LE CONGRÈS RENFORCÉ
comme toujours, la situation lui fut exposée. Peut-être les « puissances médiatrices » se laisseraient-elles attendrir. Peutêtre la France s'intéresserait-elle au sort du pays. On résolut donc d'envoyer à la fois des ambassadeurs à Berlin, à Londres, à La Haye et à Paris, sans s'aviser qu'en sollicitant en même temps la France et les puissances du Nord, on s'exposait à se rendre également suspect à celles-ci et à celle-là. Avec une naïveté touchante, on se flattait que la France, à qui on n'avait adressé jusqu'alors que des injures, allait intervenir « pour écarter le despotisme de nos provinces et surtout pour en bannir la domination autrichienne » (1).
On espérait gagner les sympathies des puissances maritimes en se faisant bien humble, en promettant de ne gêner personne, en dissipant la crainte qu'elles « pourraient concevoir du mode de gouvernement que nous pourrions adopter et de nos entreprises commerciales ou de nos alliances ». Aveuglé par la haine de l'Autriche, le Congrès, à condition de lui échapper, était prêt à accepter « un état de liberté qui n'inquiétât aucune puissance voisine ». Il se résignait à vivre en tutelle, pourvu que ce ne fût pas sous celle de Léopold.
Si du moins les pourparlers contradictoires dans lesquels il compromettait la dignité du pays (2) avaient été soutenus par une énergique action militaire, si, avant l'arrivée de leurs renforts, les Autrichiens avaient été refoulés, peut-être tout espoir n'eût-il pas été perdu. Mais le Congrès avait montré autant d'impéritie dans la conduite de la guerre que dans celle de la diplomatie. Dumouriez, qui avait vu l'armée des États au mois de juin, l'avait trouvée « remplie de courage mais manquant d'armes, d'habits, de munitions, d'argent, d'officiers et de discipline » (3). Il ne se trompait pas en reconnaissant dans Schoenfeldt « un fourbe » qui abusait de la
(1) Gachard, Documents sur la révolution belge de 1789, p. 333. Cf. Eug. Hubert, Un mémoire inédit du duc Albert de Saxe-Teschen. Bullet. de la Comm. roy. d'Hist. t. XXXIV [1920], p. 41 et suiv.
(2) Voy. le ton dont Hertzberg, auquel il a rappelé le 6 août les promesses de la Prusse, le taxe d' « incorrection ». Van de Spiegel, Résumé des négociations, p. 307.
(3) Borgnet, Histoire des Belges, t. I, p. 202.
crédulité du Congrès. Avec de l'énergie, de bons chefs et des finances, on aurait pourtant pu mettre sur pied une force respectable. Il était difficile sans doute, mais non impossible d'utiliser le peuple des campagnes soulevé par le clergé. Mais un projet de règlement ébauché le 3 juillet pour l'organisation d'une levée en masse, était resté lettre morte. 11 était évidemment trop tard pour regagner le temps perdu, et faire le grand effort qui, accompli quelques mois plus tôt, eût peut-être réussi. Malgré leur infériorité numérique, les Autrichiens venaient de remporter un succès dans le Limbourg. Le 13 août, les patriotes étaient chassés de Hervé.
Le Congrès se laissa pourtant entraîner par l'assurance affectée de van der Noot et de van Eupen à risquer un grand coup. Il décréta un emprunt forcé de 10 millions et appela aux armes les volontaires. L'engagement était limité à trois semaines, avec une solde de huit sous par jour. Du haut de toutes les chaires, les prêtres et les moines prêchaient la guerre sainte. On imprima un cantique pour les troupes. Vers le milieu de septembre, 15,000 hommes environ étaient venus se grouper autour des débris de l'armée patriotique. Leur bonne volonté était évidente et pas un ne doutait du succès.
Schoenfeldt consentit avec indifférence à les mettre en mouvement. Son plan fut ce qu'il devait être. D'Andoy, où se trouvait son quartier général, il marcherait sur les Autrichiens, tandis que Kôhler, partant de Bouvignes, les attaquerait sur leur gauche. L'action, entreprise le 22 septembre, n'aboutit qu'à un échec lamentable. L'élan des troupes s'usa bientôt contre la résistance méthodique des vieux bataillons de Bender. Elles furent rejetées en désordre sur la Meuse. Quelques jours plus tard, dépités et découragés, arrivés d'ailleurs au terme de leurs trois semaines de service, les volontaires se dispersaient. La sortie torrentielle, cet éternel expédient des politiciens aux abois, avait échoué. Pour résister aux régiments qui marchaient du Danube vers la Belgique, il restait, allongé de Huy à Dinant, un mince cordon de quelques milliers d'hommes.
La défaite était d'autant plus désastreuse qu'elle mettait le