CHAPITRE IV
En 1713, l'Autriche avait acquis les Pays-Bas en s'humiliant devant les Provinces-Unies ; ce n'est qu'au prix de son humiliation devant la Prusse qu'elle les récupéra en 1790. Elle dut même consentir à laisser les deux alliés de Frédéric-Guillaume, l'Angleterre et la Hollande, surveiller l'exécution des engagements qu'elle venait de prendre. Aussi bien la question belge était-elle plus que jamais une question européenne. Les deux puissances maritimes avaient le même intérêt que la Prusse à empêcher l'empereur de reconstituer trop complètement sa puissance en Belgique, et la Belgique elle-même, qu'elles abandonnaient, de se jeter, par un coup de désespoir, dans les bras de la France. Leur intervention entre Léopold et ses sujets visait à garantir à ceux-ci une autonomie assez
(1) Je me suis borné à marquer dans ce dernier chapitre la physionomie ge'nérale de l'éphémère restauration autrichienne. Si intéressante qu'elle puisse être dans le détail, elle n'a au fond, dars le développement général de l'histoire de Belgique, qu'une valeur épisodique. On consultera pour les particularités le livre toujours indispensable d'Ad. Borgnet, Histoire des Belges à la fin du XVIIIe siècle. L'ouvrage de H. R. von Zeissberg, Zwei Jahre Belgischer Geschichte 1791-1792 (Vienne, 1891), n'y ajoute que peu de renseignements d'intérêt réel, mais est utile à consulter pour l'appréciation du point de vue autrichien. Pour la restauration à Liège, les travaux de Borgnet et de Daris, cités au chapitre précédent, le premier incomparablement plus que le second, fournissent des récits circonstanciés.
large pour paralyser à l'avenir le pouvoir de celui-là. En manœuvrant avec habileté, le Congrès eût réussi sans doute à obtenir des conditions qui eussent réduit l'Autriche à n'exercer sur le pays qu'une souveraineté quasi nominale. Les chances d'en arriver là étaient d'autant plus grandes qu'après avoir abusé de sa naïveté, les cabinets de Berlin, de Londres et de La Haye devaient éprouver quelque pudeur et être prêts à lui montrer autant de générosité qu'en peuvent posséder des diplomates.
Mais ce Congrès, qui n'avait rien su prévoir, était incapable de rien réparer. II avait trop longtemps abusé le peuple de fallacieux espoirs, pour oser envisager la situation en face et la dévoiler au public. Dans son désarroi, il ne cherchait qu'à gagner du temps, s'illusionnant lui-même et s'efforçant d'illusionner la nation sur l'irrévocable. Le 8 août, il faisait encore démentir l'existence du traité de Reichenbach et affirmait solennellement qu'il repoussait toute idée d'entente avec Vienne ou avec aucune autre puissance «aux dépens de l'indépendance et de la liberté des provinces » (1). Il n'allait pourtant pas jusqu'à s'abuser sur sa faiblesse. Il savait bien que son prestige était aussi nul en Belgique même qu'à l'étranger, et, au moment où allait peser sur lui toute la responsabilité de la politique extérieure, il tenta de raffermir son autorité chancelante. II engageait « instamment», le 19 août, les États des provinces de l'union à lui envoyer « pour quelques jours » des députés extraordinaires. « La nation, disait-il, dont l'énergie semble se ralentir, a besoin d'être animée par des dispositions qui lui rendent le sentiment de sa force. Nous nous confions que le concours des lumières et de la sagesse, les sentiments réunis de toutes les provinces et l'énergie que développent toujours la pensée d'une grande cause et l'image de grandes circonstances, déploieront des vues et des ressources propres à fortifier la confiance et l'énergie de la nation et à consolider son indépendance » (2).
Ce « Congrès renforcé » s'ouvrit le 23 août. A huis clos
(1) Gachard-Verhaegen, Ordonnances des Pays-Bas Autrichiens, t. XIH, p. 568.
(2) Gachard, Documents sur la révolution belge de 1789, p. 302.