‹ Histoire de Belgique (volume 2)Chapitre 21 sur 218 · POLITIQUE ÉCONOMIQUE DE MAX. -EMMANUEL · texte numérisé non relu

POLITIQUE ÉCONOMIQUE DE MAX. -EMMANUEL

bourgeois, s'assurait enfin une popularité dont sa statue équestre dressée sur le pignon de « l'arbre d'or » est restée longtemps le pittoresque symbole. Mais il s'occupait en même temps de remédier à la détresse du pays que la dernière guerre avait portée à son comble. On évaluait, en 1695, les contributions levées par l'ennemi et les ruines causées par les troupes à 139 millions de florins. L'Électeur lui-même ne recevait plus le payement de sa pension, et il avait dépensé trois ou quatre millions de son propre trésor (1). Il résolut de profiter de la paix pour réaliser les projets ébauchés par Grana et Gastanaga et mettre la Belgique en situation de se suffire à elle-même.

Aussi bien l'opinion publique l'encourageait-elle ouvertement. Cardon republiait sa brochure. En 1696, le Fidelis Belga de Baillencourt Courcol (2) mettait sous le patronage de Maximilien un plan de réorganisation nationale dans lequel se combinent étrangement les principes du mercantilisme et l'austérité janséniste. Si l'auteur combat le luxe et condamne comme superflu l'usage du thé et du café, il demande la suppression des dépenses inutiles, la réduction du nombre des fonctionnaires et de celui des cours de justice, des mesures tendant à retenir les métaux précieux, la construction de canaux vers la Hollande et le. pays de Liège, un tarif prohibitif dirigé contre la France, dont il ne veut « accepter que les armes », et à laquelle il espère que le pays, à force d'économie et de vertu, pourra bientôt opposer une armée de 35,000 fantassins et de 15,000 cavaliers. De tels desseins favorisaient les plans de l'Électeur. Sa popularité en augmentait encore les chances de succès. Enfin, il eut le bonheur de trouver dans le comte de Bergeyck, devenu trésorier général en 1688, un collaborateur de premier ordre (3).

(1) F. Van Kalken, La fin du régime espagnol, p. 100, 105.

(2) Fidelis Belga sive Hispano-Belgium restauratum sub regimine Maximiliani Emmanualis (Cologne, 1696).

(3) H. Van Houtte, Un Colbert belge. J. de Brouchoven, comte de Bergeyck,. 1644-1725, dans Mélanges G. Kurtli, t. I, p. 343 et suiv.

Ce Bergeyck se distingue curieusement, au milieu du traditionalisme de ses collègues, par ses tendances modernes et novatrices. Il n'éprouve point pour les franchises locales et le particularisme cet attachement qui fait considérer toute nouveauté comme un attentat. Son modèle est Colbert. Comme Colbert l'a fait en France, il voudrait inaugurer dans les Pays-Bas une politique d'unification groupant les provinces en un corps d'État capable de tenir tête à l'étranger et de soutenir contre lui, sans faiblir, la lutte économique. Centraliste et mercantiliste, il voit le salut dans l'augmentation des pouvoirs du gouvernement qui, prenant en mains la direction du commerce et de l'industrie, fermera les frontières à l'importation en développant à l'intérieur les manufactures indigènes. Au reste, cet esprit clairvoyant n'est pas un esprit absolu. Il ne se bute pas aux obstacles et sait se plier aux nécessités. Son plaisir est dans le travail et l'action. Saint-Simon, qui l'a connu et estimé, admire l'énergie avec laquelle il accomplit les ordres qu'il reçoit, quand bien même ils sont en contradiction avec les conseils qu'il a donnés (1). Maximilien a eu le mérite de s'inspirer de ses avis et de le laisser faire.

Les réformes conçues par Bergeyck se rattachent intimement à celles des deux gouverneurs précédents mais trahissent nettement un pian d'ensemble et une méthode qui avaient fait défaut jusqu'alors. Elles débutèrent en juin 1698 par une double mesure ayant pour but de protéger le marché national et d'y rappeler le commerce actif : un nouveau tarif de droits d'entrée et de sortie (25 juin) et l'érection d'une Compagnie des Indes (7 juin) (2). En même temps on remet à l'étude la création des voies navigables vers la mer, en faveur desquelles un groupe de négociants gantois a pétitionné dès le 12 avril. L'ingénieur Boulanger est chargé d'un rapport sur les travaux à effectuer le long de la Durme. On parle d'appro-

(1) Mémoires, t. III, p. 333, t. IV, p. 99, t. VI, p. 189, t. VII, p. 51, 69.

(2) M. Huisman, La Compagnie d'Ostende, p. 31; Van Kalken, La fin du régime espagnol, p. 115.

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