ASSEMBLÉE DES ÉTATS
le vieux compromis du Xiv^ siècle était acceptable pour tous les partis. Les uns l'invoquaient pour rétablir le passé, les autres pour organiser l'avenir. Mais c'était assez que momentanément il ralliât tous les suffrages. On verrait plus tard à le commenter par la pratique. En attendant, on professait à son égard une vénération unanime. D'ingénieux ébénistes mettaient en vente des pendules qui en portaient le texte gravé sur leur gaine (1).
Avant son départ, Hoensbroech avait convoqué les États. Il était urgent de les réunir sans tarder. Eux seuls pouvaient, en effet, parler au nom du pays, légaliser l'émeute du 18 août et procéder à la « régénération » de la nation. Dès le 23, la cité mandait aux « bonnes villes » de désigner leurs députés. Bien entendu, le règlement de 1684 ayant cessé d'exister, elles auraient soin qu'ils fussent librement élus par leurs concitoyens, « la base de la régénération nationale étant la vraie représentation du peuple » (2). Quant au chapitre et à la noblesse, on s'abstenait de leur donner des directions. A côté du Tiers-État renouvelé, ils se constituèrent suivant la coutume.
Ainsi, dans l'assemblée des États, qui s'ouvrit le 31 août, la tradition et le progrès se superposaient sans se confondre. Mais comme des liquides de densité différente que vient d'agiter une même secousse et qui se pénètrent un moment avant de reprendre leur équilibre, ils parurent tout d'abord devoir s'associer et agir de concert. Le 2 septembre, l'État noble renonçait à ses privilèges financiers, le chapitre faisait de même deux jours plus tard, puis l'un et l'autre proposèrent au Tiers de confectionner une « paix » nouvelle qui ferait disparaître tous les abus du gouvernement, conformément à la paix de Fexhe et à celles des XXII. Un comité recruté dans les trois ordres fut constitué à cet effet. La bonne volonté et la bonne entente étaient donc générales. Tout au plus, quelques « aristocrates » purent-ils prendre ombrage de
(1) Chronique archéologique du pays de Liège, 1914, p. 5.
(2) Journal patriotique, t. I, p. XXXVII.
la résolution du Tiers tendant à introduire un système d'impositions « qui oblige chacun en proportion de ses facultés ».
L'intervention de la Chambre de Wetzlar fut pour beaucoup sans doute dans cette heureuse union. Le 4 septembre, parvenait à Liège un décret par lequel elle ordonnait de rétablir l'ancien ordre de choses, sous peine d'exécution militaire par les trois directeurs du Cercle de Westphalie. Elle se solidarisait donc avec le prince. Mais ni les deux premiers ordres n'étaient disposés à lui sacrifier la situation qu'ils venaient de conquérir, ni le troisième, celle qu'il ambitionnait d'occuper. Une députation fut chargée d'exposer à la Chambre qu'au lieu d'innover, le pays n'avait fait que rétablir son antique constitution, en même temps que l'on priait respectueusement l'évêque, retiré à Trêves, de rentrer au milieu de son peuple. Hoensbroech se garda bien d'accueillir ces instances. Tout en protestant de la bénignité de ses intentions, il persista dans l'exil volontaire qui le posait en victime et lui permettait d'agir au moment opportun. Il ne lui fallait pas une grande perspicacité pour comprendre que son retour eût signifié son adhésion au nouveau régime. En prolongeant son absence, il le désavouait implicitement, prolongeait à Liège une situation révolutionnaire ou à tout le moins équivoque, inquiétait enfin et déconcertait le chapitre et la noblesse qui, rentrés en possession de leurs anciennes prérogatives et n'en demandant pas davantage, eussent été ravis de modérer, de concert avec lui, les impatiences du Tiers-État.
Les plus avisés des démocrates avaient sûrement deviné son attitude et elle ne les prenait pas au dépourvu. Des trois directeurs du Cercle de Westphalie, le seul puissant, le roi de Prusse, qui lui appartenait en qualité de duc de Clèves, à côté de l'Électeur de Cologne, évêque de Munster, et de l'Électeur palatin, duc de Juliers, ne pouvait manquer de leur venir en aide. Laisser écraser la révolution de Liège, c'eût été, pour le cabinet de Berlin, se priver d'un moyen précieux d'entretenir les troubles des Pays-Bas et d'y porter la main. Il fit savoir qu'il était prêt à s'interposer comme médiateur entre les États