LE COMTE DE BERGEYCK
fondir la Dendre jusqu'à Ath, la Dyle jusqu'à Court-Saint- Étienne, la Sambre jusqu'à Charleroi, et de creuser le canal de Willebroeck, qui reliera Bruxelles au Rupel, de manière à lui permettre de recevoir des bateaux de mer (1). Le Luyster van Bradant salue ces projets avec enthousiasme, et les « nations » de la capitale font confectionner pour l'inauguration des travaux une pelle d'argent sur laquelle le graveur a représenté un soleil levant, symbolisant Maximilien. Les espérances s'épanouissent d'autant plus que l'Électeur vient d'obtenir du roi d'Espagne la concession de terres à Saint-Domingue, et qu'il a fait inscrire le Cercle de Bourgogne dans la paix de Carlowitz (26 janvier 1699) conclue par Léopold II avec les Turcs, lui assurant ainsi la participation aux avantages accordés au commerce de l'Empire avec le Levant.
L'industrie attire plus encore que le commerce la sollicitude du gouvernement. Le 5 janvier 1699 une « jointe » de commerçants de toutes les provinces a été convoquée sous la présidence de Bergeyck pour aviser aux moyens de relever les manufactures nationales (2). Les travaux aboutirent à la promulgation d'un édit perpétuel (l*"^ avril 1699) prohibant l'entrée de la draperie étrangère et interdisant la sortie des laines (3). On espérait ainsi, non seulement ranimer l'antique industrie du pays, mais encore « toucher les Anglais à la prunelle de l'œil » (4) et faire affluer vers la Belgique les fabricants de Tilbourg et de Verviers. Puis, s'avançantplus loin dans la voie du protectionnisme, une série d'édits ultérieurs promulguent coup sur coup de nouvelles prohibitions.
Cette politique devait forcément provoquer des représailles : elle ne se firent pas attendre. Depuis trop longtemps l'Angleterre, mais surtout les Provinces-Unies, s'étaient habituées à
(1) A. W^auters, loc. cit.
(2) Voy. la préface du Luyster van Brabant. Autre lettre analogue du 12 février dans Wauters, loc. cit., p. 34. Les avis communiqués à la jointe se trouvent dans le ms. 5 n° 16188 de la Bibliothèque royale de Bruxelles.
(3) Placcaeten van Brabant, t. VI, p. 450.
(4) M. Huisman, La Compagnie d'Ostende, p. 35.
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considérer les Pays-Bas comme un marché assuré à leur exportation pour pouvoir en tolérer la fermeture et bien moins encore la concurrence. A peine la Compagnie des Indes était-elle fondée, les Hollandais l'avaient mise en interdit et privée ainsi des capitaux qui eussent pu lui arriver d'Amsterdam. Inquiets des travaux projetés par Maximilien et le voyant déjà détourner vers la Belgique une partie de leur commerce, ils mettaient tout en œuvre pour le faire échouer, protestant auprès de l'Électeur et cherchant en même temps à le compromettre dans l'opinion et à saper sa popularité. Enfin l'édit perpétuel avait encore augmenté leurs craintes. De commun accord avec l'Angleterre, ils se préparaient à y répondre en frappant les dentelles et toiles de Flandre.
Ces dispositions étaient d'autant plus alarmantes que, dans le pays même, le nouveau régime n'avait pas tardé à soulever un mécontentement très vif. Le protectionnisme qu'il établissait au nom de l'intérêt général lésait momentanément une foule d'intérêts particuliers qui se retournaient contre lui. Chaque province, chaque ville voulait que l'on protégeât son industrie, mais protestait contre la protection accordée à ses voisines, l'accusant de faire hausser le prix de la vie et des matières premières. Le Hainaut désirait, pour favoriser ses charbonnages, que l'on taxât les tourbes à l'entrée, mais les Anversois, qui usaient de tourbes, en demandaient le dégrèvement. Les chaudronniers de Namur d'une part, de Bruxelles et de Malinés de l'autre, n'arrivaient pas à se mettre d'accord sur les droits à lever sur le vieux cuivre. Les teinturiers réclamaient la libre entrée des étoffes étrangères, dont les drapiers exigeaient la prohibition absolue. Bref, au milieu de toutes ces clameurs contradictoires la jointe industrielle, dès le mois de mai, ne savait plus que faire. A Bruxelles, les « nations » se divisaient : les unes approuvaient le nouveau système, les autres, menées par les marchands de dentelles et d'autres commerçants que menaçait le relèvement du tarif, l'attaquaient avec aigreur (1).
(1) Waufers, Des efforts, etc., p. 40.