrés, se préparent à marcher sur Gand, puis sur Anvers pour délivrer van der Mersch. Déjà leurs affidés font sonner le tocsin dans les villages des châtellenies d'Alost et d'Audenarde.
Mais le Congrès avait eu le temps de prendre des mesures et le mouvement échoua. Il ne servit qu'à provoquer une réaction furibonde contre les démocrates. Durant quelques jours, il sembla que l'on fût sur le point d'organiser la terreur. Les
(1) Schlitter, Briefe von Marie-Christine, p. 37. — Au début de la Révolution française, les constituiionnels s'étaient fort intéressés au soulèvement belge qu'ils croyaient de même nature que le leur. Camille Desmoulins donnait à son journal le nom de Les Révolutions de France et de Bradant. La Fayette espérait que les Belges se donneraient une constitution à la française. Sur ses relations avec les Vonckistes, par l'intermédiaire de l'avocat Torfs, voy. A. Chuquet, Jemappes et la conquête de la Belgique, p. 46 et suiv. (Paris, 1890).
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États de Flandre firent enlever le duc d'Ursel à Loochristy, arrêter des suspects, condamner deux des meneurs à la potence. Ceux de Brabant décrétèrent l'emprisonnement de quantité de leurs adversaires. A Mons, les magistrats faisaient fouiller les maisons pour y découvrir les armes cachées. Dans des écrits furibonds, Feller exigeait que l'on refusât aux suspects toutes les garanties judiciaires. Le Congrès lui-même répandit une proclamation accusant les démocrates de préparer le retour des Autrichiens en vue d'assouvir, grâce à eux, leur rage contre la religion. Il cherchait en même temps à rassurer l'opinion inquiétée par le bruit, qui commençait à circuler, d'un rapprochement entre l'Autriche et la Prusse.
Rien n'était plus fondé que ces rumeurs, et le Congrès, qui les démentait, le savait mieux que personne. L'habileté de Léopold avait réussi à se concilier l'Angleterre. L'Angleterre ne bougeant pas assurait l'immobilité de la Hollande. Des puissances sur lesquelles on avait compté, la Prusse restait donc seule. Mais la Prusse continuait à ne donner que des paroles, et il devenait évident que sa mollesse présageait un abandon futur et peut-être prochain. Si elle ne se dérobait pas encore, on ne pouvait plus douter que ce fût uniquement pour peser sur l'empereur au cours des négociations entamées entre Vienne et Berlin.
Or, qu'adviendrait-il du Congrès le jour où le secours de la Prusse, dont il avait si longtemps leurré l'opinion, lui ferait défaut ? Comment tenir tête à l'Autriche, dans un pays travaillé par une opposition irréconciliable? Le salut n'était-il pas dans un rapprochement des partis ? En somme les démocrates restaient partisans de l'indépendance nationale. Quelques concessions pourraient les rallier et reconstituer l'union qui, au début de la Révolution, avait si heureusement triomphé de Joseph II. Depuis toujours, c'était là le vœu secret de Cornet de Grez. Il parvint à y rallier van Eupen, et des conférences s'ouvrirent à Douai, au mois de juin. Van Eupen allait jusqu'à consentir à une collaboration de la France à la défense de la Belgique. Des avances furent faites à La Fayette. Dans l'impos-