MESURES DE DÉFENSE
siasme. Sans doute, elle ne résiste pas. Mais les changements trop brusques qu'on lui inflige la déconcertent. Elle ne les réclamait nullement. Elle n'était pas mécontente, et bien des gens s'étonnaient parmi elle d'apprendre tout à coup qu'ils n'avaient été jusqu'alors « que les esclaves du despotisme ». Évidemment, la « liberté comme en France » n'est l'idéal que d'une minorité de « régénérateurs » bourgeois, de libéraux idéalistes, que les masses ouvrières de Liège et de Verviers suivent d'enthousiasme, grisées par l'espoir d'un meilleur sort. Les « commandements du patriote » que l'on répand parmi elles les emplissent d'un enthousiasme naïf et sincère parce qu'elles y croient «la justice attachée » (1). Elles se sentent rehaussées à leurs propres yeux et la qualité de citoyen, même de « citoyen passif » suffit momentanément à les satisfaire. Quant à la petite bourgeoisie, visiblement, elle est embarrassée du pouvoir politique dont brusquement elle est gratifiée sans l'avoir demandé. A Liège, aux élections municipales de juillet, on comptait sur 10,099 à 15,O0D électeurs; il ne s'en présenta que 1,081.
En même temps qu'ils réforment la constitution, les patriotes ss préparent à la défendre. Une alliance avec les Belges serait une précieuse garantie de succès, mais comment agir en commun avec le parti qui, à Bruxelles, vient d'expulser les Vonckistes et affiche pour l'aristocratie et l'Église autant d'attachement qu'elles excitent à Liège de répulsion? On négocie pourtant et l'identité des intérêts rapproche les uns des autres, quoi qu'ils en aient, les partisans de van der Noot et ceux de Fabry. Van Eupen lui-même cherche un terrain d'entente. 11 recommande aux Liégeois le programme de Vonck et leur prêche naïvement la réconciliation avec le cha pitre. Il était naturellement impossible de se comprendre, et si l'on continua les pourparlers, on ne parvint pas à combiner
(1) J'emprunte cette expression à une lettre curieuse de Melchior Fyon, qui, le 19 mars 1790, écrit à ses maîtres qu'il est devenu patriote, et leur envoie le texte des qiinze comnandaments du patriote, pour justifier ses opinions. Je dois la communication de cette pièce à l'obligeance ;de^ M. lej chevalier de Limbourg,[à Th eux.
une action commune. La divergence des principes, disait Lebrun, avait élevé entre les Belges et les Liégeois « un mur de séparation impénétrable » (1).
Mais plus les chefs du mouvement tenaient à leurs principes, plus ils étaient résolus à tout risquer pour eux. Ils travaillent de toutes leurs forces à se constituer une armée et, tant bien que mal, ils y parviennent. S'il leur est impossible de contracter un emprunt, ils se constituent des ressources, grâce aux revenus de la mense épiscopale, à des contributions frappées sur les terres du clergé, à des souscriptions patriotiques, à la confiscation des biens des chanoines émigrés. Deux régiments sont mis sur pied, et autour de cette petite force les volontaires affluent, désordonnés, indisciplinés, mais pleins d'ardeur. Les gens du Franchimont, sur lesquels s'exerce depuis le mois d'août, la propagande du congrès de Polleur se lèvent en masse. Au mois de mai, à la nouvelle que l'armée du Cercle s'avance vers Maeseyck, les troupes liégeoises marchent à sa rencontre. Il eût suffi, pour les tailler en pièces, de quelque vigueur. Mais les impériaux n'avaient d'énergie que pour le pillage, et la lâcheté de leurs officiers répondait à celle des soldats. Ils furent piteusement refoulés sur la Meuse le 27 mai après une démonstration contre Hasselt, dont toute l'artillerie consistait en deux couleuvrines. Une nouvelle tentative qu'ils firent au commencement d'août, après avoir reçu des renforts, ne réussit pas mieux. Un combat indécis dans la bruyère de Genck les décida à se replier sur Maeseyck, et ils n'en bougèrent plus (9 août).
Mais la convention de Reichenbach venait d'être signée. L'Autriche allait se substituer à l'Empire et étouffer en même temps la révolution de Liège et celle de la Belgique.
(1) Borgnet, op. cit., t. I, p. 292.