‹ Histoire de Belgique (volume 2)Chapitre 163 sur 218 · MARCHE DES AUTRICHIENS · texte numérisé non relu

MARCHE DES AUTRICHIENS

impose à sa clémence, et il conjure les États des provinces de ne pas repousser la main qu'il leur tend en « bon père », et de mettre fin par une prompte soumission aux calamités qui les affligent (1).

Cette déclaration parvint au Congrès le l^"^ novembre. Presque en même temps il recevait une lettre de la Conférence des puissances l'engageant à lui faire connaître ses dispositions. C'était donc à une restauration pure et simple du régime autrichien que l'on était acculé ! Et quand même le Congrès se fût résigné à tomber du haut de ses illusions, dans cette trop amère réalité, quelle apparence qu'il osât se risquer à le faire paraître? Car le peuple de Bruxelles semble pris de folie. La police débordée ou complice laisse brûler sur la grand'place la déclaration impériale. Des libelles, des pamphlets, des lettres anonymes déversent l'injure ou la menace sur les députés suspects de tiédeur, si bien que plusieurs d'entre eux n'osent plus venir aux séances. Il faut, pour satisfaire les forcenés qui l'entou-. rent, que le Congrès, qui ne possède pas un sol, ordonne le 10 novembre de lever pour quatre ans 20,000 recrues et, le 15, appelle toute la nation sous les armes. Manifestement, il n'agit que pour la galerie, par crainte d'être massacré. Il n'a plus la force de prendre aucune décision. Le 16, cinq jours avant le terme fatal marqué par Léopold, tout ce qu'il trouve à faire, c'est de demander à La Haye un nouveau délaj « afin que la nation qui ne calcule pas comme un individu, puisse peser, réfléchir et exprimer son vœu » (2). Mais déjà l'avant-garde des troupes autrichiennes touche Luxembourg, et le comte de Mercy-Argenteau, le plénipotentiaire de l'empereur à la Conférence, se montre inexorable.

Que faire ? Schoenfeldt écrit le 20, que l'ennemi sera aux portes de Bruxelles « avant qu'il soit trois jours », et demande d'être dispensé « de mener davantage une barque qui, vu les cir-

(1) Voy. dans Gachard, Documents, p. 377, le texte français de cette déclaration et dans Ordonnances des Pays-Bas Autrichiens, t. XIII, p. 605, le texte flamand.

(2) Gachard, Documents, p. 400.

constances, surpasse absolument ses forces » (1). Alors, doublement épouvanté et par l'invasion autrichienne s'il ne se soumet pas, et par la fureur du peuple s'il se soumet, le Congrès aux abois se raccroche à un expédient désespéré. Le 21, au soir, à la lueur des lampes, au bruit des vociférations qui font rage sous ses fenêtres, il proclame le troisième fils de l'empereur, l'archiduc Charles, grand-duc héréditaire de Belgique! Cette improvisation saugrenue d'un souverain, en fin de séance, fait unique, sans doute, dans l'histoire, achève en une bouffonnerie lugubre, les agitations du Congrès. Elle ne suspendit pas même un moment, comme on l'avait espéré, la marche des troupes impériales. Au jour fixé, Bender les mit en mouvement. Dès le 24 novembre, elles entraient à Namur sans coup férir. Le 26, Schoenfeldt, coupé de Kôhler rejeté sur Mons, se repliait sans tirer un coup de fusil dans la direction de Bruxelles. L'armée se débandait, fondait, s'absorbait dans la population et disparaissait. Le Congrès disparut comme elle. Le 27, il se réunit pour la dernière fois. Il ne songeait plus qu'à préparer sa fuite et à tromper par une indigne comédie le peuple qu'il n'avait pas eu le courage de désabuser. Il écrivit aux États de Brabant pour leur dénoncer la « conduite félonne » des Namurois et les vouer à une « honte éternelle » (2). Quant à ses membres, leurs efforts et leur zèle « s'animaient à mesure du danger », et ils étaient « prêts à en être les premières victimes ». Mais leurs valises étaient bouclées et les plus compromis, au sortir de la séance, s'empressèrent de fuir, derrière van der Noot et van Eupen, dans le Brabant hollandais. Le peuple, comme au sortir d'un accès de convulsion, demeurait stupide. Bender n'eut qu'à se présenter devant Bruxelles pour recevoir la soumission des États de Brabant. La ville fut occupée le 2 décembre, Malines, le 4, Anvers, le 6, Gand, le 7. Mons l'était depuis le 30 novembre. Kôhler avait conduit en Flandre les derniers débris de l'armée patriotique. Us furent licenciés à Alost.

(1) Gachard, Documents, p. 413.

(2) Jbid., p. 251.

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